Thierry Lespiaucq (Volkswagen Group France) : « À l’échelon français, il nous manque une clarté sur la fiscalité à partir de janvier 2020 »

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Entretien avec Thierry Lespiaucq, président de Volkswagen Group France, à l’occasion du salon de Genève.

Thierry Lespiaucq (Volkswagen Group France) : « À l’échelon français, il nous manque une clarté sur la fiscalité à partir de janvier 2020 »

Auto Infos : Comment allez-vous franchir ces deux années de barrière réglementaire au niveau du CO2 ?
Thierry Lespiaucq :
La première étape à franchir, c’est celle des homologations. Cela nécessite du temps et de l’organisation. Ceci dit, le travail qui a été fait sur le plan technique avec l’ensemble des produits et des voitures, nous permet d’affronter cette transition de façon relativement confiante. À l’échelon français, il nous manque une clarté sur la fiscalité à partir de janvier 2020 et sur la suite. On ne peut pas avoir de créativité débridée en matière fiscale. Sinon cela bloque la mécanique. En France, nous sommes déjà fortement handicapés par l’énorme fiscalité CO2 qui vient frapper les véhicules, notamment les véhicules d’entreprises. C’est le point le plus ennuyeux.

A. I. : Quels seront les niveaux de CO2 sur vos véhicules ?
T. L. :
Nous en avons une idée assez précise. Quand on prend la norme WLTP et qu’on applique les équipements additionnels, nous voyons schématiquement quels seront les niveaux de CO2 de la voiture. Nous ignorons si les pouvoirs publics toucheront à la TVS et s’ils abaisseront les seuils de taxation du malus. Nous sommes obligés d’attendre... comme tout le monde. Nous nous préparons néanmoins avec les véhicules qui ont des chances d’être en-dessous des seuils actuels dont 120 – 140 g pour la TVS, par exemple, ce qui correspond au malus le plus handicapant.

A. I. : Quels sont ces véhicules en question ?
T. L. :
C’est le royaume de la petite motorisation essence, diesel et hybride.

A. I. : Est-il encore raisonnable de miser sur le SUV ?
T. L. :
Nous voyons déjà sur le NEDC corrélé qu’il y a un gap de 10 à 15 g entre une berline et un SUV équivalent. Il est certain que c’est l’enterrement quasi définitif des versions quatre roues motrices à moins d’en avoir réellement besoin. En se basant sur les émissions constatées actuellement, il faut que l’on prépare la gamme et les modèles que nous allons importer en fin d’année de façon à avoir des véhicules qui soient raisonnables sur le plan fiscal dès l’année prochaine. Ce qui signifie que nous aurons des SUV dans les versions des motorisations les plus basses au-dessous de 120 g de CO2. Pour les particuliers, nous n’avons pas l’impact de la TVS mais celui du malus. On peut quand même monter jusqu’à 130 g dans ce cas. Le SUV ne sera pas réellement handicapé dans ce cas.

A. I. : Allez-vous adopter comme d’autres constructeurs la micro-hybridation qui permet de gagner encore quelques grammes ?
T. L. :
Nous avons déjà commencé avec Audi, par exemple. Nous l’aurons quasiment sur tous les modèles jusqu’en 2022. C’est une bonne solution pour des petites voitures urbaines. C’est une assistance au redémarrage de la voiture. Cette année, Audi proposera de nouveaux hybrides rechargeables comme sur la Passat. Sans oublier le lancement de l’électrique toujours chez Audi. À partir de l’année prochaine, nous aurons les gammes I.D. chez Volkswagen et des dérivés électriques pour les autres marques.

A. I. : Quid de l’avenir des moteurs thermiques pour le groupe ?
T. L. :
Le groupe n’a pas fait le choix des moteurs thermiques. D’ici à 2050, nous aurons une production et des produits totalement décarbonés, en électrique ou autres. Nous aurons un CO2 égal à zéro. Dans quelques années, nous arrêterons de développer des plateformes qui accueillent des moteurs thermiques.

A. I. : Serez-vous prêts en 2020 au niveau européen ?
T. L. :
Les voitures électriques vont être les grandes contributrices à la maîtrise des niveaux de CO2. La demande chez les particuliers existe. Le seul frein, c’est l’autonomie et la possibilité de se recharger. Nous travaillons sur ces problématiques. À partir de 2025, nous pensons que la technologie des batteries sèches sera prête ce qui permettra de multiplier par deux les autonomies actuelles. Toutes les craintes seront effacées. La voiture électrique est la seule façon d’atteindre les normes actuelles mais également celles de 2030. S’il n’y a pas 40 % de la production du groupe à cette échéance, nous n’y serons pas. C’est une révolution, comme quand on est passé du cheval à la voiture à explosion.

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