[Tribune] Xavier Horent, CNPA : « Merci Aristote »

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À quelques semaines du lancement de la sixième édition de la Semaine des services de l’automobile et de la mobilité (SSAM), qui aura lieu du 30 janvier au 6 février 2021, le délégué général du CNPA nous livre, en quatre épisodes, un message pertinent et plein d’espoir pour la jeunesse dans les métiers des services automobiles.

© CNPA
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Quatrième épisode

Troisième coup de main : réaliser un profond changement culturel. Le seul avantage du contexte actuel est de reprendre un peu le sens du temps long et de la lecture. Faisons donc un détour par les classiques. Aristote…

La « technique », liée au rôle prépondérant de la main, est la clé des activités de production. Elle est placée au sein des cinq vertus intellectuelles fondamentales avec la connaissance (épistèmè), la prudence (phronésis), la sagesse (sophia), et l’intelligence (nous).

Portant la contradiction à Anaxagore et Protagoras, la dialectique d’Aristote est limpide : « Ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains. En effet, l’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres ».

La main est essentielle parce qu’elle est davantage qu’un organe voué et adapté à une fin particulière. C’est cette absence de spécialisation qui en fait l’organe propre à la technique. Aristote considère que l’habileté instrumentale est la preuve irréfutable d’une intelligence et d’une technicité sans commune mesure avec celles des animaux. « Aussi ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué (…) sont dans l’erreur ». C’est en ce sens que le philosophe refuse le mythe de Prométhée, où l’outil et la technique servent à compenser la faiblesse originelle de l’homme. Pour Aristote, que l’homme soit le seul animal à disposer d’un instrument prolongeant sa raison est au contraire la marque d’une certaine perfection. Ce lien essentiel entre l’intelligence et la main signifie que la technique n’est qu’un déploiement de la nature de l’homme.

En cela, l’apprentissage technique et la formation manuelle sont des enseignements dont on sous-estime l’exigence à tout point de vue. Ils font appel à un coup de main qu’il est absurde de dévaloriser, et que l’intelligence artificielle ne remplacera qu’en partie. On oublie également trop souvent de rappeler que ces métiers sont guidés par l’impératif du « faire , autrement dit par une obligation de résultats par opposition à la seule obligation de moyens. Une ligne de conduite que nos dirigeants, formés dans nos « meilleures écoles » devraient méditer. Mais c’est un autre sujet…

Pour revenir dans la France de 2021, où la notion du « bien commun » pourtant fondatrice de la philosophie politique fait l’objet d’incessantes polémiques, l’enjeu de la cohésion nationale est essentiel. L’élan collectif ne se reprendra pas avec des incantations ou par la magie d’un décret.
À cet égard, nos CFA ont intégré la dimension citoyenne de l’apprentissage. Le « savoir-faire » et le « savoir-être » sont intimement liés dans des métiers de services. Nos professeurs s’emploient à l’enseigner à fort juste titre, et il suffit de visiter nos écoles pour s’en rendre compte. En 2019, 200 apprentis du Garac et de l’INCM ont ainsi contribué au Grand débat national. Ne pas les associer à un tel exercice démocratique eût été un contre-sens avec nos principes.

Développer l’apprentissage, c’est renforcer l’accès à la qualification par un autre chemin que la voie académique. C’est permettre à ces jeunes de trouver leur place dans la République, en tant que futur citoyen, c’est redonner de la fierté à des jeunes trop souvent laissés en échec scolaire. L’apprentissage doit, encore plus demain, proposer des parcours d’excellence à tous les niveaux de qualification. Loin d’être « une voie de garage », c’est une pédagogie alternative, une autre manière de faire ses études, une autre voie d’émancipation sociale.
Favoriser l’apprentissage, c’est donner la possibilité de faire un choix en conscience sur son avenir professionnel, d’organiser une transition plus robuste entre la vie scolaire et le travail, et de le faire sans être conditionné par son origine sociale, son réseau familial ou son handicap.

L’apprentissage, c’est l’intelligence en mouvement.

L’enjeu de la prochaine décennie, pour les acteurs de la formation initiale et continue, c’est l’efficacité et la réactivité. L’apprentissage doit être en phase avec le marché du travail et les besoins des entreprises de la filière qui évoluent à un rythme particulièrement soutenu.
Cela implique d’être attentif à la dynamique de l’offre de formation, mais aussi à la qualité du système de certification, à la mise en place de passerelles avec le système scolaire et universitaire, et à l’actualisation rapide des compétences des diplômes ou des titres professionnels.

C’est la feuille de route de l’Association nationale pour la formation automobile (Anfa) qui agit de concert avec nos partenaires sociaux. Notre branche est armée pour relever le défi et proposer des solutions auprès de dizaines de milliers de jeunes chaque année.

Mais il y a trois conditions que les pouvoirs publics doivent entendre pour apporter un vrai coup de main : rompre avec la représentation désespérante d’une filière automobile qui serait condamnée au déclin ; conduire une vigoureuse politique pro-mobilité en cohérence avec les atouts stratégiques du pays ; et, enfin, soutenir les entreprises des services qui sont la première force du pays en termes d’emplois et d’apprentissage dans la filière.

La passion « auto-mobile » et l’investissement des acteurs dans la formation professionnelle sont, indéniablement, des éléments clés de notre compétitivité et de notre attractivité.

Si notre jeunesse est à ce point en situation de détresse, la priorité est de lui donner des opportunités plutôt que des subventions, et enfin tourner le pays vers elle, c’est-à-dire l’avenir.

Un très grand merci aux équipes dirigeantes et aux professeurs de nos CFA et de nos écoles nationales, ainsi qu’à nos entreprises et à leurs maîtres d’apprentissage pour leur investissement sans faille.

Bravo à l’Association nationale pour la formation automobile (Anfa) et à nos partenaires sociaux pour la conception de la sixième édition de la SSAM.

Bonne Semaine des services de l’automobile et de la mobilité à toutes et à tous !

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