Philippe Geffroy, Mazda France : "Pour le moment, l’électrique est un sport de riche !"

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Entretien avec Philippe Geffroy président de Mazda France et président de la CSIAM qui représente les constructeurs importateurs en France. Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le numéro 1389 (juillet, août 2019) du magazine Auto Infos.

Philippe Geffroy, Mazda France :

Auto Infos : L’homologation WLTP et la réglementation CAFE instituée en Europe à partir de l’année 2020 vous fait-elle peur ?
P.G. :
Ce n’est pas tant la peur au niveau français. On se demande si le gouvernement va respecter son engagement de neutralité fiscal. Ou est-ce qu’il va nous faire un saut de carpe comme il vient de le faire avec la Prime à la Conversion. Nous avons demandé à l’Etat de nous donner de la visibilité sur toute la partie fiscale. Nous attendons encore. Nous n’avons pas d’idée précise sur le malus applicable début 2020 et c’est loin d’être neutre. Le marché risque de ralentir brutalement l’année prochaine si le malus se révèle sévère.

"Le manque de visibilité fiscale en France génère une inquiétude"

A.I. : En tant que président de la CSIAM qui représente les constructeurs importateurs en France, constatez-vous une inquiétude réelle sur le sujet chez vos adhérents ?
P.G. :
Le manque de visibilité génère une inquiétude. Tout le monde va devoir gérer avec des délais beaucoup trop courts des problématiques d’approvisionnement liées à des changements fiscaux.

A.I. : Comment Mazda s’organise-t-elle pour faire face à ces deux évènements législatifs ? P.G. : Nous avons des cibles en 2025 puis 2030. La plus problématique de toutes ces cibles, c’est celle de 2021. Celle-ci a été éditée sous la norme NEDC et sur la base des ventes de 2020, chacun des constructeurs aura un coefficient correcteur qui sera appliqué afin de définir l’équivalent en WLTP. Chez Mazda, nous travaillons sur la base de technologie comme le moteur Skyactiv-X puis l’arrivée de l’électrique et de l’hybride rechargeable. Nous allons chercher à réduire les émissions en gagnant en efficacité sur les modèles thermiques qui sont ceux qui se vendent en plus grand nombre.

"Nous pensons que nous ne pourrons pas échapper aux amendes CO2 en 2020 et 2021 en Europe"

A.I. : Serez-vous à l’abri des amendes en 2020 suite à votre accord avec Toyota ? P.G. : Le maintien de cet accord n’a pas encore été acté pour 2020. Nous mettons donc les bouchées doubles pour réduire le plus possible nos rejets de CO2. Notre objectif est d’être neutre au niveau des pénalités en 2022. Nous pensons que nous ne pourrons pas y échapper en 2020 et 2021. Nous allons nous organiser pour en payer le moins possible et limiter la casse. Le Skyactiv-X est l’un des leviers sur lesquels nous travaillons. Nous travaillons sur le sujet depuis déjà deux ans pour faire les projections et en analyser les conséquences. Mais si demain le client préfère un modèle au-dessus de la moyenne des rejets, nous serons victimes de notre succès ! Nous sommes aujourd’hui dans des injonctions contradictoires des pouvoirs publics au niveau des constructeurs et des consommateurs. Ces derniers nous demandent tous les jours ce qu’ils doivent acheter. Il faut retourner aux basiques de l’usage d’un véhicule. Il faut également avoir les moyens car l’électrique pour le moment est un “sport de riche”.

A.I. : Le client automobiliste a-t-il envie d’acheter de l’électrique ?
P.G. :
Quand on regarde les chiffres des ventes, on peut se poser la question... Avec 6000 euros d’avantage fiscal à l’achat d’un véhicule électrique, on ne fait toujours pas 2% du marché dans l’électrique. On peut se demander s’il y a une véritable appétence même si l’offre reste pour l’instant très limitée. Ce qui ne sera plus le cas dans quelques mois. L’effet offre pourrait accélérer le mouvement. Dans l’état actuel de la technologie, il faut accepter aussi que le VE ne soit pas adapté à des trajets longs mais à des kilométrages réduits au quotidien.

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