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FMMC : Quelles solutions pour contourner la crise de disponibilité des véhicules ?

Alexandre Guillet

Mis à jour le à

FMMC : Quelles solutions pour contourner la crise de disponibilité des véhicules ?

© Alexis Goudeau

Poursuivant la nouvelle saison du Fleet & Mobility Managers Club, L'Automobile & L'Entreprise a voulu faire un point intermédiaire sur le problème de la disponibilité des véhicules et des délais de livraison qui n'en finissent plus de s'allonger. Constructeurs, loueurs, gestionnaires de parc... tous les acteurs de la chaîne de valeur cherchent des parades à cette crise qui prend une ampleur inédite. 

À la crise sanitaire du Covid-19, la pénurie de composants électroniques, un nouveau tsunami au Japon, la flambée du prix des matières premières et de l’énergie est venue s’ajouter l’invasion de l’Ukraine par la Russie et ses multiples conséquences, transformant un contexte très tendu en situation inextricable. Au-delà de la dimension tragique du conflit, ses conséquences économiques et logistiques ont plongé l’industrie automobile dans une forme de blackout.

Les outils de production déjà ralentis sont soumis à un inédit stress test, certaines usines se trouvant tout simplement à l’arrêt, et les délais de livraison des véhicules, déjà très longs, s’étirent encore, parfois plus d’un an pour certains modèles. Les constructeurs parent au plus pressé, mais doivent encore réaliser leurs arbitrages selon les nouvelles normes environnementales, notamment CAFE pour « Corporate Average Fuel Economy ». Et en Europe, le pré-alignement à la future norme Euro 7 est à l’œuvre au sein des groupes.

« Jusqu’à présent, malgré la violence des turbulences, nous pouvions encore gérer les flux de production et les délais de livraison, mais avec le conflit en Ukraine, nous n’avons quasiment plus la moindre marge de manœuvre. Surtout qu’il faut rester en veille par rapport à un éventuel scenario catastrophe », reconnaît Baptiste Clergironnet, business manager Overlease à la direction commerciale France de Renault. Stéphane Copie, président de la commission Opérations du Sesamlld, abonde dans ce sens, soulignant aussi la cascade d’augmentations des coûts qui renchérit le prix des véhicules, mais assure qu’il faut trouver des voies d’action : « Tout le monde comprend les problématiques complexes, voire dramatiques, du moment, mais on ne peut pas se figer dans l’immobilisme. Si « LA » solution n’existe pas, tout le monde doit chercher des solutions, fussent-elles de contournement de la crise ».

Des initiatives multiples et de nature différente

Les gestionnaires de parc ont pris des initiatives et Cristelle Lauvergnat, responsable du parc automobile de Solocal (près de 700 véhicules dont 572 en LLD avec plus de 90 % de motorisations thermiques), indique avoir davantage recours à la LMD et la LCD : « Nous maîtrisions déjà ce type de contrats car c’est un bon moyen de gérer le turnover de nos forces commerciales. Nous avons donc intensifié cet usage et nous travaillons désormais avec deux loueurs (Europcar et Keolease, ndlr) ». Par ailleurs, Solocal joue aussi sur l’allongement des contrats, tout en prenant garde de ne pas aller trop loin, ce levier ayant déjà été activé pendant le Covid et certains véhicules affichant un kilométrage élevé. Solocal exploite la réaffectation des véhicules au sein du groupe en contrôlant étroitement les coûts de convoyage en faisant appel à Fullcar Services. En outre, la car policy de l’entreprise se fait plus flexible et s’ouvre à toutes les marques.

Nestlé (1 500 véhicules dont 87 % de VP et 92 % de diesel) épouse des méthodes similaires, à savoir plus d’entrées en LMD et l’allongement des contrats, pour les véhicules peu kilométrés, afin de ne pas augmenter le facteur risque des pannes. « Nous avons aussi acheté par lot, un nombre important de voitures, une pratique que nous n’avions jamais eue », indique encore Arnaud Moret, responsable des mobilités chez Nestlé.

Confortés par des gestionnaires qui estiment que les loueurs jouent bien leur rôle de partenaires, Stéphane Copie rappelle les vertus de la LLD, principalement la flexibilité des contrats qui permet de précieux ajustements. Il incite aussi au pragmatisme, préconisant d’ouvrir les car policies à toutes les marques selon la disponibilité des modèles. En clair, foin des vieux réflexes, il n’y a plus lieu de s’interdire les marques asiatiques, y compris chinoises.

Avec sa casquette de loueur, Baptiste Clergironnet juge que la situation incite à un réel changement dans un esprit de dialogue entre les différentes parties prenantes. « La gestion de parc à l’ancienne, c’est fini ! Il faut se focaliser sur l’amélioration du taux d’utilisation des véhicules, en explorant les solutions d’autopartage, de multimodalité, de pooling. Pour piloter plus finement sa flotte, il est aussi temps d’utiliser la télématique et tout son potentiel », avance-t-il.

La location de véhicules d’occasion n’a pas la cote

En revanche, tous nos experts s’accordent à dire que la location de véhicules d’occasion n’apparaît pas comme une solution idoine. En cause, l’absence de garantie constructeur, des coûts de maintenance qui peuvent déraper, des tarifs de véhicules en hausse et l’écueil tenace de l’acceptabilité des collaborateurs. Un sondage réalisé pendant le Club confirme assez massivement cette perception. Cependant, Stéphane Copie incite à faire un distinguo entre VO et deuxième vie du véhicule. Une deuxième vie sur des modèles peu kilométrés est tout à fait envisageable, notamment avec les véhicules électriques, et cela permet de mieux segmenter les besoins et les budgets.

Le verdissement des parcs reste plus que jamais à l’agenda

Enfin, Cristelle Lauvergnat et Arnaud Moret indiquent que la crise n’entrave pas leur ambition de verdissement de leur flotte, précisant que les modèles électriques font valoir une meilleure disponibilité que les véhicules thermiques.

Nestlé vise par exemple une flotte 100 % électrique en 2028. « Nous évacuons désormais le diesel et privilégions les hybrides et le 100 % électrique. Nous laissons de côté les hybrides rechargeables, car la dérive est fréquente et c’est alors la double peine : les objectifs environnementaux ne sont pas atteints et les coûts dérapent. À partir de 2025, nous ne prendrons plus commande que de véhicules 100 % électriques », détaille Arnaud Moret, avant d’ajouter : « Nous développons aussi une offre d’autopartage, avec huit véhicules, qui commence à prendre de l’ampleur. Et nous travaillons sur un nouveau plan de mobilités à l’échelle du groupe ». De quoi oublier un peu les difficultés quotidiennes d’un provisoire qui dure.

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