2023, année charnière pour le rétrofit électrique ?

2023, année charnière pour le rétrofit électrique ?

Pour les acteurs du rétrofit, 2023 se présente comme une année charnière.

En avril prochain, cela fera 3 ans que le rétrofit est autorisé en France. Malgré le soutien apporté par l’État français, une exception en Europe, le marché ne décolle pas faute de moyens financiers et à une crise sanitaire qui a retardé les programmes. Les opérateurs nous promettent que 2023 sera une année charnière.

Convertir un véhicule thermique en une automobile électrique s’appelle le rétrofit. Cette opération est autorisée en France depuis avril 2020 pour les véhicules de plus de cinq ans. Le gouvernement voit dans le rétrofit un bon moyen économique pour verdir le parc roulant, notamment face au déploiement des ZFE, du prix élevé des véhicules électriques et du manque d’offre en VUL électriques.

Dans une étude publiée il y a 18 mois, en cours de renouvellement, l’Ademe a démontré que la conversion d’un véhicule thermique vers l’électrique, représentait la solution la plus vertueuse (en matière de bilan global d’émissions de gaz à effet de serre) pour le passage vers l’électromobilité. Un véhicule de plus de 10 ans rétrofité abaisse ses émissions de GES de 66 % sur les dix années de sa vie électrique. La baisse est même de 47 % par rapport à un achat d’un véhicule électrique neuf gardé dix ans pour remplacer une automobile vieille de dix ans.

L'État multiplie les incitations

Pour aider cette filière naissante, l’État a mis en place des aides à la conversion, entre 2 500 et 5 000 euros selon les cas. Il propose aussi un crédit à taux zéro pour l’achat d’un véhicule convertit à l’électrique. Mais les conditions d’attribution de ces aides sont jugées trop complexes aux yeux des fabricants de kits de conversion. « C’est une vraie usine à gaz », réagit Damien Pichereau, ex-député, désormais directeur de la communication chez Rev Mobilities, opérateur de rétrofit. Autre aide attendue, celle de la possibilité d’un leasing social.

Si Damien Pichereau voit dans ces aides gouvernementales « des signaux de soutien positifs », elles sont loin d’être suffisantes pour les équipementiers spécialisés afin de mettre sur pied ce marché dont le modèle économique n’est pas encore établi. Sans effet de masse, une conversion coûte autour des 20 000 euros, hormis les aides. Difficile pour les particuliers de passer le cap et d’investir une telle somme pour électrifier un véhicule vieillissant. Cela d’autant plus que l’autonomie reste très limitée. Le rétrofit semble plus adapté au second véhicule du foyer ou aux véhicules utilitaires.

Pour accompagner ce rétrofit, encore peu connu du grand public, le gouvernement a débloqué une enveloppe de 20 millions d’euros dans le cadre du programme France 2030. Ce coup de pouce financier doit aider au développement de la filière, à la mise sur le marché d’une offre de kits de conversion et d’un réseau d’installateurs. Les appels à projets sont lancés pour cette année.

Faciliter l'homologation

Tout reste à construire. À ce jour, très peu de kits sont disponibles et ils concernent des véhicules peu courants comme la 2 CV, la 4 L, la Méhari, le Renault Traffic ou encore le deux-roues avec Solex). L'homologation des kits par l’UTAC Ceram reste coûteuse et longue. « Il faut simplifier le processus d’homologation qui concerne aujourd’hui non seulement un modèle de véhicule mais aussi toutes ses versions, ce qui alourdi les démarches », réagit Damien Pichereau.

D’autres questions restent en suspens comme celle qui touche l’assurance, son surcoût et sur quelle valeur doit être basée une indemnisation en cas de sinistre. Sur celle du véhicule de base ou sur celle du véhicule qui, une fois convertit, n’a plus la même valeur ? « Faudra-t-il une assurance spécifique du kit qui peut coûter jusqu’à 20 000 euros ? », s’interroge Damien Pichereau.

Une autre question porte sur le financement de la conversion : en cas de défaut de paiement de l’acheteur, que se passe-t-il ? Le véhicule pourrait-il être saisi dans son ensemble ou seulement son kit ? La question n’est pas encore tranchée. Il faut aussi mettre en place des réseaux d’assistance et de maintenance qui n’existent pas à ce jour. L’intégration de l’Aire (Association de l'industrie du rétrofit électrique) au sein de Mobilians en octobre dernier devrait faire avancer les dossiers, en particulier celui de la formation des opérateurs.

2023 comme démarrage

Pour les acteurs du rétrofit, 2023 se présente comme une année charnière. Des leaders du marché comme Transition-On, Rev Mobilities ou encore Tolv promettent de multiplier leur offre de kits cette année. Rev Mobilities prépare son catalogue 2023-2026 avec un plan produits d’un coût de 40 millions d’euros et l’homologation de 50 véhicules. Pour cette année, l’équipementier espère proposer entre quatre et cinq kits pour la conversion d’utilitaires légers et un kit pour un véhicule léger. Cette accélération de l’offre est rendue possible par la certification R100 Rev2 des batteries utilisées par rétrofiteur.

En novembre 2022, Tolv a reçu la première homologation pour convertir des Renault Trafic. La seule homologation pour utilitaire à ce jour. Avec une première « usine » implantée à Grenoble, la société convertit au compte-goutte des véhicules pour les collectivités locales. Elle produit entièrement ses kits. C’est ce qui a séduit Renault qui a décidé de faire appel à la jeune entreprise pour convertir à l’électrique, dans son usine de Flins, des Renault Master thermiques. Tolv espère convertir cette année une dizaine de véhicules utilitaires avec une montée en puissance programmée entre 2024 et 2025 où un millier de véhicules seront convertis. « Nous allons montrer qu’un modèle industriel à l’échelle nationale est possible pour le rétrofit », indique Wadie Maaninou, cofondateur de Tolv.

Un potentiel de 4 millions de véhicules

Les acteurs du rétrofit visent la conversion de 3 % du parc d’ici à deux ans et entre 5 à 10 % d’ici à quinze ans, soit quelque 4 millions de véhicules. L'Ademe estime entre 320 000 et 1,25 million le nombre d'opération à horizon 2030. Une chose reste certaine, la filière ne sera pas construite pour durer. Une fois le potentiel atteint, il faudra aux entreprises engagées qu’elles se convertissent elles-aussi !

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