Le Monsieur de chez Peugeot
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Il ressemblait à la fois à un personnage d’une chanson de Brassens, d’une pièce de Guitry et d’un dessin de Folon, le Monsieur de chez Peugeot. Un de ceux dont la présence vous frappe comme une balle au cœur, reçue au détour
des ruelles de la vie. Le premier choc venait de son regard pétillant et de cette omniprésence amusée et animée qui vous tirait comme un aimant. L’intelligence suivait.
Vive, acérée et assortie d’un humour corrosif. Certains s’arrêtaient à cette enveloppe comme éclairée de l’intérieur. Mais au-delà, se tenait encore un autre personnage. Issu d’une famille aussi nombreuse que Bretonne, il avait dû se tailler sa place et gagner le pain familial dès l’adolescence. À l’arrachée, en apprentissage, du bas de l’échelle… Lui en restait un respect des petits, des sans grades, de ceux aussi qu’il visitait – sans en faire étalage – dans ou lors d’une sortie de prison, quand ils avaient perdu l’Alpha et l’Omega ; et qu’il s’efforçait à sa mesure, de remettre sur les rails de l’espérance. Parce qu’il croyait aux autres, simplement.
Dirigeant de sociétés le Monsieur de chez Peugeot ? Bien sûr. Syndicaliste livrant des batailles professionnelles comme un joueur d’échecs redoutable et redouté ? Sans doute. Diplomate ou politique comme un cardinal de la Curie romaine ? Encore. Mais ceux qui le connaissaient voyaient d’abord en lui un de ces amis dont on voudrait être l’intime. Faut-il dire que sa famille a eu de la chance d’avoir un tel timonier à son bord ? Reste d’ailleurs un coup de pinceau à rajouter sur la toile. Pour évoquer sa passion pour cette mer sur laquelle il filait naviguer à la moindre occasion semble-t-il. Parce qu’il était de ceux qui boivent l’espace comme on respire. Le Monsieur de chez Peugeot savait qu’il n’y a finalement que deux sortes de vivants. Ceux qui voyagent sur terre et ceux qui voguent sur les océans.
Bruno Courtois est parti. Et je l’imagine souriant à la barre de son voilier, vent arrière, faisant de l’humour pendant qu’une bouteille prend le frais dans le carré du bord.
Dans son sillage, combien d’amis ont des bleus à l’âme ? Des légions. De tous bords, de tous genres. Son départ est survenu et l’été reste noir. Bon vent Bruno, bonne risée.
Et, qui sait, peut-être aurons-nous un jour l’occasion de rechanter en ta présence : “ Le monsieur de chez Peugeot… ”


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