Malus au poids, taxe au stationnement… : qui veut la peau du SUV ?

Publié le par Clotilde Gaillard

Très à la mode, ces véhicules individuels aux dimensions plus proches du 4x4 que de la citadine pullulent dans les villes. Un constat qui ne plaît pas aux institutions, qui redoublent d’idées pour saper l’attrait de ce segment, pourtant plébiscité par les automobilistes.

Malus au poids, taxe au stationnement… : qui veut la peau du SUV ?

En 2018, les SUV (abréviation de "Sport Utility Vehicle") battaient un record mondial en se vendant à presque 30 millions d’exemplaires dans le monde, toutes marques confondues. Cette belle santé se confirme encore cette année où ses parts de marché atteignent quasiment les 40% (selon les chiffres du cabinet de recherche automobile Jato Dynamics).

Un engouement qui semble s’expliquer par un désir de se distinguer sur la route. En effet, avec ces massifs modèles urbains qui n’ont plus grand-chose à voir avec les citadines graciles d’il y a quelques décennies, on ne se faufile pas dans les artères : on s’impose. De même, l’offre exponentielle et de plus en plus abordable des constructeurs sur ce type de modèles en font la nouvelle coqueluche du bitume... Mais pour combien de temps encore ?

Sus au SUV !

Début septembre, un SUV de 1,6 tonne a fauché quatre personnes, dont un enfant, dans les rues de Berlin. Le maire écologiste de l’arrondissement où s’est produit l’accident avait alors déploré qu’avec « de telles voitures, grosses comme des tanks […], chaque erreur de conduite met des innocents en danger de mort. » Ce drame a donc soulevé bien des interrogations sur la place de ces imposants véhicules dans les centres-ville, et pas seulement en Allemagne. En France, des voix peu enclines à voir les SUV circuler dans les agglomérations ont émergé, à l’image de l’ex-député LREM Matthieu Orphelin.

Invité sur France Info le 11 octobre, celui-ci a fait part de son malaise à voir des engins dépassant parfois 1,80 m de long empiéter sur les trottoirs des agglomérations. « On n’a pas besoin d’un véhicule de deux tonnes pour rouler en ville », a déploré ce proche de l’ancien ministre de l’écologie Nicolas Hulot.

Vent debout contre cette tendance, il a également déposé un amendement visant à instaurer un malus carbone indexé sur le poids des véhicules, dans le cadre du projet de loi de finances 2020. Retoqué par la commission des Finances de l’Assemblée nationale la veille de sa prise de parole sur France Info, ce projet marque néanmoins l’avènement d’un haro généralisé sur le segment SUV.

Le stationnement du SUV en ligne de mire

Comme Christophe Najdovski, adjoint écologiste en charge des transports et de la mobilité, le confiait au site Les Jours, la mairie de Paris envisagerait de contrer l’expansion des SUV dans la capitale. Et puisqu’il n’y a rien de plus efficace que de sanctionner au porte-monnaie, il se pourrait que les véhicules particuliers jugés trop lourds se voient taxés sur leur stationnement.

« On a déjà mis en place une politique d’incitation tarifaire en faveur des petits véhicules de type Smart dans les parkings souterrains. On peut imaginer, à l’inverse, qu’il y ait une majoration pour ceux dont le gabarit dépasse manifestement une volumétrie considérée comme normale », a ainsi souligné l’élu vert. Qui reproche également à certains conducteurs de mastodontes d’occuper deux places pour se garer alors qu’ils n’en paient finalement qu’une.

Il faut sauver le SUV

Si l’envie de restreindre l’accès des villes aux SUV se fait de plus en plus sentir, quelques-uns montent cependant au créneau pour défendre ce modèle à l’allure racée. On reproche aux SUV d’être plus gourmands en carburant du fait de leur taille ? Le porte-parole de l’association militante 40 millions d’automobilistes, Pierre Chasseray, s’insurge au micro de RTL en invoquant que la plupart répondent parfaitement aux normes Crit’air en vigueur. Ce à quoi l’ONG Greenpeace avait précédemment répliqué avec un rapport accusant les véhicules surélevés (dont les SUV) d’être responsables de la hausse des émissions de CO2.

Autre aberration pointée du doigt pour soutenir le segment SUV : l’amendement initial qui prévoyait de pénaliser l’ensemble des voitures excédant les 1 700 kg, modèles électrifiés inclus. Une idée qui aurait eu pour conséquence d’infliger un malus de 10 000 euros à la grande majorité des modèles électriques premium tels que la Tesla Model S, le Mercedes EQC, ou l’Audi e-tron. Pas crédible…

Enfin, porter un coup au SUV pourrait être synonyme de calamiteuse estocade à l’industrie automobile, a fortiori française. À force d’avoir trop misé sur ce segment, plusieurs constructeurs tricolores risquent de s’en mordre les doigts. PSA, Renault ou encore Citroën s’exposent à une chute de leurs immatriculations si la gamme SUV continue de faire figure d’homme à abattre. Une menace pour l’emploi qui s’ajoute aux éventuelles amendes que les firmes pourraient subir dans les années à venir, lorsque l’Union européenne viendra leur demander des comptes en matière d’émissions de CO2.

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