Renault veut capitaliser sur ses modèles à forts volumes

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Au-delà des produits, les résultats de Renault en 2020 dépendront de la capacité du réseau à trouver les bons arguments pour faire basculer les clients sur les modèles électrifiés.

© Renault
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Les constructeurs connaissent toujours des cycles plus ou moins favorables. Renault est aujourd’hui dans le second cas. Englué dans une bataille de gouvernance pendant plusieurs mois avec l’affaire Ghosn, le constructeur a également dû subir les multiples erreurs de son actionnaire principal : l’État français.

Pour s’en sortir rapidement, le groupe Renault va capitaliser sur ses petits modèles à forts volumes. Ces derniers seront entièrement électrifiés à partir de la mi-2020.

Miser sur l’électrification des segments A/B

Au creux de la vague, le constructeur français doit faire face, en effet, à une gamme vieillissante sur les segments C et D. Pour franchir cette étape complexe de réduction des émissions de CO2 de la réglementation CAFE, Renault proposera, dès le second semestre 2020, ses motorisations hybride et hybride rechargeable qui équiperont en priorité ses modèles à forts volumes sur le segment A et B. Le constructeur tricolore ambitionne également de commercialiser plus de 40 000 Zoe au cours de l’année, le véhicule 100 % électrique comptant double dans le bilan CO2 en 2020. Pour y parvenir, Ivan Segal, directeur du commerce France de la marque, mise sur la reconquête de parts de marché chez les particuliers. Côté B to B, le dirigeant s’inquiète de la baisse du bonus de moitié sur l’électrique pour les entreprises. Cette décision du gouvernement se traduit par une chute des commandes depuis le début de l’année.

Une prime verte en fonction des territoires

Côté réseau, la rentabilité pointe à 0,7 % en 2019 avec une croissance de 2,7 % en termes de parts de marché tous produits confondus. En 2020, le constructeur a mis en place une prime verte sur les véhicules électrifiés en fonction des territoires afin d’inciter son réseau à respecter la réglementation européenne CAFE.

Ivan Segal, directeur du commerce France du groupe Renault

Auto Infos : Quelle est la situation actuelle du groupe Renault en France ?
Ivan Segal :
Commercialement, la situation est positive puisque le marché est en croissance. Nous avons pu bénéficier de cette croissance. Nous avons battu un record en termes de volume de ventes depuis neuf ans en frôlant les 700 000 unités. En revanche, notre part de marché a diminué. Elle est passée de 26,2 à 25,9 %. Nous avons lancé de nouveaux modèles, notamment la Clio et le Captur. Nous avons souffert avec la nouvelle Twingo. Nous avons enregistré un trou d’air, avec une perte de 4 000 à 5 000 voitures sur l’année. De manière plus globale, les résultats européens ont aidé le groupe à faire face à des vents contraires sur le reste du monde.

« Nous n’avons pas réussi à prendre des parts de marché sur le segment C. Le renouvellement de ce segment sera majeur pour nous ».

A.I. : Votre gamme n’est-elle pas vieillissante avec un renouvellement produit qui n’a pas été fait à temps sur les segments C et D ?
I.S. :
Nous avons fait des renouvellements sur des segments à volumes importants que sont les segments A et B avec la Twingo pour laquelle la cadence de commandes est bonne. Avec la Clio V, nous avons fait le choix de travailler l’intérieur du véhicule. La montée en cadence est bonne. Nous sommes leaders sur l’année avec la Clio IV et V. C’est également le cas avec la Clio V sur le dernier quadrimestre 2019. Le Captur est en phase de démarrage. Les retours sont plutôt bons. Enfin, la Zoe renouvelée sur le B fonctionne très bien depuis le début de l’année. Effectivement, nous ne sommes pas dans une phase de renouvellement sur les segments C et D. Nous sommes un peu plus en difficulté. Nous souffrons d’un segment C-SUV qui a progressé depuis quelques années et sur lequel nous n’avons pas réussi à prendre les parts de marché que mérite un groupe comme Renault. Il est clair que le renouvellement prochain du C sera majeur pour nous, tant en berline qu’en SUV. Ce n’est pas sur le B qu’on peut aller chercher plus mais bien sûr le C. Même réflexion pour le segment D où nous avons plusieurs silhouettes. L’Espace est réussi avec de la demande mais le segment se réduit petit à petit. Côté Talisman, nous enregistrons une contraction également. Nous avons un bon produit, mais il faut encore travailler sur l’image.

A. I. : Quid de la berline sur le segment D pour la clientèle B to B ?
I. S. :
On voit qu’avec les contraintes de malus, CO2 et TVS, la berline sur le segment D est touchée sur le B to B. Or nous n’avons pas de solution de type hybride à proposer aujourd’hui, ce qui impacte nos ventes. Même si notre produit est bien reçu par les flottes et la clientèle des particuliers.

A. I. : N’avez-vous pas raté la marche de l’hybride il y a quelques années ? Ces moteurs vous manquent-ils aujourd’hui ?
I. S. :
Ils ne vont nous manquer très longtemps car nous allons lancer, dans quelques semaines, les moteurs e-Tech et e-Tech plug-in sur les segments B et C. Nos technologies sont extrêmement bonnes. Je rappelle aussi que nous sommes le groupe qui possède le plus grand nombre de solutions et d’énergies disponibles parmi les marques de l’ensemble du marché. Face aux enjeux de la réglementation CAFE, nous sommes bien préparés avec des technologies électriques, l’hybride et l’ECO-G avec le GPL. Pour passer cette réglementation, il faut aller chercher le gros des volumes. En hybride rechargeable sur le segment B-SUV, nous serons d’ailleurs les premiers.

A. I. : Quels sont les premiers modèles qui vont bénéficier de l’hybride ?
I. S. :
À la fin du premier semestre, nous lancerons l’hybride sur la Clio puis ensuite le PHEV sur la Megane et le Captur.

A. I. : Quand allez-vous développer le 100 % électrique sur les autres modèles ?
I. S. :
Nous avons annoncé le développement de l’électrique dans nos plans produits futurs. Outre la Zoe, nous disposons aujourd’hui de la Twizy et du Kangoo qui commence à représenter des volumes intéressants. Nous commercialisons également le Master ZE.

« Je suis très inquiet du niveau de baisse de commandes des véhicules électriques en B to B en raison de la baisse du bonus à 3 000 euros. »

A. I. : Comment appréhendez-vous la réglementation CAFE qui défavorise les plus petits véhicules ?
I. S. :
C’est une décision au niveau de l’Union européenne qui prend en compte la masse en fonction des niveaux de CO2. Cela fait partie de la règle du jeu. Nous avons un objectif avec moins de grammes de CO2 effectivement. À ce propos, je remarque que le niveau de prises de commandes que nous enregistrons sur les véhicules de moins de 50 g de CO2/km, avec la baisse de subvention de 6 000 à 3 000 euros pour les professionnels, est très inquiétant, tant en janvier qu’en février. La diminution par deux de cette subvention fait en sorte que pour une entreprise, l’écart avec le thermique au niveau du TCO l’encourage à acheter des véhicules thermiques et non des véhicules électriques. C’est très inquiétant pour l’ensemble du marché pour tenir la réglementation CAFE en 2020. Le calcul du TCO est défavorable à l’électrique avec une aide de 3 000 euros. La mesure du gouvernement n’est pas favorable à l’électrique, ce qui provoque un trou dans les commandes au pire moment alors que ce n’est pas le cas dans les autres pays européens.

A. I. : L’électrique décolle-t-il enfin du côté des particuliers ?
I. S. :
Nous constatons une accélération depuis le milieu de l’année dernière au niveau des particuliers. Autant je suis inquiet sur le B to B, je suis plutôt optimiste avec les particuliers.

« Nous allons commercialiser des véhicules en bicarburation essence et GPL en mai prochain. »

A. I. : La course aux volumes est-elle révolue en Europe en raison de la réglementation CAFE ?
I. S. :
Nous allons chercher à maintenir nos parts de marché et nos volumes. Nous n’avons pas couper notre gamme en termes de motorisation coûteuse en CO2. L’électrique comptant double est notre levier numéro 1. À partir du mois de mai prochain, nous allons commercialiser des véhicules au GPL. Nous allons offrir au client de la bicarburation avec un réservoir essence et la possibilité de mettre du GPL. Cette option est déjà présente sur la Clio, nous allons la proposer sur le Captur et la Sandero. Cela va nous permettre de gagner quelques grammes.

« Nous fixons à nos points de vente des objectifs dits verts par territoire. »

A. I. : Quelles sont vos incitations en termes d’énergie au niveau du réseau ?
I. S. :
Nous avons coupé le marché en deux en termes de volume : un marché thermique et un marché vert. Sur chacun des territoires, nous fixons des objectifs dits verts à nos points de vente. Nous croyons beaucoup à ce levier grâce à un réseau très capillaire avec beaucoup d’agents que nous formons actuellement. Le vendeur a un rôle déterminant dans le choix du client final.

A. I. : Votre réseau semble mécontent de la situation du constructeur dans l’Hexagone. Comment inverser la dynamique ?
I. S. :
Sur le plan national, le réseau a terminé l’année sur une croissance de parts de marché de 2,7 % toutes activités avec une rentabilité à 0,7 % comme l’année précédente. L’après-vente, malgré toutes les difficultés logistiques que l’on a pu connaître au second semestre, a connu une croissance importante. Au niveau du VN, le chiffre d’affaires est stable.

A.I. : N’avez-vous pas trop forcé les VD/VS depuis quelques années dans le réseau ?
I.S. :
Au global, la part de marché VD/VS est à peu près dans les clous de nos standards. Toutefois, nous avons eu beaucoup de nouveaux modèles à lancer. Il y a aussi une partie tactique surtout en fin d’année avec des véhicules malussés que nous avons préféré immatriculer afin de ne pas pénaliser nos clients. Ceci étant, il faut regagner des parts de marché sur le canal des particuliers ce qui logiquement nous amènera à faire baisser cette part des VD/VS. Je précise enfin qu’une partie de ces immatriculations tactiques nous permet aussi de combattre les mandataires en Europe.

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