Les salariés face à leur employabilité

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Crédit photo : Gerd Altmann/Pixabay
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Nos entretiens de recrutement montrent une importance croissante donnée par les candidats tant aux plans de carrières potentiels offerts par les entreprises, qu’aux futurs programmes de formations internes qui leur seront proposés. Le souci d’une solution de reconversion est aussi présent chez nombre d’entre eux, avant même de choisir d’accepter une nouvelle situation. La préoccupation majeure n’apparait maintenant plus comme ciblée sur un besoin de stabilité, mais semble évoluer au plan professionnel, au moins vers l’assurance du maintien d’un certain potentiel d’employabilité, sous entendant aussi celui du pouvoir consommer. Le salaire résultant du métier redeviendrait un moteur plus que la conséquence du travail, l’emploi en étant le moyen. La notion d’emploi tendrait ainsi à perdre de son sens au profit d’une capacité à rebondir pour traverser des crises auxquelles la plupart semble être persuadé de devoir être à nouveau confrontés à plus ou moins long terme. L’emploi en CDI n’apparaitrait plus comme suffisant aux yeux de ceux-là pour se prémunir du chômage.

Cette évolution de l’attente n’est pas sans importance. Au-delà de la conjoncture, elle révèle l’interrogation de tout un chacun sur sa place dans la société, la vie qu’il développe et la considération qui en résulte. Pouvoir acheter signifie bénéficier de moyens financiers donnant accès à la consommation et assurant le minimum vital. Il s’avère que le fait ne passe plus seulement par l’emploi ou le statut mais par le potentiel qu’aurait l’individu à s’en arranger en cas de besoin. L’âge de l’emploi stable attestant du passage au statut d’adulte, évalué à la trentaine jusqu’il y a peu, semble être une notion qui s’estompe toujours un peu plus. L’objectif de stabilité dans l’emploi semble si éloigné aux yeux de certains, qu’ils finissent par préférer la notion d’usager agile du pouvoir vivre à celle d’expert dans un métier.

Dans ce contexte, l’employabilité apparaît comme un des principaux leviers, elle recouvre l’emploi mais comme une possibilité, une probabilité et du moins un moment. Elle est jugée comme une sauvegarde et une richesse porteuse d’espoir et d’avenir. Elle est protéiforme et peut intégrer des pratiques comme des postures. Le sujet est aussi celui de l’introduction de plus en plus forte de la dimension privée et intime dans la vie au travail et du travail à la maison. Cette part d’intime porte la personnalité de tout individu et par conséquent, renforce ses convictions et ses motivations profondes.

Les exemples ne manquent pas pour rappeler l’extrême sensibilité des jeunes et des moins jeunes aux valeurs et au sens de leur entreprise. La qualité de vie issue de la satisfaction vis-à-vis des conditions de travail est devenue une priorité. Le sociétal renvoie à l’identité propre, à l’image de soi et à un pouvoir être aux vertus stabilisatrices.

L’enjeu des entreprises est devenu plus culturel qu’organisationnel. Le débat sur le lieu du travail en devient secondaire. Pallier la pénurie de ressource passe encore par l’apport de nouvelles sources de main-d’œuvre mais n’évitera pas au manager de réfléchir aux choix stratégiques dans le développement de sa culture d’entreprise. Chacun devant se donner les moyens de la construire en tenant compte qu’elle résulte de l’implication des acteurs distants ou pas à l’instant présent, et pas seulement le fruit de l’histoire.

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