Un marché automobile français historiquement bas en 2020

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La crise sanitaire a fait régresser le marché automobile français à son niveau de 1975, avec 1,65 million de voitures neuves contre 2,2 millions en 2019. Les immatriculations de véhicules particuliers neufs se sont donc effondrées de 25,5 % en 2020.

© Auto Infos
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Ce n’est pas une surprise, le marché français des voitures particulières neuves boucle l’année 2020 sur un triste record qui nous ramène aux volumes écoulés en 1975. Après une nouvelle baisse de 11,8 % en décembre dernier, cette année marquée par la Covid-19 s’achève donc sur un repli de 25,5 % pour un total de 1,65 million véhicules commercialisés en France. Soit un bon en arrière de près de 50 ans !

Bilan 2020 : trois influences majeures sur le marché VP

Pour expliquer cette chute importante, on peut avancer trois raisons majeures :

- La crise sanitaire de la Covid-19 a engendré presque six mois de fermeture. L’ensemble de la filière amont et aval a été à l’arrêt, notamment lors du premier confinement.
- La réglementation européenne CAFE, qui vise à réduire les rejets de CO2, pénalise les constructeurs et les réseaux sur la vente de véhicules thermiques.
- Le gouvernement français va plus loin que l’Europe en termes de fiscalité avec un malus renforcé en 2020 puis en 2021.

Le tout avec un marché de l’électrique sous perfusion : 10 000 euros d’aide en moyenne sur un véhicule généraliste électrique qui reste 300 euros plus cher qu’un véhicule thermique et dont 40 % de la valeur s’évade en Chine…

L’enjeu pour les dix prochaines années sera d’assurer la mobilité interurbaine grâce au véhicule thermique, tout en poursuivant l’électrification des ventes.

Le mix énergétique : 11,2 % pour l’électrique

La part de marché des véhicules électriques et hybrides rechargeables (11,2 %), a quadruplé en 2020 (2,7 % en 2019). Ce qui est la moindre des choses au regard des aides consenties par le gouvernement et les constructeurs pour commercialiser ces nouvelles motorisations. De son côté, le diesel (- 33,28 %) perd quatre points à 30,55 % de part de marché quand l’essence (- 39,59 %) recule de plus de dix points, à 46,92 % de part de marché. Ainsi, le véhicule thermique représente 77,42 % du marché en 2020.

Les clients : résistance du B to B

Le marché des particuliers s’est effondré de 21 %, mais gagne trois points de part de marché (47,27 %) qu’il reprend aux autres canaux de vente, dont les tactiques.
Les entreprises résistent mieux (- 14,10 %) selon Autoways, avec une part de marché de 24,90 %

Voiture électrique : des acheteurs plutôt dans les grandes agglomérations

D’après AAA Data, l’acheteur type de voitures électriques est masculin (71 %) et plus âgé (52 ans) que la moyenne du marché (51,3 ans). Il est majoritairement originaire de l’Ile-de-France, de la région Provence-Alpes Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes.

Deux marques françaises arrivent en tête du podium cette année. La Renault Zoe a en effet raflé la mise avec 37 409 immatriculations sur l’année, suivie par la Peugeot 208 II, écoulée à 16 557 exemplaires. Avec 6 477 immatriculations, la Tesla Model 3, occupe la troisième marche du podium.

La fin du marché tactique et des ventes poussées

Depuis une dizaine d’années, les constructeurs poussaient des volumes à travers des canaux dits « tactiques » vers les loueurs courte durée (- 45 %) et les véhicules de démonstration (- 33 %). Ces canaux se sont effondrés durablement en raison de la crise sanitaire.

Les marques : les françaises résistent mieux que les importées

Les marques tricolores s’en sortent mieux que les marques importées, avec une part de marché de 57,16 % soit une progression de 0,35 point.

Le VO insensible à la crise liée à la Covid-19

Le VO résiste à la crise avec 5 570 297 immatriculations sur l’année, soit une légère baisse de 4 %. Pourquoi ? C’est tout d’abord le marché idéal pour les clients qui veulent acheter un véhicule pour assurer leur mobilité. Le prix et la disponibilité sont deux autres arguments majeurs, le tout favorisé par le plan de relance post-confinement 1. C’est, enfin, un refuge pour ceux qui veulent acheter un véhicule thermique plutôt qu’un électrique

Le marché de l’occasion entre particuliers a encore gagné des parts de marché en 2020, avec 63 % des immatriculations contre 61 % en 2019. Les formules locatives, majoritaires sur le VN, progressent sur le VO : 3 % des ventes pour un volume avoisinant les 155 000 immatriculations en 2020.

Dans l’ensemble cette année, ce sont les acheteurs de voitures « pas chères » qui ont principalement animé le marché des particuliers pour les ventes d’occasions et de voitures neuves, c’est-à-dire surtout les Low budget et les Primary need (selon l’outil de segmentation développé par AAA DATA Overview), contrairement à 2019 où les Renter et Hedonist dominaient le marché. 

Perspectives pour 2021

Il est difficile de dresser une perspective sérieuse pour le marché VP en 2021. Même si elles se redressent, les ventes devraient rester sous la barre des 2 millions de véhicules. Plusieurs spécialistes envisagent un rebond autour de 1,9 million de véhicules

Menace sur la mobilité des français et dans les zones interurbaines

Ce redressement devra se faire dans un contexte d’alourdissement des taxes en France : nouveau barème du malus et mise en place d’un nouveau malus au poids à partir de 2022. Au niveau européen, nous entrons dans la seconde année de la réglementation européenne CAFE, avec une réduction des aides sur le compte de CO2 : 100 % des ventes au lieu de 95 % et VE comptant pour 1,67 au lieu de 2 dans le calcul des rejets.
Dans l’Hexagone, la mise en en place des zones à faible émission (ZFE) dans les principales grandes villes interdisant l’accès aux véhicules les plus polluants devrait aussi influencer le marché français. La création de sept ZFE cette année permettra à chaque ville de fixer son propre calendrier, mais dès 2023 les véhicules Crit’air 3,4 et 5 en seront exclues.

À moyen terme, de nouvelles décisions en Europe avec l’Euro 7 pourraient précipiter la fin du véhicule thermique. Cette nouvelle homologation pourrait entrer en vigueur le 1er janvier 2025 et réduire drastiquement la mobilité des ménages dans les zones urbaines qui ne peuvent pas se déplacer sans leur véhicule.

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