Brillante recharge solaire

Clotilde Gaillard
Brillante recharge solaire

Brillante recharge solaire

Alors que les VE ont plus que jamais le vent en poupe, leur recharge apparaît encore et toujours comme le principal frein à une transition énergétique massive du parc roulant français. Et s’il fallait se tourner vers une autre source d’alimentation pour faire son plein électrique ? Pour vous, on fait toute la lumière sur cette solution d’avenir qu’est la recharge automobile solaire.

Cumulant 157 480 immatriculations depuis janvier 2020 selon l’édition de novembre du baromètre de la mobilité électrifiée de l’Avere-France, les véhicules électrifiés séduisent de plus en plus de conducteurs français. Néanmoins, la problématique de la recharge se pose pour de nombreux acheteurs, le maillage en bornes publics sur le territoire hexagonal stagnant à 30 000 points de charge. De même, nombreux sont les automobilistes à s’interroger quant à l’impact d’une wallbox à domicile sur leur facture d’électricité, dont le prix ne cesse d’ailleurs augmenter d’année en année.

Pour pallier toutes ces réticences, plusieurs entreprises ont fait le pari de la recharge automobile solaire, une énergie moins chère à produire. C’est notamment le cas de Driveco, qui œuvre sur ce créneau depuis plus de cinq ans. Une époque pas si lointaine où leur solution était pourtant considérée comme trop avant-gardiste. « Quand on a commencé, il y avait 200 VE en France. Aujourd’hui, il y en a 200 000 », aime rappeler Ion Leahu-Aluas, directeur général de Driveco.

Driveco a développé sa gamme de bornes de recharge KINO pour le privé et le public.

Parmi les pionniers du secteur, l’entreprise – qui s’adresse surtout aux prestataires professionnels comme les concessions, les bureaux ou les hôtels – réputée pour ses deux stations Parasol implantées en Corse, une zone géographique pâtissant d’un vrai problème énergétique à cause de son état insulaire. Ces ombrières fonctionnent sur le système de réseau intelligent Smart Grid capable de stocker l’énergie solaire afin de recharger de jour comme de nuit. Un procédé qui se retrouve dans le projet REVE, inauguré il y a un an à Béthune, où le surplus d’énergie produite se trouve injecté dans le bâtiment.

Du nouveau sous le soleil

Avec l’avènement des VE et le besoin de nouvelles capacités de production supplémentaire, l’heure est donc à l’autoconsommation. « Le solaire fait qu’on participe à la fourniture de sa propre énergie, chose qui n’est pas possible avec le thermique puisqu’on ne peut pas puiser dans son fuel de chauffage, par exemple », nous éclaire Ian Bard, directeur de la filiale France de Solarwatt. Pour lui, la voiture électrique doit faire office de « batterie roulant » , dont la spécificité sera de stocker l’énergie et de la restituer à la maison chez des particuliers ou dans le tertiaire. Et cela a de nombreux avantages comme « le fait que le foyer ne voit pas sa facture d’électricité exploser quand sa facture de carburant diminue », souligne-t-il.

Les ombrières Parasol d’Ajaccio par Driveco vues de nuit.

Une maîtrise des coûts mais aussi la production garantie d’une énergie propre et locale ainsi qu’un suivi de consommation intelligent et régulier étant donné que « cette technologie de la recharge solaire intègre de nombreux éléments connectés permettant de se tenir au courant de ses usages ». Quant à ceux qui reprocheraient aux panneaux photovoltaïques d’utiliser des terres rares dans leur composition, le directeur de Solarwatt France réplique que « 98 % d’un panneau solaire est recyclable » . Il y a donc une méconnaissance à combattre et un travail de promotion à faire. Benoît Duval, responsable du parc de SAP Labs France, dont le parc comptera bientôt 100 % de véhicules électriques, le concède.

« Il faut avant tout faciliter le déploiement de panneaux solaires, chez les particuliers aussi. Et j’irais même jusqu’à copier la Californie qui, dans sa réglementation, oblige à installer des panneaux solaires sur toute nouvelle construction », fait valoir ce gestionnaire à l’origine de la pose de 240 panneaux solaires sur le toit du site SAP Labs de Mougins. Une idée que soutient Olivier Portier, en charge du développement commercial chez Armor, pour qui « les constructeurs et les prestataires comme nous doivent être soutenus pour les gouvernements. Les objectifs de baisse de CO2 sont très ambitieux mais pour les atteindre, il faut y mettre les moyens et nous avons besoin d’incitation réglementaire et financière de la part de l’Union européenne », avance-t-il.

Zones d’ombres et éclaircies

Car, si « aujourd’hui un panneau solaire coûte quatre fois moins qu’il y a quatre ou cinq ans » selon Ion Leahu-Aluas, directeur général de Driveco, s’en équiper demeure un investissement conséquent qui se chiffre en milliers d’euros. Celui-ci se fait toutefois sur la durée et se voit amorti en quelques années car il « ne nécessite pas énormément d’entretien et résiste au temps qui passe », assure-t-il. De même, « plus cette solution sera adoptée massivement, moins elle sera chère », observe Ian Bard. Qui préconise de « le voir comme un équipement de la maison, à l’image d’une télévision mais qui ne fait pas que consommer et en plus s’avère rentable ! ».

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Les films photovoltaïques ASCA développés par la société française Armor. Crédit Ooio.

Pour autant, le prix n’est pas le seul inconvénient qui pourrait freiner l’expansion de la démocratisation de la recharge solaire. Une autre difficulté s’impose : une production d’énergie aléatoire en fonction de la luminosité. Bref, « il ne fait pas toujours beau quand le VE a besoin de faire son plein électrique », admet Ion Leahu-Aluas. Par conséquent, une solution de stockage est nécessaire à une installation photovoltaïque réussie. Car, comme le formule justement Olivier Lambert, responsable commercial de la société développant des bornes de recharge Keba France : « On ne s’arrête pas pour charger mais on charge lorsqu’on s’arrête. Une bonne borne permet donc de faire l’appoint au mieux et de délivrer une puissance semblable à celle nécessaire au véhicule, ni plus ni moins. »

Autre problématique de taille soulevée par Ian Bard, directeur de Solarwatt France : le cadre réglementaire assez strict en France, véritable frein à l’innovation selon lui. « De nombreuses personnes ont envie d’apporter leur pierre à l’électromobilité, mais beaucoup se trouvent démotivés face à toutes les démarches à entreprendre comme se rendre à la mairie pour avoir l’accord de construire, déclaration de travaux qui demande environ un ou deux mois de traitement. Ou encore signaler à Enedis l’existence d’une installation solaire », énumère-t-il.

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Encore au stade de prototype sur le concept-car Gazelle de la start-up bordelaise ACPV, la bâche solaire d’Armor fait gagner jusqu’à 15km d’autonomie supplémentaire.

Un parcours fastidieux qui peut toutefois être contourné grâce à la solution développée par l’entreprise française Armor, qui propose une bâche textile solaire en film photovoltaïque souple dont recouvrir sa voiture à l’arrêt. « Un projet né du constat que les véhicules ne roulent que 6 % du temps, le reste de la journée ils sont sinon stationnés à l’extérieur », explique Olivier Portier. S’enroulant automatiquement grâce à une télécommande et offrant d’ajouter jusqu’à 15 kilomètres supplémentaires à sa jauge, cet accessoire – encore au stade de prototype sur le concept-car Gazelle, conçu par la start-up bordelaise ACPV – n’est qu’un complément d’autonomie. Néanmoins, il pourrait préfigurer l’avenir puisqu’« on travaille avec des équipementiers pour intégrer directement notre film dans le verre, voire sur la carrosserie et ainsi maximiser la surface pour augmenter la capacité de charge », dévoile Olivier Portier.

Une technologie déjà exploitée sur le toit solaire de la Hyundai Sonata version hybride qui « ouvre de nouvelles perspectives et pourrait, à terme, permettre aux véhicules de s’affranchir totalement des combustibles fossiles », déclare la marque coréenne. De même, la petite firme américaine Aptera a dévoilé récemment son premier véhicule électrique solaire, voiture à trois roues recouverte de 180 cellules solaires et qui n’aurait donc plus besoin d’être rechargée.

Idéal pour pallier le déficit de bornes de recharge électrique du maillage français ? Pas tout à fait. « Une solution unique à des problèmes extrêmement variés serait absurde », affirme Olivier Lambert de Keba France. « Comme on prend un VU pour un déménagement mais pas pour les trajets du quotidien, l’idée est plutôt de réussir à avoir un écosystème diversifié et fiable », complète-t-il. En tout cas, avec la majorité des constructeurs électrifiant leurs gammes et le verdissement en cours des flottes, « la solution de recharge solaire viendra naturellement, comme recharger le portable », prédit Ion Leahu-Aluas. Bref, l’avenir s’annonce, si ce n’est 100 % solaire, au moins radieux.

Retrouvez cet article dans le n°262 (janvier 2021) de L’Automobile & L’Entreprise.

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