Le marché automobile montre des signes de grande faiblesse en septembre

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La fin de l’année 2020 était redoutée par l’ensemble de la filière automobile. Les résultats du mois de septembre 2020 apportent des premiers éléments de réponse à travers un certain nombre de signaux négatifs pour la suite.

© groupe Lempereur
© groupe Lempereur

En septembre, 168 298 voitures particulières neuves ont été immatriculées, soit un repli de 2,97 % par rapport à la même période en 2019. Une baisse largement amortie par un jour ouvré supplémentaire (22 jours contre 21 en 2019). Au cumul, sur les neuf premiers mois de l’année, le marché accuse une baisse 28,92 %, un taux encore très loin des 20 % qui permettrait de limiter la casse en cette période Covid-19.

« À travers cette baisse contenue, la dynamique du plan de relance automobile est en train de se dissiper, tandis que les mesures concrètes du plan général de relance sont encore trop abstraites, relève Xavier Horent, délégué général du CNPA. La filière automobile va progressivement repasser dans une séquence à risques dont il faut prendre la mesure des conséquences structurelles ».

Une dynamique cassée sur les cinq derniers jours du mois

Pour expliquer cette tendance à la baisse, on remarque que le traditionnel sprint de fin de mois est cassé, alors que le dernier mois d’un trimestre est traditionnellement important pour les distributeurs.

Les distributeurs réduisent leur stock

Les canaux tactiques – véhicules de démonstration et location courte durée, qui connaît de grandes difficultés économiques –, ne jouent plus leur rôle de refuge pour les volumes. Devant faire face à des impacts non négligeables de la crise liée au Covid-19, les réseaux ne veulent plus stocker de gros volumes de véhicules. Les mauvais indicateurs de la crise sanitaire dans l’Hexagone ont certainement un impact négatif sur ce type d’immatriculations.

« Quand on regarde les immatriculations au jour le jour, on observe que le rythme quotidien est sensiblement le même entre septembre 2020 et septembre 2019 (en moyenne, nous sommes sur + 200 véhicules par jour en 2020 par rapport à 2019), sauf sur l’accélération des cinq derniers jours ouvrés, analyse Thomas Jouanny,
chief data officer de Dataneo.
C’est sur les cinq derniers jours ouvrés que l’écart se fait. Par rapport à 2019, nous perdons 20 700 véhicules sur ces cinq derniers jours en 2020 ».

Cinq marques font basculer le marché dans le rouge

En analysant les ventes par constructeur, « on se rend compte que le marché bascule dans le rouge à cause de cinq marques : Renault, Citroën, Opel, Volkswagen et Fiat, note Thomas Jouanny. Ces marques totalisent, en effet, une baisse cumulée de 18 000 immatriculations (soit un repli de 88 %), tandis que si nous prenons le reste du marché, nous sommes sur une baisse cumulée de “seulement” 2 400 véhicules par rapport à 2019 ».

(Analyse réalisée sur les chiffres arrêtés au 29 septembre 2020)

  • Renault (perte de 8 194 unités sur le mois). La baisse est principalement sur les modèles de grande diffusion, à savoir la Clio (- 3 057 unités), la Twingo (- 1 739 unités) et la Mégane (- 1 152 unités).
  • Citroën (perte de 3 185 unités sur le mois). La baisse est localisée sur la C3 (- 1 209 unités) et le C3 Aircross (- 696 unités) avec 60 % de la baisse en volume cumulé, mais tous les modèles sont dans le rouge. Sur la C3, la baisse est principalement sur le canal des particuliers (- 1 000 unités environ). Étant donné que le facelift de la C3 vient d’être lancé, cela est peut-être dû à un problème d’approvisionnement pour satisfaire les commandes.
  • Opel (perte de 3 121 unités sur le mois). La baisse est principalement sur la Corsa (- 1 894 unités) et due au remaniement de la gamme (- 826 unités) avec l’arrêt des Karl, Mokka (ancienne version) et Adam.
  • Volkswagen (perte de 2 198 unités sur le mois). Le plus important de la baisse est sur les modèles à fort volumes, qui sont les modèles les plus accessibles, à savoir la Polo (- 1 159 unités), le T-Cross (- 394 unités) et le T-Roc (- 818 unités).
  • Fiat (perte de 1 565 unités sur le mois). La baisse est répartie sur l’ensemble de la gamme (avec un pic sur les 500, 500X et Tipo 5P).

L’épargne regagne du terrain

Dans sa dernière enquête de septembre 2020, l’Insee a pointé le fait que la part des ménages estimant qu’il est opportun d’épargner est en hausse pour le cinquième mois consécutif. Le solde correspondant augmente nettement, et se situe très au-dessus de sa moyenne de longue période.

Le durcissement du malus pourrait alourdir encore la note

La confiance, tant au niveau des clients que des professionnels semble largement émoussée à cette époque de l’année. Une confiance qui pourrait s’éroder encore un peu plus après les annonces du PLF 2021 qui vise un durcissement du malus et les discussions autour de la loi climat qui pourrait introduire un malus au poids du véhicule.

« Dans un contexte où les craintes relatives au chômage sont à un niveau très élevé, il n’est guère surprenant, malheureusement, de constater une première traduction de ces tendances sur le marché automobile, ajoute Xavier Horent. L’une de nos préoccupations majeures est de voir le plan de relance se fracasser sur un mur de défiance érigé par la surmédiatisation de la situation sanitaire et la complexification de la communication publique. Les pouvoirs publics seraient ainsi avisés de ne pas déstabiliser davantage toutes les composantes de la filière, en particulier dans le cadre des discussions liées au projet de loi de finances. Il faut hiérarchiser, et la priorité reste de protéger les entreprises en accompagnant la transformation de leurs marchés de manière réaliste ».

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