ALD Automotive + LeasePlan : la fameuse épreuve des méga-fusions

Alexandre Guillet

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ALD Automotive + LeasePlan : la fameuse épreuve des méga-fusions

Si l'effet d'échelle est favorable au nouvel ensemble NewALD à bien des égards, l'exécution de l'intégration n'est pas sans écueil.

© ALD/LeasePlan

L’ensemble NewALD qui va regrouper ALD Automotive et LeasePlan va créer un géant de la LLD, avec une flotte de 3,5 millions de véhicules et un chiffre d’affaires cumulé pro forma de l’ordre de 20 milliards d’euros. Comme toujours dans le cas d’une méga-fusion, les synergies sont aussi évidentes que les risques sont réels.

Le 6 janvier 2022, ALD Automotive annonce l’acquisition de 100% du capital de LeasePlan pour un montant total de l’ordre de 4,9 milliards d’euros, payé en numéraire et en titres. Le closing de l’opération est programmé avant la fin de l’année 2022. La Société générale, propriétaire de 80% du capital de l'actuel ALD, précise qu’elle restera l’actionnaire majoritaire de ce nouvel ensemble, baptisé « NewALD », à hauteur de 53%. Par ailleurs, les fonds actionnaires de LeasePlan (TDR Capital, mais aussi le fonds souverain d’Abu Dhabi et le fonds GIC de Singapour) resteront aussi au capital du nouveau groupe, avec une participation de 30,75%. Et une financial quiet period fixée à 12 mois.

Au niveau de la gouvernance, si l’opération porte le sceau de Frédéric Oudéa, directeur général de Société générale, le Conseil d’administration de NewALD sera présidé par Diony Lebot, directrice générale déléguée de Société générale et actuelle présidente d'ALD. Actuel directeur général d'ALD, Tim Albertsen gardera cette fonction au sein de New ALD, Tex Gunning, son homologue chez LeasePlan, s’effaçant à l’issue de l’intégration.

Au plan M&A et juridique, Darrois Villey Maillot Brochier a conseillé la Société Générale et ALD, tandis que Linklaters a conseillé LeasePlan et TDR Capital, au même titre que Bredin Prat.

Bien valorisé, LeasePlan cherchait preneur

La conclusion de l’opération met fin à un feuilleton datant de plusieurs années, la Société générale ayant déjà étudié le dossier au milieu des années 2010. LeasePlan avait aussi envisagé une entrée en Bourse en 2018, mais le plan avait été désamorcé, faute d’une valorisation suffisante pour les différents actionnaires. Dès lors, la direction de LeasePlan avait relancé la recherche d’un acquéreur, reprenant langue avec ALD et contactant aussi Banco Santander. Par rapport à cette dernière piste, les dernières annonces de Stellantis à propos de la division des business, notamment LLD, entre Banco Santander et Crédit Agricole, permettent une meilleure compréhension de l’abandon de la piste LeasePlan.

La Société générale veut profiter de la croissance de la mobilité durable

New ALD sera donc un nouveau géant, avec 3,5 millions de véhicules et un chiffre d’affaires cumulé de quelque 20 milliards d’euros, à parts presque égales entre les deux entités (pour un total bilan estimé à 43 milliards d’euros, avec des ROE comparables dans les deux groupes). En revanche, le résultat net d’ALD est bien supérieur à celui que dégageait LeasePlan. Au niveau des effectifs, le nouvel ensemble rassemblera 14500 collaborateurs, répartis dans une quarantaine de pays, avant la mise en place des synergies et vraisemblablement, selon les premières indiscrétions, la mise en place de plans de départs volontaires.

« Dans le contexte actuel de transformation des secteurs de l’automobile et de la mobilité, le projet d’acquisition de LeasePlan est une étape majeure dans la création d’un acteur mondial de premier plan dans les solutions de mobilité », synthétise Tim Albertsen. « Au cours des dix dernières années, grâce à une vision de long terme et une exécution rigoureuse, nous avons placé ALD dans les meilleures conditions pour tirer profit du formidable potentiel de croissance rentable du marché de la mobilité durable. En parfaite cohérence avec la raison d’être du groupe Société générale et notamment d’accompagner de manière active et engagée les économies et ses clients dans la transition énergétique, les activités de l’entité combinée ont vocation à devenir à moyen terme un troisième pilier au côté des métiers d’une part de la banque de détail et d’assurance, et d’autre part de banque de financement et d’investissement et renforcer l’équilibre de son business model », explique pour sa part Frédéric Oudéa.

Le Big is beautiful prévaut

Le programme présenté est assez classique : intensifier la transformation digitale du secteur automobile, accompagner l’évolution des besoins des clients de la propriété du véhicule vers son usage, sur tous les segments (B2B, B2C et B2E), et accélérer la transition énergétique des entreprises vers des solutions à faibles émissions et durables. A ce propos, on peut noter que la flotte gérée par ALD comprend 27% de véhicules électrifiés quand celle de LeasePlan en compte 23%, ce qui inspire ce commentaire à Tex Gunning : « Dès le premier jour, NewALD exploitera l’une des plus grandes flottes de véhicules électriques en Europe ».

« Le nouvel ensemble aura naturellement un pouvoir de négociations plus important auprès des constructeurs et ses conditions d’achat seront donc compétitives », pointe un conseil d’ALD, en rappelant que les synergies opérationnelles atteindraient à court terme (2025) environ 380 millions d’euros avant impôt. Un autre consultant ajoute : « Nous vivons dans un monde où majoritairement, le Big is beautiful prévaut, surtout lorsque les actifs sont lourds. Quand on parle de véhicules et de transition énergétique, on raisonne en milliards, pas en millions ou en petites levées de fonds ».

La sécurité de l'appui d'une grande banque

C’est ce qui fait dire à plusieurs experts qu’il manquait à LeasePlan un banquier en support pour border les risques conséquents liés aux incertitudes qui cernent l’industrie automobile. « On ne sait pas vraiment où on va, car les solutions électriques ne sont pas pleinement probantes, mais on y va… On ne sait pas combien vaudront les véhicules thermiques dans quelques années… Mieux vaut maîtriser des filières de revente lointaines par rapport à ce dernier point. LeasePlan avait peut-être moins d’atouts qu’ALD là-dessus », lance le gestionnaire d’un très grand parc français. Surtout que LeasePlan a dû vendre CarNext pour mieux se valoriser et satisfaire les actionnaires.

Des gestionnaires de parc qui ne s’inquiètent pas outre mesure d’un déséquilibre dans les négociations, estimant que c’est déjà le cas : « J’ai récemment fait deux consultations et voilà ce que je peux vous dire. En 2015, les loueurs venaient chercher des véhicules avec avidité et en 2021, ils arrivaient comme des princes en cherchant le bras de fer ou en se désistant, tout simplement ».

Vers une polarisation du marché français ?

Robert Maubé, consultant, rappelle qu’en France, 62% du parc en LLD est détenu par les loueurs multimarques, dont quatre leaders qui ont récemment participé à la concentration du secteur en France : LeasePlan (reprise de LocAction), ALD (reprise de Parcours), Arval (reprise de GE et d’autres entreprises), et Alphabet (intégration réussie d’ING). Derrière, on retrouve Athlon, BPCE Car Lease, LCL et Crédit Agricole. « Les « petits » concurrents ont une carte à jouer, ainsi que des nouveaux entrants. L’initiative de Michelin avec Watéa est intéressante car il s’agit de prendre un coup d’avance en misant sur les véhicules électriques et H2 sans s’embarrasser de stocks thermiques dont la valeur est incertaine à terme. D’autres y travaillent, avec des levées de fonds en préparation », met-il en avant. Pour d’autres, le marché risque de se polariser : les gros faiseurs pour les grands comptes, et les petits pour les petites flottes.

L'enjeu du maintien de la qualité de services

Les experts du secteur s’accordent à pointer deux autres risques dans cette fusion. Primo, la brillante approche financière et boursière de ces dossiers est parfois mise à mal par une qualité d’exécution approximative. « Toujours plus long que prévu, et souvent plus difficile », résume Robert Maubé avec le sens de la formule, abondant dans le sens d’un consultant qui met en garde contre le risque d’inertie et de lourdeur.

Secundo, la qualité du service clients sera questionnée : « la réorganisation des équipes, avec un turnover parfois important, nuit généralement à la qualité de services et c’est déjà un sujet sensible chez les gestionnaires partout en Europe. De plus, on peut imaginer qu’il y aura une refonte des systèmes informatiques et l’expérience nous montre que c’est toujours très délicat pour le client ». Un point d’autant plus névralgique que personne n’attend une baisse des tarifs.

Le nouvel ensemble cherche déjà un nouveau nom commercial

En somme, le vaisseau NewALD aura le pouvoir de faire des ravages dans son secteur, surtout en Europe, ce que confirme un de ses concurrents directs. S’il sait éviter les différents pièges qui ne manqueront pas de se présenter à lui. L’enlisement dans des process bureaucratiques en fait partie. Mais toujours est-il que l’opération financière est bien menée et favorable à toutes les parties prenantes. "Dans le montage, les intérêts des actionnaires et des dirigeants en place ont été très bien respectés. Si vous me passez l'expression, il y a de beaux chèques et de belles perspectives de gains. C'est notre travail", confie un conseil proche du dossier. Et d'une manière générale, en effet, si LeasePlan disparaît, c’est pour s’héberger dans une structure plus solide qu’un fonds de private equity. Et ALD, tout NewALD qu’il est, pourrait disparaître aussi, car son nom n’est pas jugé très commercial ! Pour le nouveau naming, le brain storming est ouvert.

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