Gianluca de Ficchy (Nissan Europe) : « Nissan ne pourrait pas exister sans Renault »

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Quel sera le sort de Nissan en Europe après la sortie de l’Angleterre de l’Union européenne ? Gianluca de Ficchy, président de Nissan Europe, joue cartes sur table en anticipant un recul certain des ventes en 2020.

© Nissan
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Dans un contexte de transition énergétique, l’exercice en cours s’annonce incertain pour la filière automobile, y compris pour la marque nippone. Mais s’il est encore trop tôt pour anticiper les volumes de ventes, Gianluca de Ficchy, patron de Nissan Europe, se montre transparent : « Je ne m’attends pas à une augmentation des ventes sur l’année 2020 ». En termes de produits, Nissan explique être dans une phase de transition basée sur un renouvellement offensif de ses modèles phares. La nouvelle génération du Juke montre la voie. Lancé fin 2019, il réalise « un démarrage très positif » avec 1 800 livraisons et 3 000 commandes pour le marché français. « Renouveler le Juke était un exercice d’équilibriste mais nous avons réussi, constate Guillaume Boisseau, directeur de Nissan France. Il bénéficie d’un très bon accueil des clients et l’arrivée de ce véhicule neuf dans notre gamme permet de recréer un trafic naturel vers nos showrooms ». Les premiers chiffres révèlent que 65 % des achats se sont portés sur la boîte automatique et 70 % des acquéreurs ont opté pour l’une des trois plus hautes finitions (N-connecta, Tekna et N-design).

L’après-Brexit

Pour autant, malgré les ambitions prometteuses qu’offre le modèle, Nissan est soumis à des facteurs indépendants de sa volonté. De fait, depuis le Brexit, les conditions de sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne demeurent encore méconnues. Une situation délicate pour la marque qui possède une usine à Sunderland, où sont justement produits les Nissan Juke, Leaf et Qashqai. « Nous avons toujours été clairs : le Brexit en lui-même ne nous pose pas de problème. Notre inquiétude porte sur la conséquence du Brexit en termes de tarification entre l’Angleterre et l’Union européenne », rappelle Gianluca de Ficchy. Depuis la sortie officielle du pays le 31 janvier dernier, les deux entités doivent trouver un terrain d’entente en matière de taxes douanières avant le 31 décembre 2020. « Sur 100 véhicules produits actuellement en Angleterre, 75 partent à l’export, principalement en Europe. Si demain, les règles imposent une application de taxes douanières sur les biens exportés, en sachant qu’elles s’élèvent à 10 %, notre business model pour l’Europe dans son ensemble ne sera plus viable. Aujourd’hui, nous sommes sur un marché dans lequel un constructeur automobile moyen peut gagner 3 ou 4 % donc si on met une tarification de 10 % sur un véhicule qui est exporté de l’Angleterre vers l’Europe, cela veut dire qu’on aura un désavantage compétitif de 10 %. Nos véhicules seront donc invendables ». Le sort du site de production britannique est donc entre les mains des deux instances gouvernementales. À noter qu’une prolongation des discussions peut être décidée avant juillet.

Le poids de l’Alliance

Pour maintenir sa survie en Europe, Nissan n’exclue pas un éventuel renforcement des synergies avec Renault. Néanmoins, le délai de fabrication des deux gammes serait un élément complexe à mettre en place mais aussi très coûteux pour les deux marques. « Nissan en Europe est l’expression de ce que l’Alliance veut dire. Nissan ne pourrait pas exister sans la présence de Renault. Aujourd’hui, tous les moteurs que nous avons ont été développés ensemble mais produits par Renault. Si avec nos petits volumes, nous aurions dû investir sur les moteurs et leurs évolutions dans le temps, nous n’aurions pas une équation économique », souligne le dirigeant.

D’autant que sur le plan industriel, Nissan coche progressivement les différentes étapes de son plan de restructuration. Dans une logique de concentration des activités, le siège européen a été déplacé depuis Rolle (en Suisse) vers Montigny-le-Bretonneux, dans les Yvelines. Une démarche récemment imitée par Nissan France, autrefois situé à Voisins-le-Bretonneux (78), à moins de trois kilomètres du nouveau site. L’ancien quartier général suisse, lui, devrait définitivement fermer ses portes en 2022. Par ailleurs, la firme nippone reconnaît avoir réduit ses effectifs à Barcelone, dans l’une de ses trois usines espagnoles, en se séparant de 600 salariés. Sur les douze derniers mois, Nissan a réduit sa masse salariale européenne de 1 300 collaborateurs, passant de 16 600 à 15 300.

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