Interview Jean-Philippe Imparato, Peugeot : "Nous avons un portefeuille de commandes en hausse de 42% en juin 2020"

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Entretien avec le dirigeant de Peugeot à l’occasion du bilan de la marque pour les six premiers mois de l’année 2020. Une première partie de l’année impactée par la crise Covid-19 en Europe tandis que la bonne nouvelle vient de la forte progression des ventes de véhicules électrifiés. Au niveau du plan de relance français, Jean-Philippe Imparato rappelle son hostilité à la prime à la casse sur les véhicules thermiques.

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Jean-Philippe Imparato directeur de la marque Peugeot

Auto Infos : Quel est le bilan de la marque sur les six premiers mois de l’année 2020 ?
Jean-Philippe Imparato :
Pour avoir une vision à peu près saine de notre performance, il faut prendre compte à fin juin en dehors de l’effet Covid. On constate ainsi un portefeuille en hausse de 42%. Second point : c’est la question du mix énergie de nos ventes. Sur le premier semestre 2020, nous sommes à 17% de véhicules full électriques sur le segment B au niveau monde, dont 22% en France. Tandis que sur la période récente post-déconfinement, nous avons fait 26% de nos commandes en électrique. Ce qui signifie que nous sommes très bien placés au niveau de nos émissions de CO2 sur cette première partie de l’année. Le troisième point important à retenir, c’est la qualité de nos stocks. Nous avons un étiage qui est probablement l’un des meilleurs de ces 30 à 40 dernières années au virage de fin juin avec un stock sain et à forte rotation. Au bilan, je suis à la fois serein et concentré. Nous avons eu la chance de lancer 208 et 2008 avant le confinement ce qui nous permet de repartir du bon pied.

A.I. : Comment avez-vous géré cette crise justement ?
J.P.I. :
Nous avons tenu nos ressources de manière très serrée. Il n’était pas question de réouvrir les usines sans avoir ouvert les points de vente. Il était important que le process complet, commande-livraison-facture, soit d’aplomb. La marque est donc capable de résister à tous les aléas du second semestre compte tenu de la situation de sortie de cette crise.

A.I. : Quels sont vos résultats commerciaux sur cette période ?
J.P.I. :
En terme de performance commerciale, notre part de marché en Europe est stable avec trois régions qui progressent, tandis que la Chine est en recul mais son impact est faible sur nos résultats. Nous sortons sainement de cette crise d’un point de vue commercial.

A.I. : Où en êtes-vous au niveau des véhicules électrifiés ?
J.P.I. :
C’est la bonne nouvelle de ce premier semestre. Il y a un mouvement vers l’électrification qui semble réel et sérieux. Nous sommes prêts à une bascule énergétique beaucoup plus significative et sérieuse sous réserve qu’elle soit soutenue dans la durée. Il faut un plan d’action automobile centré sur l’électrification sur une période de 2020 à 2030. Ce qui implique à la fois les questions d’urbanisation, d’infrastructures et de recharge, le prix de l’énergie ou encore le recyclage des batteries. Nous avons la chance d’être en avance par rapport à nos compétiteurs allemands qui parlent beaucoup mais n’ont pas encore une voiture sur la route…

« Je ne suis pas fan du tout d’une prime à la casse sur les véhicules thermiques »

A.I. : Comment se déroule la relance au niveau européen ?
J.P.I. :
La France est le pays qui a le plus bougé à la hausse parce qu’elle a été artificiellement dopé par la prime à la casse en juin. Je ne suis pas fan du tout d’une prime à la casse thermique. Je considère que c’est quelque chose qui relève de l’anticipation et non pas de la résolution structurelle d’un problème. Et de toutes façons, nous en payons le prix à la sortie. La France a été dopée, tandis que la Grande-Bretagne et l’Espagne restent les pays les plus secoués avec des baisses de -30 à -35%. En Allemagne, nous constatons une baisse de -32% en attendant la bascule vers le mois de juillet-août et la mise en place de dispositifs d’aide à la vente de véhicules électrifiés. En Europe, les pays ont connu des sorts complètement différents au niveau de leur marché respectif. A noter que l’Italie revient également dans la course un peu plus rapidement que les autres.

A.I. : La marque dépendant de l’Europe à hauteur de 80%, comment anticipez-vous la fin de l’année 2020 ?
J.P.I. :
Je ne peux pas donner des prévisions de marché pour l’instant. En revanche avec 42% de portefeuille en plus à fin juin 2020, je suis optimiste pour la suite. Il faut être agile également et suivre la situation dans chaque pays en cas de reconfinement. Il faut affecter les ressources dans les pays où les espérances de chiffre d’affaires seront les plus fortes. Nous sommes également vigilants pour faire face à des retournements de tendance. Je suis plutôt confiant. Et je pense que les semaines à venir vont le confirmer.

A.I. : N’est-ce pas difficile de livrer des véhicules pendant une période de confinement ?
J.P.I. :
Pendant cette période, nous avons tout d’abord protégé notre production. Nous avons mis les flux sous tension maximale : nous fabriquons que ce qui est réellement vendu. Nous sommes capables d’avoir une flexibilité quasiment à la journée. Nous avons même testé la livraison à domicile. Nous avons la méthodologie et les process pour le faire. Ce n’est qu’un début car évidemment il faut être plus solide et plus efficient de ce point de vue pour faire face à une éventuelle seconde vague.

A.I. : La relance du marché des particuliers n’est-elle la bonne nouvelle à l’issue de cette crise alors que le canal du B2B serait en difficulté ?
J.P.I. :
Cela dépend d’où vient cette relance. Si c’est sur le compte d’une prime à la casse thermique, c’est sans intérêt. Il faut apprécier ça à l’aune de six mois après la fin de la PAC. Je préfère rester humble et calé sur les commandes du jour. Quand on regarde les choses, seule la France a vraiment repris en terme de marché, les autres pays étant à -20-30%. Peut-être que ce n’est qu’un feu de paille et qu’il faut s’attaquer à des sujets beaucoup plus structurels.

A.I. : L’Europe semble vouloir relancer les développements sur l’hydrogène. Est-ce une bonne chose ?
J.P.I. :
Dans l’horizon qui est le nôtre, il n’y a pas d’alternative à l’électrique autour des batteries. Nous travaillons en revanche sur l’hydrogène comme tout le monde. Mais les applications réelles et sérieuses, de masse pour les particuliers, ne sont pas pour un horizon visible qui est le nôtre. Elles le seront après probablement. Cela accrédite l’idée que seul un élan à 360° permettra de développer l’électrique dans les différents pays.

A.I. : La question de la rentabilité des concessions dans les centre-villes n’est-elle pas posée en raison de l’évolution des villes vers des problématiques environnementales ? Par exemple, PSA Retail vient d’annoncer la fermeture de onze points de vente à Paris et RP.
J.P.I. :
La question de la rentabilité d’une concession est posée et est très liée à la transition énergétique. Si on a une transition à -30 à -40% de CO2 et que celle-ci induit une augmentation du prix de revient de la fabrication des voitures de l’ordre de 25 à 30%, il y aura des conséquences sur le coût de distribution. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des coûts immobiliers en centre-ville compte-tenu du marché des particuliers fortement réduit. La question de l’infrastructure des réseaux est au milieu de la table.

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