Les ambitions de Marcel (BYmyCAR) par Audrey Goudin

Publié le par

Au départ, Audrey Goudin était une cliente du service de VTC Marcel que BYmyCAR a repris à Renault. Directrice financière, elle a choisi un nouveau défi en acceptant la direction générale de Marcel qu’elle veut imposer par l’ingéniosité face aux géants du secteur. Explications.

Audrey Goudin, directrice générale de Marcel (BYmyCAR) (© Audrey Goudin - Twitter)
Audrey Goudin, directrice générale de Marcel (BYmyCAR) (© Audrey Goudin - Twitter)

Auto Infos : Même si ce n’est qu’un premier bilan forcément intermédiaire, que vous a apporté BYmyCAR depuis le rachat de Marcel à Renault ?
Audrey Goudin : Les dirigeants de BYmyCAR ont une vision précise de leur stratégie relative aux nouvelles mobilités et elle est ambitieuse. Dans ce cadre, la brique Marcel est naturellement importante. Nous avons donc bénéficié d’un réel soutien du top management de BYmyCAR, notamment Jérôme Gerbier, pour trouver le moyen de prendre un nouvel élan alors que les derniers mois chez Renault avaient été calmes et que la crise n’a évidemment pas servi le business. L’objectif est clair : atteindre la rentabilité, ce qui passe par une course à la valeur, pas aux volumes. Les premiers fruits de ce travail sont déjà visibles. D’une part, avec notre nouveau package de branding qui joue sur les codes « à la française », une bonne façon de se démarquer de nos concurrents et de nous positionner dans une logique responsable et durable. D’autre part, avec notre développement initié en région. Initialement lié à Paris, depuis 2014, Marcel vient de s’implanter à Nice et à Lyon, des villes où les élus locaux sont engagés pour l’environnement et où le groupe BYmyCAR est bien implanté.

A. I. : À court terme, d’autres implantations dans de nouvelles villes sont-elles programmées ?
A. G. : De nouveaux développements sont effectivement à l’agenda. Marcel va être proposé dans d’autres villes en France. Et ce travail sur la capillarité sera bien sûr soutenu par une extension du domaine des services. En respectant toujours le principe du prix juste pour les chauffeurs comme pour les clients. Une course à 3 ou 5 euros, tout le monde sait faire, mais comment le chauffeur peut-il s’y retrouver ? Nous n’allons pas sponsoriser les clients, pas plus que les chauffeurs. Notre taux de commission est de 20 % TTC et il n’augmentera pas, ce n’est pas le bon levier pour atteindre une rentabilité pérenne. Nous préférons consolider notre culture partenariale avec les chauffeurs qui sont le gage de la qualité de notre service et de la satisfaction des clients.

A. I. : À propos des clients, comment comptez-vous travailler votre notoriété qui est encore très perfectible, y compris à Paris ?
A. G. : À Paris, dans le secteur des VTC, Marcel figure sur la troisième marche du podium en notoriété assistée, c’est une bonne base. Notre nouvelle image de marque, que j’évoquais en préambule, va nous aider à nous singulariser et à accompagner la démocratisation des services de VTC. De toutes les façons, nous n’avons pas les moyens de dépenser sans compter sur l’acquisition clients, et nous ne suivrons pas la mode de la multiplication des codes promos. Là encore, c’est un mirage dans l’optique d’une rentabilité pérenne. Actuellement, nos clients sont majoritairement des personnes entre 30 et 50 ans, sensibles à l’écologie et acceptant de payer un ou deux euros de plus pour certains standards de qualité. Nous allons les fidéliser, une refonte de notre programme de fidélité clients étant initiée. Elle s’accompagnera d’ailleurs d’un nouveau programme de fidélité pour les chauffeurs. Au même titre que notre système de notation des chauffeurs d’ailleurs. En outre, nous allons chercher à toucher une clientèle plus âgée en travaillant sur le levier des courses récurrentes, réalisées avec un même chauffeur, dans un climat de confiance.

A. I. : Dans un autre périmètre, comment appréhendez-vous votre développement auprès de la clientèle professionnelle, avec Marcel Pro ?
A. G. : Nous avons de nombreux clients professionnels et ils nous sont fidèles, appréciant la qualité des services, notamment le sérieux de nos chauffeurs. La possibilité de réservation à l’avance avec un tarif garanti plaît beaucoup car cela est sécurisant. Notre plateforme a aussi un module de dispatch prioritaire pour les clients B to B. Par le biais du développement de nos accords-cadres avec les entreprises et de notre base de partenaires d’hôtels, pour les liaisons vers les aéroports et les gares notamment, nous avons un potentiel de croissance manifeste. Nos services de transports de groupe et nos prestations événementielles sont aussi porteurs. De surcroît, pour certains grands groupes, notre couverture de nouvelles villes constitue un atout.

A. I. : Vous avez évoqué l’argument environnemental à plusieurs reprises, quelle est votre feuille de route sur ce point d’actualité, tout en sachant que le véhicule électrique n’est pas nécessairement le mieux adapté aux missions de VTC et que le coût n’est pas neutre pour les chauffeurs ?
A. G. : Nos chauffeurs sont des chefs d’entreprises et ils sont donc au fait des enjeux environnementaux proposés à notre société et à nos business models. Chez Marcel, il y a déjà un chauffeur sur trois qui roule avec un véhicule 100 % électrique ou hybride. Notre entreprise est aussi engagée auprès de Good Planet et via la Charte action climat de Paris. Pour les véhicules 100 % électriques, il est vrai que le prix peut parfois être un frein, mais c’est moins vrai pour les hybrides. L’offre des constructeurs s’étoffe et nos chauffeurs ont la particularité de changer régulièrement de voiture. Bref, d’ici à deux ans, je suis convaincue que l’électrification sera la norme dans le secteur des VTC et nous allons stimuler cette tendance.

A. I. : Au sujet de la rentabilité, que répondez-vous à ceux qui pointent, sans avoir totalement tort, que les services de VTC n’ont jamais trouvé la clé du profit ?
A. G. : Ce n’est pas parce que les autres n’ont pas réussi que Marcel ne peut pas y parvenir ! Et il ne faut pas perdre de vue que tous les services de VTC sont récents et qu’ils correspondent à de nouveaux usages. De nouveaux usages en plein essor, ce qui rassure sur le caractère porteur du marché. Au-delà de la variable exceptionnelle de la crise sanitaire, Marcel a le bon positionnement pour devenir rentable, avec un business plan raisonnable et une feuille de route qui ne cherche pas à aller plus vite que la musique. Nous allons y arriver, n’oubliez pas que c’est une ancienne directrice financière qui vous parle !

A. I. : Pour conclure par un petit exercice de benchmark, quels services ont retenu votre attention ou suscité chez vous un effet « waouh » récemment ?
A. G. : Si je mets à part le développement de plateforme, le traitement de la data, etc., qui sont des clés de réussite incontournables, je pourrais citer Le slip français ou Respire, par exemple. Des entreprises qui jouent la carte de l’ingéniosité et de la précision face aux géants de leur secteur. C’est l’état d’esprit qui anime Marcel face à ses concurrents, dont un géant, Uber, que nous connaissons tous.

Voir aussi :

En partenariat avec le En partenariat avec CNPA
A la une
La quotidienne Auto-infos