Renault en crise : le gouvernement l’a bien cherché

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Après une année catastrophique, le groupe Renault est dans l’obligation de faire un plan d’économie de deux milliards. Une situation désastreuse que le constructeur doit à son principal actionnaire : l’État français.

© groupe Renault Communications.
© groupe Renault Communications.

Clotilde Delbos, directrice générale de Renault par intérim, a confirmé vendredi dernier, lors de la présentation des résultats financiers pour l’année 2019, une rumeur qui circulait depuis plusieurs semaines : le constructeur est en crise et affiche un déficit de 141 millions d’euros. Avec une marge opérationnelle de 4,8 %, qui a chuté de près d’un milliard d’euros en un an, le groupe Renault présente aujourd’hui l’ensemble de ses comptes dans le rouge.

L’information circulait depuis quelques semaines. Pour cela, il suffisait d’écouter le réseau de la marque qui gronde depuis plusieurs mois. Confronté à un ensemble de produits qui ne fonctionnent plus, et qui subissent la concurrence du groupe PSA en France et des importateurs et à des ventes tactiques imposées par les nouvelles taxes des pouvoirs publics, ce même réseau manifeste désormais ouvertement son inquiétude.

Des fermetures d’usines : un plan d’économie de deux milliards d’euros

Même s’il ne sera officiellement aux manettes de l’entreprise que le 1er juillet prochain, on peut imaginer la première décision de Luca de Meo derrière cette annonce d’un redressement nécessaire avec un plan d’économie de deux milliards d’euros. Cela pourrait se faire à travers la fermeture de plusieurs usines en France qui ne tournent pas à 100 % de leur capacité loin s’en faut. Un plan qui pourrait ressembler au traitement de choc mis en place, il y a quelques années, par Carlos Tavares pour sauver PSA. Un plan qui passera certainement par une refonte totale de la politique produits.

Le gouvernement a plongé Renault dans la crise

Comment expliquer alors la situation financière désastreuse du constructeur qui était encore numéro un mondial avec Nissan il y a deux ans ? En fait, c’est assez simple. Et quand les fermetures d’usines seront prononcées d’ici à la fin de l’année certainement, le gouvernement français devra mesurer sa part de responsabilité dans cette affaire.

Méconnaissance du secteur, erreur stratégique

Le gouvernement et le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, ont, tout d’abord, fait une mauvaise analyse de la situation réelle de l’Alliance en pensant que Nissan était tout puissant alors que, depuis deux ans, le constructeur japonais connaissait une grave crise de ses ventes en Europe avec, à la clé, un grand nombre de ventes tactiques. Si bien que la contribution de Nissan à Renault s’est naturellement évaporée en deux ans : en 2019, elle n’est plus que de 242 millions d’euros contre 1,51 milliard en 2018. Le groupe Renault va devoir porter Nissan dans son redressement alors que l’État imaginait sans doute le contraire !

L’affaire Ghosn : un règlement de compte

Lors de l’arrestation de Carlos Ghosn en 2018 au Japon et sa chute à la tête de l’entreprise, le gouvernement n’a rien fait pour soutenir le patron Renault. Au contraire, l’État a, a minima, précipité ce changement qui rassemble plus à un règlement de compte sur l’homme. Carlos Ghosn n’avait-il pas tenu tête au ministre de l’Économie de l’époque, Emmanuel Macron...

Réglementation CAFE et malus ont précipité la chute de Renault

En se séparant de Carlos Ghosn, l’État le fait au plus mauvais moment. Il ne savait sans doute pas qu’en janvier 2020, la réglementation européenne CAFE de réduction des émissions de CO2 entrerait en vigueur. Une réglementation CAFE défavorable aux constructeurs français en raison de l’introduction par l’Allemagne d’une pondération au poids qui favorisait les véhicules les plus lourdes.

Une réglementation très exigeante qu’il fallait préparer avec des véhicules électrifiés, dont des hybrides rechargeables. Ces mêmes véhicules à moins de 50 grammes de CO2/km que Renault n’a pas aujourd’hui, trop empêtré à chercher à résoudre ses problèmes de gouvernance et de relation avec l’État actionnaire. Et comme la coupe n’était pas assez pleine sans doute, le gouvernement a renforcé le malus depuis janvier dernier, un malus très défavorable aux deux marques du groupe : Renault et surtout Dacia. Ces dernières vont devoir attendre le 1er mars prochain et l’entrée en vigueur du WLTP avant d’espérer débuter l’année 2020 et vendre enfin des véhicules en France.

L’État actionnaire n’a, en réalité, pas su prendre une seule bonne décision en faveur du groupe Renault. Il s’est même permis de casser un accord de fusion que le groupe avait imaginé avec FCA. Une fusion qui aurait eu le mérite d’imaginer ce plan d’économie à l’intérieur d’un groupe dont les perspectives de développement au niveau mondial ne seraient pas les mêmes aujourd’hui.

Tout cela aurait pu être évité. Le gouvernement devra sans doute se poser les bonnes questions au moment de subir la fermeture d’usines et les licenciements inéluctables.

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