Etude

Acquérir un véhicule électrique : entre surcoûts et économies

Acquérir un véhicule électrique : entre surcoûts et économies

Pour un VE de segment B, le surcoût à l’achat reste d’environ 8 000 euros par rapport à un véhicule thermique du même segment.

Institution rattachée au Premier ministre, France Stratégie vient de faire paraître une étude démontrant qu’à l’usage, un véhicule électrique demeure moins onéreux qu’un véhicule thermique. Pour autant, son prix d’achat s’avère encore prohibitif pour les ménages les plus modestes.

Alors que le gouvernement ambitionne que l’ensemble des ventes de voitures neuves soient 100 % électriques d’ici à 2035, le volume des véhicules électriques nouvellement immatriculés ne représente pour le moment que 10 % des mises à la route en 2021. Une part encore bien faible au regard des objectifs à atteindre et des aides à l’achat, tels que le bonus écologique ou la prime à la conversion, incitant les automobilistes à opérer une transition énergétique. Pour cause : comme semble le prouver l’étude menée par l’organisme étatique France Stratégie, les VE sont moins chers d’entretien mais demandent un apport financier plus important que pour un thermique – plus de 15 000 euros pour un véhicule du segment B-citadines – afin de s’en offrir un.

300 euros d’aides par tonne de CO2 évitée

Dans cette étude, la décomposition des coûts fait en effet apparaître que, dans le cas de figure d’un ménage intermédiaire ou aisé, le surcoût à l’investissement d’un véhicule de segment B électrique par rapport à un véhicule thermique équivalent demeure important, même en tenant compte des subventions en vigueur (16 000 euros ou 7 200 euros avec les aides). En revanche, le surcoût de 10 000 euros estimé entre les modèles SUV-C électrique et thermique est presque entièrement compensé par le bonus et la taxe malus notamment parce que le seuil d’abaissement du bonus a été relevé de 45 000 à 47 000 euros en août 2022, permettant à certains modèles de SUV branchés de se voir subventionnés autant qu’une citadine électrique.

De plus, « selon les véhicules et les ménages, les dispositifs en vigueur compensent 50 à 100 % de ce surcoût », fait remarquer l’étude de France Stratégie. Ainsi, « la rentabilité du choix d’un véhicule électrique, relativement à un véhicule thermique, est ainsi immédiate pour un modèle d’entrée de gamme acheté par un ménage très modeste, ou pour un SUV-C pour l’ensemble des ménages. Elle est plus longue (six ans) pour l’achat d’une citadine par un ménage non modeste », commente l’institution.

Enfin, dans l’hypothèse où le VE acheté aurait une durée de vie de seize ans (et plus de 200 000 kilomètres parcourus), les aides à l’achat s’établiraient à 300 euros par tonne de CO2 évitée – calculs ne tenant cependant pas compte de la « dette écologique des véhicules électriques », générée par des émissions liées à la fabrication plus importantes que pour les voitures thermiques. Néanmoins, le passage à l’électrique n’est pas vraiment abordable à tous car, pour un VE de segment B, le surcoût à l’achat reste d’environ 8 000 euros par rapport à un véhicule thermique du même segment, et la facture totale (avec aides) requiert presque 25 000 euros.

L’espoir d’une rentabilité

Si se payer un VE n’est donc pas à la portée de toutes les bourses, les propriétaires de véhicules électriques peuvent toujours s’attendre à un retour sur investissement à l’usage puisqu’un modèle branché serait moins coûteux à entretenir, dégageant des économies de l’ordre de 1 200 euros par an (en maintenance et sur la facture énergétique) pour un véhicule du segment B. Toutefois, l’appréciation de la rentabilité comparée des véhicules électriques et thermiques reste fortement dépendante de plusieurs facteurs et en particulier d’une variation du prix de l’électricité. Si celui-ci venait à augmenter de 60 % suite à une levée du bouclier tarifaire, cela aurait en effet une incidence sur le coût par tonne de CO2 évitée et pourrait freiner l’adoption du VE.

L’ampleur des gains à la revente d’un VE dépendra, de son côté, de l’évolution de la valeur résiduelle des modèles en fonction de leurs motorisations. « Celle des véhicules à moteur thermique peut être amenée à beaucoup baisser à mesure que des restrictions de circulation se développent, ou encore selon l’évolution des prix des carburants. Néanmoins, l’incertitude demeure sur l’évolution de la valeur résiduelle des voitures électriques [car] même s’il semble que ces dernières se détériorent plus lentement que les véhicules thermiques, elles pourraient subir une décote plus importante en cas de progrès technique rapide, notamment sur l’autonomie des batteries », explicite le rapport de France Stratégie.

Des solutions pour accélérer la transition

Pour accompagner la tendance à l’électrification et convaincre les ménages les plus modestes à opter pour un VE, l’institution lance plusieurs pistes et notamment celle de se tourner vers des véhicules électriques d’entrée de gamme du segment A. Selon France Stratégie, ce canal pourrait « constituer un point d’entrée pertinent dans la transition vers l’électrique, du fait d’un coût d’acquisition nettement inférieur aux véhicules des segments B et SUV-C. » Dès lors, « cela souligne l’importance industrielle vraisemblable de ce segment de marché, dont les constructeurs européens se sont largement éloignés au cours de ces deux dernières décennies. »

S’orienter vers la location ou le marché de l’occasion pourrait aussi incarner des alternatives à l’achat selon l’étude. Et si le marché du VO n’apparaît pas encore dimensionné pour épauler l’électrification – la proportion de voitures électriques représente à peine 1 % du parc VO, soit 400 000 VE début 2022 –, « avec environ 6 millions de transactions par an, ce marché ne peut pas être ignoré dans une perspective de décarbonation », note France Stratégie. Enfin, « un cadrage des anticipations sur le prix de l’électricité et la disponibilité des recharges » seraient également bienvenus quand on sait que la France compte environ 8 points de recharge ouverts au public pour 100 voitures électriques, contre 69 aux Pays-Bas. À bon(s) entendeur(s)…

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