Quel est le principe « leader-follower » adopté par l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ?

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Une conférence de l’Alliance à la veille de l’annonce de plans de restructuration très austères chez Renault et Nissan…l’exercice était difficile. L’objectif était surtout de rassurer les places de marché sur la solidité de l’Alliance, tout en annonçant quelques points de rationalisation de fonctionnement.

Quel est le principe « leader-follower » adopté par l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ?

Sur fond de crises aigues chez Renault et Nissan, lourdement amplifiées par la crise du Covid-19, la conférence organisée par l’Alliance Renault Nissan Mitsubishi prenait un tour particulier. Surtout après les interminables mois de déchirements qui ont rythmé la vie de l’Alliance depuis la sidérante arrestation de Carlos Ghosn au Japon.
Le climat est donc lourd, pour dire le moins, et Jean-Dominique Senard, président du conseil opérationnel de l’Alliance, estime que le moment est venu de reconstruire. « L’ancien business model de l’Alliance était basé sur la croissance des volumes, alors que notre nouveau plan va se recentrer sur l’efficacité et la compétitivité. Un renforcement de l’Alliance qui doit profiter à chacune des marques qui la compose et qui donnera sa pleine expression dans quelques années », souligne-t-il.
La pierre angulaire de la relance de l’Alliance repose sur le principe « leader-follower », une approche synergétique renforcée, qui doit simplifier et optimiser les développements au sein de l’Alliance. Cela passe notamment par la suppression des doublons et des bégaiements dans les différentes équipes.

1 modèle sur 5 supprimé

Primo, le principe « leader-follower » s’applique aux plateformes et aux produits. En 2019, 39 % des véhicules de l’Alliance sont issus de plateformes communes et l’objectif est de viser le double en 2024. Il ne restera alors plus que 4 giga plateformes communes. Ensuite, « il y aura un véhicule mère et un véhicule sœur », explique Jean-Dominique Senard, sachant que le lead sera donné à Nissan, Renault ou Mitsubishi selon leurs spécialités de segments. « L’objectif réside naturellement dans la réduction des coûts, jusqu’à 40 % par modèle, soit 2 milliards d’euros si on prend l’exemple du segment SUV-C, par exemple », ajoute Jean-Dominique Senard. Ce schéma existe déjà pour le VUL, mais l’Alliance compte donc lui donner de l’envergure : le modèle « leader-follower » a concerné 9 % des modèles en 2019, il passera à 48 % en 2025. Dans le même intervalle, le nombre de modèles des marques de l’Alliance aura été réduit de 20 %. Deux éléments méritent d’être soulignés à ce stade. Primo, les équipes de design vont voir leur rôle à la fois renforcé et complexifié, dans la mesure où la différenciation des modèles sera déterminante, mais sous fortes contraintes. Secundo, cela présage des arbitrages industriels délicats entre les marques et les pays concernés par l’empreinte industrielle des marques.

Le principe « leader-follower » sera aussi appliqué aux grands domaines technologiques. Nissan sera par exemple le référent de l’Alliance pour le développement de la conduite autonome, tandis que Renault aura le lead sur la connectivité. Là encore, la gestion de la propriété intellectuelle sera l’objet d’arbitrages pointilleux, mais Jean-Dominique Senard et Makoto Uchida, président directeur général de Nissan, font remarquer à raison que l’Alliance a déjà une expérience solide dans ce domaine.

Enfin, ce principe sera aussi étendu à la couverture régionale prioritaire des marchés. Sans grande surprise, selon cette stratégie, Nissan deviendra le référent de l’Alliance en Chine, en Amérique du Nord et au Japon. Renault le sera pour l’Europe, la Russie, l’Amérique du Sud et l’Afrique du Nord. Mitsubishi aura le lead pour l’Océanie et l’Asie du Sud-Est.

Serrer les rangs

Au final, Jean-Dominique Senard indique que « les premiers effets de marché de cette stratégie se feront sentir en 2022. J’insiste sur le fait que le principe leader-follower ne cherchera pas à exacerber la concurrence au sein de l’Alliance, mais bel et bien à créer ou renforcer des effets de convergence ». Makoto Uchida souligne que tout sera mis en œuvre pour « l’amélioration industrielle des membres de l’Alliance », tandis qu’Osama Masuko, président de Mitsubishi Motors, estime qu’il faut « tourner la page d’une stratégie de croissance axée à outrance sur les volumes, ce qui a fait exploser les coûts fixes. Nous nous tournons désormais vers un modèle drivé par l’efficacité ».

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