Covid-19 : La crise analysée par Jean-Charles Herrenschmidt (Cecra)

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Le président du CECRA, Jean-Charles Herrenschmidt, nous livre son analyse de la crise Covid-19 pour l’automobile en Europe.

© CECRA
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Au premier chef, Jean-Charles Herrenschmidt, qui a débuté en septembre 2019 un deuxième mandat à la tête du Cecra (Conseil européen du commerce et de la réparation automobile), met en évidence que l’automobile compte parmi les secteurs les plus touchés par la crise liée au Covid-19 : « Industrie, commerce, services…toute la filière est frappée de plein fouet. Or, comme chacun sait, le secteur automobile est très capitalistique, avec des stocks importants, un rendement faible, et des charges de ressources humaines très lourdes, car il rassemble un nombre très élevé d’emplois directs et indirects. En Europe, on estime que l’écosystème automobile concerne quelque 35 millions de personnes ».

A ses yeux, dans un premier temps, il faut veiller à maintenir le crédit inter-entreprises, c’est le point névralgique, celui qui doit permettre de maintenir toute la chaîne de la filière. Le plan de soutien européen et les décisions de chaque pays doivent permettre d’assurer cette solidarité, empêchant des ruptures irréversibles dans la chaîne. Jean-Charles Herrenschmidt rappelle aussi que l’économie française n’est pas la plus fragile et que la distribution automobile française est plutôt aux avant-postes en termes de business-model, avec des plaques constituées et robustes et une propension à se projeter vers l’avenir déjà affirmée.

Les trois temps de la crise

« Comme dans toutes les crises, il y aura trois périodes distinctes. La première, nous sommes dedans évidemment, c’est le temps où il faut se protéger, entreprises comme états. Protéger ses approvisionnements, ses liquidités, son personnel. Il faut savoir réduire les coûts avec clairvoyance et faire montre d’agilité. Par exemple, un état d’esprit constructif et songeant aux lendemains qui nous attendent doivent guider les négociations entre les constructeurs et les réseaux », avance-t-il, avant de poursuivre : « Le deuxième temps est celui de la résistance. La crise allant durer, il faut s’assurer de maintenir un minimum de revenus disponibles, tout en envisageant différents scénarios de sortie de crise au gré des évolutions de celle-ci. Il est aussi essentiel de garder des relations avec ses fournisseurs, ses partenaires, ses donneurs d’ordre ou ses clients. Vient ensuite le troisième temps, celui de la reprise, la période la plus difficile, notamment pour les industriels. A cet égard, regarder ce qui a été fait en Chine n’est pas inutile, car il y a de bons exemples de retour progressif aux affaires ». En l’espèce, progressivité, fluidité et prosaïsme sont de maîtres-mots.

Pour une plateforme européenne de mobilités

Comme d’autres, Jean-Charles Herrenschmidt estime que cette crise va déclencher un monde d’après, dont on connaît pourtant déjà la colonne vertébrale : numérisation et décarbonation. « L’Europe doit vraiment y trouver sa place et ne pas subir tout le temps face à la Chine et aux Etats-Unis. Au-delà des rapports de force, c’est une question de volonté, de choix communs assumés », assène-t-il. Des initiatives sont à prendre fermement autour des datas, de l’intelligence artificielle et c’est un enjeu vital pour l’écosystème automobile européen. Le Cecra a déjà pris le dossier à bras le corps, sollicitant les instances européennes et préconisant la mise en place d’une plateforme de mobilités à l’échelle de l’Union. Selon lui, il faut faire confiance aux filières et pas uniquement pendant les périodes critiques de crise. Thierry Breton développe cette approche et choisit de s’appuyer sur des écosystèmes, ce qui représente une opportunité pour l’automobile européenne, comme française. Jean-Charles Herrenschmidt estime enfin que les lobbyistes anti-voiture ne tireront pas forcément parti de la crise actuelle : « Si nous ne devons pas nous exonérer d’une réflexion sur la voiture individuelle et sur la décarbonation, comme je l’ai déjà évoqué, les besoins en mobilités restent immenses et l’utilité des différents modes de transports, dont les camions pour la chaîne logistique, est rehaussée par la crise du Covid-19 ».

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