Le Vietnam veut son industrie automobile

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Le Vietnam veut son industrie automobile

"On construit notre usine pour produire 100 000 voitures dès 2019". Un peu résumé mais pas très loin de ce qu’a annoncé Vinfast le futur nouveau constructeur automobile créé par le groupe Vietnamien Vingroup mi-2017.
L’objectif est de produire 500 000 véhicules par an à l’horizon 2025 et la première voiture dès 2019. Pas des CKD mais bien des built-up. Le "fast" est bien là, mais attention à ne pas confondre vitesse et précipitation.

Vingroup, qui n’a pas de réelles expériences industrielles, s’entoure de partenaires ayant fait leurs preuves. Pininfarina a été retenu pour le design des premiers véhicules : une berline et un SUV 7 places. Le choix de l’Italien est assez original puisque c’est à l’issue d’un vote populaire de plus de 60 000 clients potentiels que ses deux modèles ont été élus. La "world première" des deux modèles est déjà programmée pour le Mondial de Paris en octobre mais ils ont déjà été dévoilés il y a quelques jours...

VinFast a acquis les droits de propriété intellectuelle de BMW pour la production et a mis en place des partenariats avec des entreprises leaders dans les différents domaines, la technologie, l’équipement, les composants et la formation comme Bosch, Siemens, Ital Design, Torino Design, Magna Steyr, Zagato, AVL et la Chambre de Commerce et d’Industrie Allemande au Viêt Nam. Pas un seul français dans la liste comme on le voit. Vingroup a également recruté fin septembre 2017 James Deluca ex vice-président de GM comme COE de Vinfast.

La future usine de 500 000 m² située dans le nord de Hải Phòng, à environ 70-80 km de Hanoï, devrait être achevée en juillet et produira dans un premier temps des scooters électriques. L’investissement total est de 3.5 milliards de dollars.

On peut s’interroger quant à la viabilité de ce projet. Est-ce le bon moment pour un tel investissement alors que depuis le 1er janvier, la taxe d’importation sur les voitures des pays de l’ASEAN (principalement de Thaïlande et d’Indonésie) est supprimée alors qu’elle était de 17% en 2017. Les ventes d’automobiles en 2016 au Vietnam avaient atteint un record avec plus de 300 0000 voitures, mais les ventes 2017 ont fortement diminué car les acheteurs de véhicules importés ont différé leurs achats en attente de la suppression de la taxe d’importation. Les véhicules assemblés localement n’étaient, évidemment, pas concernés.

Certes le marché existe avec une population de plus de 95 millions d’habitants et un taux de motorisation automobile extrêmement faible - 1 voiture pour 145 habitants - et même si le Vietnam est un des marchés automobiles qui connaitra le plus fort taux de croissance en Asie du Sud-Est dans les cinq années à venir, à qui va-t-on vendre ces nouvelles voitures quand une étude de 2014 indiquait qu’à l’époque le prix moyen d’une voiture neuve correspondait à 130 années de travail. Je n’ai pas de données actualisées mais cela correspond toujours à de plusieurs décennies de travail.

Rappelons-nous qu’il faut 30 ans pour qu’une industrie automobile atteigne sa majorité (comme la Roumanie, la Turquie, la Pologne, la Malaisie etc.) ; mais une seule décennie suffit pour qu’elle disparaisse comme on l’a vu aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et plus récemment en Australie.


Bernard Coste (bc@bernard-coste.com) est membre de Team Auto.

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