Thierry Lespiaucq Volkswagen Group France : « Nous n’avons pas voulu pousser artificiellement des véhicules électriques en ce début d’année 2020 »

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Entretien avec le dirigeant du premier importateur en France qui prépare l’électrification de ses gammes. Le constructeur se refuse de faire la course au CO2 comme les autres constructeurs en ce début d’année 2020 en raison de l’entrée en vigueur de la réglementation CAFE de réduction de CO2. Sûr de sa force et de ses prochains modèles, Volkswagen Group prévoit au contraire une montée en puissance progressive au cours de l’année 2020 tout en visant les limites de CO2 imposées par la réglementation.

© Twitter TH.Lespiaucq
© Twitter TH.Lespiaucq

Thierry Lespiaucq président de Volkswagen Group France

Auto Infos : Quelle est votre analyse de ces deux premiers mois de 2020 ?
Thierry Lespiaucq :
Le mois de janvier a été faible en raison du rééquilibre évident dû au changement de malus au 1er janvier avec des anticipations d’immatriculations sur des véhicules qui prenaient une augmentation significative. On pouvait penser qu’après la chute de janvier, le mois de février serait d’un meilleur niveau, ce qui n’est pas le cas. J’ai l’impression que les clients sont un peu perdus car ils n’arrivent pas à réévaluer le montant du malus que la voiture va prendre à partir du 1er mars.

A.I. : Quels sont les résultats au niveau des différentes marques du groupe Volkswagen ?
T.L. :
Audi va bien et poursuit sa phase de consolidation entamée l’année dernière avec des performances chez les particuliers très en avance sur ses poursuivants. La performance est tout à fait correcte chez Seat et Skoda alors qu’elles sont en transition sur des modèles importants comme l’Octavia et la Leon. Quant à Volkswagen, il y a une résorption des excédents de véhicules de 2019 avec des niveaux de prise de commandes tout à fait encourageants et sans surprise les petits SUV tournent bien. Nous sommes en période de transition sur la Golf actuellement.

A.I. : Quid des carnets de commande pour les prochains mois ?
T.L. :
Nous sommes en progression avec des lancements intéressants dans les prochains mois : l’A3, la Golf et la Leon. Et la montée en cadence progressive des hybrides rechargeables et les petites voitures électriques de type up ! qui se vendent plutôt bien.

A.I. : Quel est votre avis sur le marché des particuliers qui semble durablement touché depuis plusieurs mois ?
T.L. :
Ce marché des particuliers n’est pas cassé. Ils achètent des voitures différemment à travers le marché VO notamment. Par exemple, pour Volkswagen entre janvier et février, il y a eu quasiment autant de véhicules de moins d’un an immatriculés en VO que de modèles neufs immatriculés en février avec une progression de 40% par rapport à l’an dernier. Les particuliers s’orientent vers des véhicules d’occasion récents avec des niveaux de tarification à 25% en moins du prix du neuf.

A.I. : Cette bascule vers le VO récent n’engendre-t-elle pas une perte de rentabilité ?
T.L. :
Oui clairement mais c’est l’évolution naturelle des moyens commerciaux toutes marques confondues. Il y a un mouvement depuis 2010 avec des niveaux de remise importants. D’autres acheteurs utilisent les formules de financement en LOA pour acheter du neuf. Si l’on additionne le VN et le VO récent, le marché des particuliers est toujours aux environs de 60%.

A.I. : Comment analysez-vous le marché B2B pour les véhicules électrifiés ?
T.L. :
La baisse du bonus sur les voitures électriques ne va pas faire la différence. La demande s’oriente vers les véhicules hybrides rechargeables qui n’ont pas de malus et quasiment pas de TVS. J’en veux pour preuve ce qui se passe pour Audi où la demande est soutenue sur les Q5 hybrides. Cela dit, le gros rouleur reste en diesel et le restera encore un bon moment.

A.I. Comment abordez-vous la réglementation CAFE en 2020 ?
T.L. :
Si l’on regarde les deux premiers mois de l’année, on voit bien que les niveaux d’immatriculation des voitures électriques n’ont rien à voir avec une tendance normale. Ce n’est pas une demande naturelle. Il y a un énorme paquet de véhicules qui a été immatriculé par les réseaux. Nous n’avons pas poussé dans ce sens là. Nous commençons à vendre quelques e-Up ! Mais nous n’avons pas besoin de les pousser. En visuel, les deux groupes français semblent être en-dessous de leurs objectifs CO2, mais cela va certainement se rééquilibrer ensuite.

A.I. : On a l’impression que le groupe Volkswagen ne rentre pas dans cette course. Qu’en est-il exactement ?
T.L. :
Il y a une question de timing dans tout ça. Chez Audi par exemple, nous sommes un peu plus riche en hybride avec l’A3, l’A6 et l’A7 mais c’est encore incomplet même si nous avons le Q5 qui se vend très vite. Les véhicules électrifiés arriveront progressivement. Nous n’avons pas fait un grand coup en début d’année en immatriculant massivement nos véhicules électriques. Cela n’a pas été notre choix. Nous sommes quand même en amélioration très sensible en terme de grammage CO2. Les projections en fonction des quantités qui nous seront livrées nous permettront de nous situer dans l’objectif CO2 ou un petit peu au-dessus mais certainement pas en-dessous. Nous avions anticipé le fait qu’on se retrouvait légèrement au-dessus de l’objectif pendant cette période de transition en 2020 pour être ensuite complètement opérationnels en 2021 et ne plus avoir à payer de pénalités. L’année 2021 sera plus facile pour nous que le premier semestre 2020 où nous n’avons pas reçu les voitures électrifiées.

A.I. : Quel mix de véhicules électrifiés anticipez-vous pour le groupe ?
T.L. :
J’espère un mix de 10% mais cela va dépendre de la disponibilité des véhicules des différentes marques.

A.I. : Avez-vous mis en place un double objectif volume et énergie dans les réseaux ?
T.L. :
Non, nous ne le ferons pas. Les vendeurs ont un bonus additionnel dans le cas d’atteinte d’objectifs de vente de véhicules électrifiés chez Volkswagen et Audi. Mais ce n’est pas une clé d’entrée pour obtenir des primes de volume.

A.I. : Comment compenser la réduction des marges sur les véhicules électriques ?
T.L. :
Elles ne sont pas moins importantes mais structurées différemment. Les moyens commerciaux mis sur les véhicules électriques sont encore raisonnables.

A.I. : Comment se déroule la mise en place des nouveaux contrats dans les réseaux ?
T.L. :
Cela se passe très bien parce que nous leur avons expliqué ces changements. Pour certaines catégories de clients, nous allons adopter des ventes de type système d’agence où le concessionnaire sera rémunéré sur un travail qu’il aura effectué suite à une facturation en direct par la filiale. Nous travaillons pour que nos concessionnaires et nos réseaux continuent à gagner leur vie et le nouveau contrat nous donne des possibilités que l’on va exploiter ensemble.

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