Un Plan de relance automobile de 8 milliards d’euros largement survendu finalement

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© Renault image d'illustration
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Il faut toujours se méfier des chiffres annoncés par l’Etat : c’est la conclusion d’une note de décryptage très intéressante réalisée par l’IFRAP, Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques, dirigée par Agnès Verdier-Molinié. Il semblerait que l’annonce, le 26 mai 2020, du plan de soutien au secteur automobile du président de la République, d’un montant de 8 milliards d’euros soit en réalité largement survendu.

Un plan bien maigre et isolé sur le plan européen

Au contraire, le plan Français est maigre, isolé sur le plan européen et sans stratégique au niveau du basculement vers l’électrique.
"Le plan actuel est donc bien maigre et surtout il ne s’articule pas avec le plan européen de 750 milliards d’euros présenté par la Commission européenne du 27 mai", conclut l’IFRAP. "Surtout, il semble réchauffer les plats, avec de véritables dépenses nouvelles d’au mieux 2,1 milliards d’euros. Les angles morts sont nombreux pour un secteur qui était déjà en souffrance avant la crise du Grand Confinement. La bascule vers l’électrique ne semble pas assurée en milieu urbain (notamment sur le plan réglementaire), par ailleurs les aides concernant l’offre sont encore trop peu fiscales et assises davantage sur des prêts à la filière que sur des baisses pérennes des impôts de production".

2,1 milliards d’euros plutôt que 8

"Il semble cependant que derrière les ambitions, la réalité soit plus prosaïque avec plutôt 2,1 milliards d’euros d’aides nouvelles que 8", explique encore l’IFRAP dans son analyse. En réalité les mesures nouvelles sont peu nombreuses par rapport à la programmation envisagée depuis 2019. De plus, certains dispositifs sont déjà en application, tandis que d’autres sont simplement accélérés par rapport aux calendriers prévus.

Un coût budgétaire compris entre 1 et 1,3 milliards d’euros

L’IFRAP rappelle, à juste titre, que l’ensemble de ces dispositifs sont "capés" et soumis à de nombreux critères d’attribution. Expliquant également "qu’il s’agit tout d’abord d’un plan de relance de la demande via des hausses de bonus et des primes à la conversion (qui pourront se cumuler) pour un coût budgétaire compris entre 1 et 1,3 milliards d’euros (là où la grille des malus avait fait l’objet d’une sévérisation sans précédent en 2020)".

• Qu’il s’agisse du « bonus électrique majoré » : bonus à l’achat de véhicule électrique qui passera de 6.000 à 7.000 euros pour les particuliers, de 3.000 à 5.000 euros pour les entreprises ou les collectivités ; création de 2.000 euros pour les hybrides rechargeables ;

• Ou de la nouvelle prime à la conversion y compris pour des véhicules thermiques de dernière génération (crit’air 1 et 2) qui passera de 1.500/2.500 euros à 3.000 euros (thermiques) ou à 5.000 euros (électriques).

Les angles morts du plan de soutien de la filière interrogent

L’IFRAP révèle ainsi que "les « engagements » nouveaux de l’Etat sont limités au minimum, au plus 2,1 milliards d’euros. C’est assez faible pour « restructurer » une filière comme l’automobile".

Et d’ajouter : "Par ailleurs les options sont plutôt orientées vers le déstockage rapide des invendus pour soulager la trésorerie des constructeurs que sur une démarche de bascule vers l’électrique ou l’hybride. Le plafonnement des primes exceptionnelles à 18.000 euros par part de RFR montre que l’ambition du gouvernement est de cibler ces aides vers les plus modestes".

Des aides à l’électrique mal orientées

Cette note met également en lumière une mauvaise orientation des aides à l’électrique en particulier les hybrides auto- rechargeables (cinétiques) qui ne sont pas concernés. C’est le cas notamment des véhicules commercialisés par Toyota.

Un plan limité pour l’ensemble de la filière des services

L’IFRAP rappelle enfin que "le plan de relance n’intègre pas suffisamment à ce stade l’ensemble des composantes de la filière automobile". Rappelons que les services de l’automobile représentent 500.000 actifs sur 900.000 emplois au sein de la filière - à l’instar des acteurs de l’entretien-réparation automobile, de la location de véhicules, du recyclage de véhicules, de la distribution de carburants ou de l’éducation et de la sécurité routière. Aucune réponse n’a pour l’instant été apportée à ce tissu d’entreprises de proximité, qui représentent un nombre d’emplois considérables implantés dans tous les territoires.

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