Philippe Dugardin : « Le mois de juin a été une bouffée d’oxygène pour nos affaires »

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Le patron du groupe éponyme salue l’arrivée des aides gouvernementales qui permettent de dédiaboliser la voiture, dans un contexte en faveur de l’environnement, mais surtout de mettre un coup de projecteur sur l’industrie automobile mise à mal par la crise sanitaire.

© groupe Dugardin
© groupe Dugardin

Le groupe Dugardin, c’est cinquante ans d’histoire à la conquête de la région des Hauts-de-France. L’entreprise familiale a été fondée par Robert Dugardin en 1969. Passionné par le secteur automobile, l’homme d’affaires en devenir s’inscrit à des cours du soir à l’âge de 14 ans dans le but d’apprendre les ficelles du métier de mécanicien. Cette première ambition concrétisée, il gravit les échelons, poursuit une carrière de garagiste avant de décrocher la consécration ultime : agent concessionnaire Ford à Lys-Lez-Lannoy (59) en 1983. Pendant 17 ans, il cultive une stratégie monomarque tout en travaillant sur le développement externe de son activité (Roubaix en 1993 et Fâches-Thumesnil en 1996). En l’an 2000, le groupe Dugardin ouvre un nouveau chapitre avec la reprise du panneau Jaguar à Lille (59). L’aventure de la distribution se poursuit alors naturellement et progressivement aux côtés d’autres constructeurs. Parti d’un petit local de 72 m² à Lys-Lez-Lannoy, le groupe s’étend désormais sur une surface totale de 51 500 m², dont 16 500 d’espaces couverts dédiés à la représentation de dix marques automobiles. Depuis 2017, l’opérateur s’appuie également sur une nouvelle enseigne à Villeneuve-d’Ascq. Baptisée Dugardin Héritage, la structure propose la restauration, l’entretien et la vente de voitures de collection des marques distribuées par ses soins. Sur une quinzaine de véhicules disponibles chaque mois, le groupe réalise une moyenne de trois ventes via ce canal.

Aujourd’hui les affaires familiales sont dirigées par la seconde génération incarnée par Philippe Dugardin. Présent au sein du groupe depuis son plus jeune âge, le dirigeant suit les traces de son père au poste de président depuis vingt ans. Comme chaque année, celui-ci travaille sur de nombreux chantiers afin d’assurer la pérennisation de l’entreprise familiale. Le dernier en date concerne la construction d’un centre premium inauguré à Aulnoy-lez-Valenciennes en début d’année. Implantée sur un terrain de 13 000 m2, la structure est scindée en deux : d’une part le bâtiment dédié à Volvo dont la superficie s’étend sur plus 1 000 m2 ; et de l’autre un espace de 1 800 m2 où cohabitent Jaguar Services, Land Rover et Mitsubishi. Coût de l’investissement : 3,2 millions d’euros. Située à 50 kilomètres de Lille, l’opérateur a fait le choix d’étendre sa couverture en misant sur cette agglomération dont le bassin économique est en pleine expansion. Celui-ci représente un tiers du marché économique lillois. Si l’ouverture des deux sites a été contrariée par l’arrivée du Covid, ils profitent étonnement d’une impulsion depuis le 11 mai. « La phase de relance a été plus active que la période de lancement en elle-même. C’était une bonne surprise » confirme-t-il.

Une bouée de sauvetage pour la filière

Au sujet de la fermeture exceptionnelle de ses établissements pendant plusieurs semaines en raison de la pandémie, Philippe Dugardin ne souhaite se concentrer que sur le positif. À titre d’exemple, l’opérateur a su adapter ses services après-vente au contexte sanitaire en proposant le "pack zen". Il s’agit d’une offre de convoyage entre le domicile et l’atelier afin d’effectuer des réparations jumelées à l’assainissement de l’habitacle à l’aide d’un traitement virucide. Un service inédit qui a bien fonctionné selon le président puisque 20 à 25 % des interventions étaient concernées par cette offre inédite. Contrairement à ce qu’il anticipait, la reprise a été soutenue dès le 11 mai. Sur le mois, avec un peu moins de vingt jours travaillés, le groupe a réalisé entre 75 et 80 % du niveau de commandes enregistré sur la même période en 2019. Un dynamisme du marché porté par les aides gouvernementales. « Nous n’avons pas le droit de nous plaindre. Le plan de relance a mis un spot sur notre profession. De la fin de l’année 2019 jusqu’à la période pré-Covid, l’automobile était perçue comme quelque chose de polluant et de néfaste pour l’écologie. Les malus ont été surdopés en fin d’année, atteignant parfois les 20 000 euros. Cette mesure a tué une partie de notre profession et celle de nos marques. Aujourd’hui les gens redécouvrent le plaisir d’un transport individuel, sûr sur le plan sanitaire et qui leur procure une liberté de mouvement. La réflexion menée par les clients pendant ces deux mois d’arrêt a été bénéfique pour l’automobile et les aides gouvernementales ont été une bouffée d’oxygène pour nos affaires ».

Distributeur de la marque Hyundai et Ford, le groupe Dugardin observe une explosion des ventes de véhicules électrifiées depuis l’annonce du plan de relance par le gouvernement. Les Kona hybrides et électriques, ainsi que le Ford Kuga PHEV suscitent la demande. Mais face à cette activité commerciale soutenue, Philippe Dugardin s’interroge quant à la problématique de l’approvisionnement qui pourrait surgir à moyen terme pour les véhicules neufs. Une difficulté transposable sur le marché de l’occasion. Franchisé du label Easy VO depuis janvier 2020 (mis en place par le groupe Amplitude), l’activité sur le marché de l’occasion se porte bien et semble parfaitement adaptée à l’actualité. « Nous avons beaucoup de clients qui avaient recours aux transports en commun et qui, dans un besoin d’indépendance, ne souhaitaient pas investir une grosse somme dans une voiture d’occasion. Vendre des VO à moins de 10 000 euros rentre parfaitement dans l’ère du temps. D’autant qu’un certain nombre de véhicules peuvent bénéficier de la prime à la conversion ». 15 à 20 % des ventes sur les marques généralistes distribuées par le groupe ont été réalisées dans le cadre de cette mesure. Concernant l’évolution de ses affaires, Philippe Dugardin anticipe une activité importante jusqu’à la mi-juillet. Il espère également que les ménages français choisiront de partir en vacances en voiture sur le territoire. « Notre objectif est de rattraper la perte de rentabilité que nous avons eu pendant deux mois. Globalement suivant les sites, nous avons entre un an et un an et demi de résultats à compenser. Nous serons très contents de revenir à l’équilibre ou de s’en rapprocher d’ici la fin de l’année ». En 2019, l’opérateur avait généré un chiffre d’affaires de 139 millions d’euros et commercialisé 3 848 VN et 1 914 VO.

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