L’enjeu de l’emploi serait-il dépassé au profit de celui l’employabilité ?

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L’enjeu de l’emploi serait-il dépassé au profit de celui l’employabilité ?

Les candidats que nous rencontrons semblent attester cette mutation, par l’importance croissante qu’ils donnent au moment du choix de leur future situation, aux réponses qui leur sont faites en matière de plans de carrières, de programmes de formations et d’éventuelles possibilités de reconversions. La préoccupation majeure des plus jeunes n’apparaît plus comme ciblée sur un besoin de stabilité à tout prix, mais semble évoluer au plan professionnel au moins vers l’assurance du maintien d’un certain potentiel de pouvoir d’achat. Ce « pouvoir (bien) vivre » était jusqu’ici la conséquence du travail, il en devient le moteur, dont l’emploi n’est qu’un des moyens. La notion d’emploi tend ainsi à perdre de son sens au profit d’une capacité à rebondir pour traverser des crises auxquelles les uns les autres sont persuadés d’être confrontés tôt ou tard. L’emploi même en CDI est considéré comme un moment et ne représente plus aux yeux du plus grand nombre un bouclier contre le chômage.

Cette évolution de l’attente vers le « pouvoir vivre » n’est pas sans importance, elle apparaît sociétale au sens de l’interrogation de tout un chacun sur sa place dans la société, la vie qu’il développe et la considération qui en résulte. Pouvoir acheter signifie bénéficier de moyens financiers donnant accès à la consommation et au minimum vital. Il s’avère que le fait ne passe plus seulement par l’emploi ou le statut mais par le potentiel qu’aurait l’individu à s’en arranger en cas de besoin. L’emploi stable attestant du passage au statut d’adulte n’intervient plus selon les derniers chiffres qu’à l’âge de 29 ans en moyenne. L’objectif semble trop éloigné aux yeux de certains pour en rester un, faisant ainsi évoluer le statut du travailleur de la notion d’expert métier à celle d’usager agile du pouvoir vivre.

Dans ce contexte, l’employabilité apparaît comme un des principaux leviers, elle recouvre l’emploi, mais comme une possibilité, une probabilité et du moins un moment. Elle est jugée comme une sauvegarde et une richesse porteuse d’avenir. Elle est protéiforme et peut intégrer des pratiques comme des postures. Au-delà des mots, le sujet est celui de l’introduction de plus en plus forte de la dimension privée et intime dans la vie au travail. Cette part d’intime porte la personnalité de tout individu et, par conséquent, ses convictions et ses motivations profondes.

Plusieurs enquêtes récentes ne manquent pas de démontrer l’extrême sensibilité des jeunes aux valeurs et au sens de leur entreprise. La qualité de vie au travail est devenue une priorité et le « comme chez moi » affleure dans la conception d’espaces de travail. Le sociétal ne se résume pas seulement à ce « comme chez moi » mais il renvoie à l’identité propre, à l’image de soi et au pouvoir être aux vertus stabilisatrices.

L’enjeu des entreprises de demain est plus culturel qu’organisationnel. Pallier la pénurie de ressources peut passer par l’apport de nouvelles sources de main-d’œuvre mais n’évitera à aucun manager de réfléchir aux choix stratégiques dans le développement de sa culture d’entreprise et de se donner les moyens de la construire, en tenant compte qu’elle est l’œuvre des acteurs à l’instant présent, et pas que le fruit de l’histoire.

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