Alexandre Parot, groupe Parot : « L’apparition du phygital rend très compliquée l’émergence d’un modèle 100 % digital »

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En difficulté sur l’année 2019 en raison de pertes importantes sur son pôle Ford dans la région d’Orléans et son pôle premium BMW/MINI, le groupe Parot devrait relever la tête en 2020. Alexandre Parot fait le point pour Auto Infos sur la nouvelle marche de son groupe.

© Groupe Parot.
© Groupe Parot.

Auto Infos : Quel est le bilan de l’année 2019 pour le groupe Parot ?
Alexandre Parot :
En termes de croissance de chiffre d’affaires et en dépit du contexte de marché, l’année a été plutôt bonne. Pour la première fois de notre histoire, nous devrions dépasser les 10 000 véhicules neufs vendus. Au niveau des choses qui vont moins bien, nous avons été un peu rattrapés dans notre rentabilité. Nous avons rencontré des difficultés à redresser la plaque région Centre, ex-Behra, que l’on exploitait avec Ford, Mitsubishi et FCA. En dépit de gros investissements et la construction d’un Ford Store à Orléans, nous n’avons pas réussi à retourner cette plaque. Alors que, par ailleurs, Ford est une marque avec laquelle nous avons historiquement de belles performances et une belle rentabilité. Nous avons fait des erreurs sur le management plusieurs fois et nous n’avons sans doute à l’époque pas pris la mesure de la restructuration qui était nécessaire. Ces affaires perdaient beaucoup d’argent quand nous les avons reprises, malheureusement et malgré nos efforts nous avons continué à en perdre dans les 24 mois qui ont suivi la reprise. Enfin, nous avons été incapable de dégager de la rentabilité sur nos affaires BMW et MINI.

A. I. : Ce trou d’air dans la rentabilité avec BMW et MINI était-il prévisible ?
A. P. :
Pas du tout. Nous avons deux plaques. Une plaque Brive et Limoges où l’on savait que c’était compliqué dans ces régions rurales avec un point mort un peu élevé. Mais nous avions beaucoup d’espoir à Bordeaux. D’autant que depuis la reprise en 2017, nous avions réussi sur le deuxième semestre 2018 à dégager de la croissance et du profit. Nous abordions l’année 2019 de manière positive. Et, en fait, nous en avons pris plein la figure. Nous avons souffert comme tout le monde au niveau de la marque à la fois des tensions sur le marché premium et de la difficulté passagère de la gamme BMW. Mais pas uniquement puisque nous n’avons pas été bons. Cette diversification sur le premium était assez récente pour nous. Pour rétablir la rentabilité sur ce pôle il aurait fallu grossir, pour développer notre savoir-faire, mais nous avons préféré céder ce pôle. Les difficultés sur ces deux pôles : région Centre et Pôle premium sont venues se télescoper avec les pertes que nous enregistrions sur Zanzicar, lesquelles pour le coup étaient prévues. Mais, au cumul des trois, cela n’était pas supportable pour nous.

A. I. : Le site BMW de Bordeaux était-il une bonne affaire finalement ?
A. P. :
C’était une affaire très difficile, historiquement sous-performante, mais pour laquelle nous nous étions battus. J’avais la conviction qu’elle était nécessaire pour soutenir Brive et Limoges.

A. I. : N’est-ce pas Zanzicar qui pèse sur les comptes du groupe ?
A. P. :
Zanzicar pèse sur nos comptes, c’est indéniable. Mais nous ferions 10 millions d’euros de résultat net par ailleurs, les deux millions perdus avec Zanzicar seraient plus acceptables. Avec près d’un millier de véhicules d’occasion vendus sur Internet, nous avons réalisé une belle année 2019 avec cette plateforme VO. Mais c’est insuffisant pour rentabiliser à la fois les investissements en termes de développement, et les coûts marketing pour générer des ventes en full web.

A. I. : Le marché français est-il prêt pour une plateforme VO comme Zanzicar ?
A. P. :
Je ne sais pas si finalement ce marché sera prêt un jour ! C’est une certitude que l’on avait, mais l’apparition du phygital rend très compliqué l’émergence d’un modèle 100 % digital. La visite en concessions et le contact avec les personnes restent déterminants pour la vente. Dans le même temps, tout le savoir-faire que l’on développait sur Zanzicar en termes de marketing digital, d’acquisition des clients et de traitement des leads nous a permis d’aller chercher des parts de marché VO supplémentaires au niveau de nos concessions. Mais au niveau du 100 % digital, nous dépensons des fortunes pour vendre quelques dizaines de voitures. Il y cinq ans, j’étais convaincu qu’il y aurait un Carvana à la française mais en fait la distribution automobile s’est parfaitement organisée sur le Web. Cette bonne maîtrise du digital rend ainsi compliquée l’émergence d’un acteur totalement disruptif.

A. I. : Pourtant, la nouvelle structure du marché VO, qui favorise les véhicules très récents et les 0 km, ne devrait-elle pas favoriser une plateforme comme Zanzicar ?
A. P. :
C’est clairement l’un des segments qui progresse. Mais sur les premières semaines de l’année, cela cannibalise plus les ventes VN que VO. Nous l’avons ressenti à l’occasion du premier week-end portes ouvertes 2020. Est-ce que pour autant nous réussirons à faire des ventes 100 % Web ? J’en doute. L’acquisition se fait clairement via des plateformes mais la transformation de la vente se fait physiquement.

A. I. : Où en est-on de la transformation du modèle Zanzicar ?
A. P. :
L’entreprise Zanzicar n’est plus indépendante, mais la marque demeure et a une double mission. D’abord, elle est utilisée au bénéfice de toutes les annonces VO de nos concessions, un peu comme un infomédiaire intégré. Ce qui nous permet de générer des ventes supplémentaires pour nos concessions. Ensuite, nous allons ouvrir dans le courant du deuxième trimestre 2020 deux points de vente 100 % VO sous la marque Zanzicar à Clermont-Ferrand et à Bordeaux. C’est en réalité notre filiale VO 3000 qui va ainsi proposer pour la première fois de son histoire ses VO toutes marques en B to C, là où elle avait jusqu’à présent une activité 100 % B to B. Le point de vente de Bordeaux servira aussi de base avancée à VO 3000, historiquement présent à Clermont-Ferrand et Poligny dans le Jura, afin de développer son activité B to B sur la façade Atlantique en bénéficiant ainsi de coûts logistiques plus compétitifs.

A. I. : Zanzicar se repositionne-t-elle sur du véhicule très récent ou 0 km ?
A. P. :
C’est la moitié de nos ventes de VO 3000.

A. I. : À quel moment ce business VO sera-t-il rentable ?
A. P. :
Nous sommes désormais repositionnés sur un modèle traditionnel que l’on maîtrise parfaitement. Nous avons pour objectif d’être rentable dès cette année.

A. I. : D’autres évolutions sont-elles envisagées pour Zanzicar ?
A. P. :
Pour le moment, nous souhaitons ouvrir nos deux points de vente Zanzicar pour le deuxième trimestre 2020. Nous verrons par la suite comment développer un maillage au niveau national. Les réflexions sont totalement ouvertes sur d’éventuels partenariats.

A. I. Quel est désormais le maillage du pôle VP du groupe Parot ?
A. P. :
Au 1er avril, nous disposerons de seize concessions Ford, de quatre concessions Mazda, et un point de vente FCA.

A. I. : Vous ne comptez plus vendre de nouvelles concessions Ford à l’avenir ?
A. P. :
Au contraire non, car nous avons de belles performances avec Ford, qui est un partenaire fort et historique. Après ces accidents, nous sommes désormais de nouveau en marche. Il y aura peut-être quelques réajustements de secteur dans les années à venir, dans un sens comme dans l’autre, mais rien de plus.

A. I. Comment imaginez-vous cette année 2020 ?
A. P. :
Je la vois bonne ! Nous avons stoppé nos foyers de perte et souhaitons ainsi restaurer la rentabilité de notre groupe. Bien évidemment, la priorité n’est pas la croissance externe, mais plutôt de miser sur notre croissance organique.

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