Encore une pépite oubliée retrouvée à Rétromobile

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Encore une pépite oubliée retrouvée à Rétromobile

Comme tous les ans, le salon Rétromobile, qui s’est tenu la semaine dernière à Paris, nous a apporté son lot de nostalgie et d’émotion. Une émotion particulière avec ce modèle unique retrouvé : la Chausson CHS présentée sur le stand Chausson dans le hall 3, témoin inconnu de notre patrimoine automobile retrouvé 65 ans après.

Un peu d’histoire : les deux frères Jules et Gaston Chausson créent en 1907 l’Atelier Chausson Frères à Asnières, pour la fabrication de « radiateurs à nid d’abeille à tubes et ailettes » pour l’automobile, industrie encore balbutiante à cette époque. La guerre 14-18 verra l’activité prospérer de manière importante puisqu’entre-temps l’Atelier s’est orienté vers les radiateurs de refroidissement destinés à l’aéronautique. Dans les années 30, Chausson se diversifie dans l’emboutissage de pièces métalliques et de carrosseries, entre autres avec la filialisation de Chenard & Walcker en 1936. Avant la seconde guerre mondiale, la société est devenue un véritable poids lourd industriel qui pèse alors le tiers du chiffre d’affaires de Peugeot. En 1942, l’empire industriel des deux frères chaudronniers est réquisitionné par l’armée allemande comme bon nombre d’entreprises mais un bureau d’études développe dans le plus grand secret, comme on l’imagine, un prototype d’un petit cabriolet économique visant la grande série équipé d’un moteur monocylindre 2 temps de 330 cm3 ou de 500 cm3. Trois prototypes sont fabriqués.

À la sortie de la guerre, la Chausson CHS est prête et sera même présentée au salon de Paris en 1947 mais les rationnements de matières premières de l’après-guerre, définis par le Plan Pons (le plan quinquennal de l’automobile) reconduit par Jean Monnet sous le nom de Plan de Modernisation et d’équipement, rendront sa mise en production impossible. Chausson décide alors de se diversifier vers la production d’autocars dont le fameux APU53 dont les plus anciens d’entre nous se souviennent avec leurs couleurs significatives pour la RATP : vert jusqu’aux vitres et crème au-dessus.
Un industriel (et sportif) britannique, Tom Delaney, reprend le projet à son compte convaincu du potentiel de la CHS et importe au Royaume-Uni un des prototypes ainsi que toutes les caisses de plans du véhicule et de tous ses organes. Le projet de mise en production en Grande-Bretagne échoue pour les mêmes raisons. La CHS finira par être totalement oubliée pendant près de 65 ans dans un garage en Grande-Bretagne. Plus personne ne sait même qu’elle est là. On ne sait pas ce que sont devenus les deux autres prototypes restés en France.

Tom Delaney quitte ce monde en 2006. Ses héritiers retrouvent la CHS sans savoir de quoi il s’agit et décident de la proposer aux enchères en 2012. C’est alors que Christophe Chausson, petit-fils de l’un des fondateurs, informé, la rachète pour 11 200 £ lors d’une vente organisée par Silverstone Auctions. Il y avait du travail comme vous pourrez en juger par vous-même. La Chausson CHS revenue au bercail a été entièrement restaurée par la société O-ONE installée à Bazainville près de Houdan et a retrouvé sa belle robe aubergine d’origine. Trop tard pour ceux qui n’ont pas vu ce véhicule à Rétromobile mais il vous reste internet et le livre de Christophe Chausson.

Combien d’autres « Chausson CHS » sont oubliées et sommeillent encore quelque part et comment ne pas les perdre à tout jamais ?

Bernard Coste (bc@bernard-coste.com) est membre de Team Auto

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