Carlos Tavares, président du directoire du groupe PSA : « Il est nécessaire de définir ce qu’est un air propre »

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Entretien avec Carlos Tavares, président du directoire du groupe PSA, à l’occasion de la présentation du nouveau 3008 à Bologne, en Italie. À propos d’environnement, il appelle de ses vœux à une réflexion globale sur l’ensemble des polluants et à l’instauration d’une véritable définition de l’air propre.

Carlos Tavares, président du directoire du groupe PSA : « Il est nécessaire de définir ce qu'est un air propre »

Auto Infos : Vous réalisez en partenariat avec l’ONG Transport & Environment des tests de consommation en conditions réelles. Allez-vous poursuivre la publication des résultats ?

Carlos Tavares : Absolument. Nous faisons ainsi preuve de proactivité et de respect vis-à-vis de nos clients. Ils sont en droit de savoir, sur un parcours représentatif, quelle est la consommation à laquelle ils vont être confrontés quand ils vont utiliser la voiture. Sauf qu’aujourd’hui le processus d’homologation ne permet pas de leur donner ces informations.

A. I. : Ne serait-il pas plus pertinent de donner les vrais chiffres à côté des chiffres d’homologation dont tout le monde sait qu’ils ne correspondent plus à grand-chose ?

C. T. : La question est pertinente et mérite un développement. Vous parlez des « vrais chiffres »… Lorsque vous allez, par exemple, à la plage avec vos enfants, vous avez un drapeau qui vous indique la qualité de l’eau. On peut ainsi se demander quelle est la définition de l’air propre ? À ma connaissance, celle-ci n’existe pas aujourd’hui en intégrant l’ensemble des polluants. J’appelle de mes vœux le fait que l’on définisse ce qu’est un air propre sur l’ensemble des composants polluants. Nous n’avons pas encore atteint ce niveau de définition. Ce n’est pas aux constructeurs de le définir mais c’est aux entités qui nous gouvernent de le faire. Nous devrons, ensuite, trouver la solution technologique qui permette de respecter ces seuils. Pendant vingt ans, nous avons pris ce problème par le petit bout du CO2, puis les particules et les NOx. Et traiter le problème globalement, du puits à la roue et non pas du réservoir à la roue. Il faut prendre un peu de recul et raisonner globalement sur un air de qualité. Nous pourrons ainsi mettre la puissance technologique des constructeurs au service des communautés dans lesquelles nous opérons. Une fois ces sujets traités, nous retrouverons une forme de crédibilité aux yeux de nos concitoyens. Depuis un an, ceux-ci sont complètement perdus et pensent que l’industrie automobile les trompe.

« J’appelle de mes vœux le fait que l’on définisse ce qu’est un air propre sur l’ensemble des composants polluants. »

A. I. : Est-ce que le diesel a encore un avenir avec le durcissement des normes ?

C. T. : Nous n’avons pas fait un choix technologique particulier. Notre mission, en tant que constructeur automobile, c’est d’apporter à nos consommateurs la performance et la technologie qu’ils souhaitent dans le respect des règles. Si demain, il faut changer de technologie, nous le ferons. Nous nous sommes d’ailleurs adaptés aux variations du mix essence-diesel parce que nous sommes une entreprise agile. Il ne faudrait pas que l’on se retrouve dans vingt ans à se dire la même chose à propos du véhicule électrique si nous n’embarquons pas dans la réflexion la question de la production de l’électricité.

« Comme nous sommes passés très près de la disparition, il y a trois ans, nous sommes devenus très agiles et n’avons absolument aucune réticence à nous adapter. »

A. I. : Pensez-vous être entendu par les politiques sur ce sujet ?

C. T. : Nous sommes tenus de faire preuve d’humilité et ne pas donner des leçons. Même si nous pourrions avoir notre avis. Si on nous sollicite pour apporter notre contribution de scientifique à cette réflexion, nous répondrons présents. Je ne défends pas une technologie plutôt qu’une autre, mais je pense que nous ne traitons pas le sujet dans sa globalité. Comme nous sommes passés très près de la disparition, il y a trois ans, nous sommes devenus très agiles et n’avons absolument aucune réticence à nous adapter. Nous nous sommes d’ailleurs adaptés rapidement à l’évolution du mix essence-diesel. Cela n’a pas été facile, nos collaborateurs dans les usines ont couru comme des fous pour s’adapter à cette nouvelle réalité. J’ai le privilège d’être à la tête d’une entreprise qui bénéficie d’une ingénierie extraordinaire. La cohérence du produit 3008 et sa sophistication démontrent à quel point nous faisons la différence à travers notre ingénierie.

« Il faut traiter le problème globalement, du puits à la roue et non pas du réservoir à la roue. »

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