Hervé Collignon : « Nous étions en passe de rattraper notre retard »

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Le dirigeant des marques Subaru et SsangYong en France dresse un bilan annuel fortement secoué par la crise. Si l’activité après-vente sauve l’exercice, les immatriculations sont à la peine. Hervé Collignon se veut néanmoins optimiste pour 2021, grâce notamment aux plans produits proposés par les deux constructeurs.

© Hervé Collignon
© Hervé Collignon

Auto Infos : Comment se portent SsangYong et Subaru en France depuis janvier ?
Hervé Collignon :
Dans ce contexte si particulier de l’année 2020, SsangYong et Subaru ne se portent pas trop mal. Nous avons la particularité d’avoir deux petites marques qui subissent beaucoup moins les grandes amplitudes du marché. Notre encéphalogramme est plus plat : quand le marché s’écroule, nous nous écroulons beaucoup moins fort et moins vite. Mi-novembre, à période équivalente avec 2019, le chiffre d’affaires des pièces de rechange était de + 8 % chez Subaru et - 4 % chez SsangYong et ce, malgré le confinement. Outre la crise sanitaire, nous avons également subi une très forte augmentation du malus cette année et nos deux marques sont concernées. Fin 2019 nous avons réalisé des immatriculations tactiques sur les véhicules en parc. Nous avons donc commencé 2020 avec des voitures zéro kilomètre mais qui étaient bien positionnées par rapport au malus 2020. Nous les avons vendues, nous avons donc généré du business, mais elles ne figurent pas parmi les statistiques d’aujourd’hui. Lorsqu’on regarde les immatriculations brutes de Subaru et SsangYong en 2020, on se dit que les marques sont en train de s’écrouler. Alors effectivement, nous sommes en décroissance en termes d’immatriculations cette année, mais c’est aussi parce que nous avons immatriculé pour la bonne cause des voitures en 2019. Globalement, l’année 2020 en termes de voitures vendues aux clients est plutôt normale et correcte. Nous étions vraiment en passe de rattraper notre retard mais nous allons réaliser une année sur dix mois et avec 10 % de moins qu’une année normale.

A. I. : Comment les distributeurs ont-ils appréhendé ce second confinement ?
H. C :
J’étais très inquiet lors du premier confinement mais nous avons bien redémarré dès le 11 mai. Nous nous sommes remis à vendre des véhicules, alors certes par autant que le reste du marché, mais nous étions clairement en train de sauver l’année. Avec ce second confinement, c’est plus compliqué. Autant en pièces de rechange les chiffres sont bons, mais concernant la vente de véhicules neufs je pense que nous avons globalement clôturé l’année au 31 octobre. Par rapport à ce second confinement, je n’étais plus inquiet mais désabusé car nous étions vraiment sur une bonne dynamique et de nouveau tout semble s’arrêter.

A. I. : Quelles différences observez-vous entre ces deux périodes de trêve ?
H. C :
Nous avons tiré les enseignements du printemps pour mettre en place ce second confinement. Certains concessionnaires ont vraiment été traumatisés par la fermeture de mars donc nous observons une vraie volonté de rester ouvert coûte que coûte afin d’assumer l’accueil des clients tout du moins en après-vente. Nous nous assurons que tous les collaborateurs sont équipés d’un ordinateur pour travailler de façon optimum et avant de passer par la case du chômage partiel, nous leur demandons de poser leur RTT et CP sur le mois de novembre. Il y a aussi plus de télétravail et de présentiel. Nous essayons également de travailler par binômes croisés de façon à ce qu’il y ait toujours du personnel pour les deux marques : par demi-journée, il y a toujours en télétravail et en présentiel un responsable pièce de recharge d’une marque et le responsable après-vente de l’autre marque. En parallèle, les camions de livraisons continuent de rouler ce qui nous permet de facturer et de livrer aux concessionnaires les voitures commandées. Ensuite, c’est à eux de proposer la livraison à domicile ou sur rendez-vous sur site. Idem pour l’après-vente.

A. I. : Quel est l’avenir SsangYong en France ?
H. C. :
Ses difficultés financières ne sont pas quelque chose de nouveau. Depuis sa création en 1954, les actionnaires accumulent les trous financiers, mais pour autant la marque existe toujours. Le calendrier des lancements produits est pertinent et bon. Il ne donne pas l’image d’une marque au bord du gouffre. Aujourd’hui, un investisseur américain s’est fait connaître donc la piste est sérieusement à l’étude. En attendant, les actionnaires ont vendu plusieurs immobiliers à Séoul afin d’injecter cet argent dans les caisses de SsangYong. Cela permettra à la marque de traverser cette période difficile plus facilement. La presse internationale souligne les records de ventes en septembre et octobre donc l’activité semble repartir. Suite à la crise sanitaire et au marché indien très impacté, Mahindra a renoncé à son plan d’investissement sur trois ans et donc annulé l’investissement de 400 millions d’euros.

A. I. : Quels lancements produits sont prochainement au calendrier ?
H. C :
Chez SsangYong, début 2021, nous allons lancer un Tivoli avec des émissions de CO2 plus adaptées au marché français. 90 unités seront dans le réseau dès janvier ou février prochains. Ensuite, la grande nouveauté est le Korando 100 % électrique que nous recevrons en concession au cours du premier semestre. Il présentera de vrais arguments techniques notamment en termes de batterie et d’autonomie. Puis d’autres évolutions de gamme sont à prévoir comme un Tivoli rallongé et peut-être un pick-up 100 % électrique. On sent vraiment que la marque se donne les moyens d’avancer, de prendre le virage de l’électrique et d’enrichir la gamme avec de la petite hybridation. Chez Subaru, l’événement produit arrivera courant avril-mai 2021 avec le lancement du tout nouvel Outback qui est notre porte-drapeau. Enfin, un nouveau modèle électrique baptisé Evoltis est attendu pour 2022. Il est actuellement en phase finale de développement.

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