Crédit mobilité : vraie ou fausse bonne idée ?

Leslie Auzèmery
Crédit mobilité : vraie ou fausse bonne idée ?

© Stevepb - Pixabay - CC

Solution financière au remplacement total ou partiel d’un véhicule de fonction, le crédit mobilité compte de plus en plus d’adeptes parmi les actifs des grandes agglomérations. Est-ce pour autant avantageux pour l’entreprise ? Quels sont les points de vigilance et les pièges à éviter ? Eléments de réponse...

Engagées dans la transition énergétique, les entreprises ont aujourd’hui recours à plusieurs stratégies pour limiter l’empreinte CO2 de leur parc automobile. Si l’électrification et la mise en place de l’auto-partage sont les solutions les plus envisagées, d’autres dispositifs comme le crédit mobilité gagnent en notoriété. « Alors que la mobilité des collaborateurs peut représenter jusqu’à 30 % de l’empreinte CO2, les sociétés conscientes de leur responsabilité sociale et environnementale ont pris ce sujet à bras le corps. Elles souhaitent être exemplaires et motrices sur ces questions », commente Pascal Vitantonio, directeur de la stratégie et du développement chez ALD Automotive France. D’autant plus que cette solution allie réduction des émissions de CO2 et économies financières, quand elle est bien gérée. Ainsi, selon le Baromètre des Flottes 2021 de l’Arval Mobility Observatory, 45 % des entreprises déclarent avoir mis en place un budget dédié à la mobilité (+ 32 points sur un an). Une progression record qui s’inscrit dans un contexte favorable puisque la crise sanitaire a dopé l’envie de substituer, lorsque c’est possible, l’usage de la voiture individuelle par des modes de transport plus vertueux. Aussi, le crédit mobilité pourrait être mis en place par 7 entreprises sur 10 d’ici à 3 ans.

La mobilité à la carte

Si le crédit mobilité peut en théorie être proposé à tous les salariés, dans les faits les entreprises privilégient l’existant. Autrement dit, si le crédit mobilité est proposé à un collaborateur, ce sera en remplacement total ou partiel de son véhicule de fonction statutaire. Trois choix s’offrent alors :

  1. Le salarié décide de changer de voiture pour un modèle plus petit et la différence de prix lui est reversée sous forme de crédit mobilité.
  2. Le salarié opte pour un mode de mobilité alternatif (auto-partage, vélo de fonction…) complété par un crédit mobilité pour les déplacements plus importants.
  3. Le salarié renonce totalement à son véhicule de fonction et bénéficie d’un crédit mobilité plus conséquent.

« Le grand avantage du crédit mobilité, c’est ça flexibilité, constate Pascal Vitantonio. Il s’accommode en fonction des besoins de chacun mais la plupart du temps, les collaborateurs choisissent la première ou la seconde solution. » Aussi contrairement à d’autres dispositifs, comme le forfait mobilités durables, il n’est pas limité dans son montant. La somme allouée peut varier en fonction des attentes du collaborateur en matière de transport (billets de train, abonnement, location d’une voiture pour des déplacements professionnels ou pour des vacances en famille) mais aussi de la volonté de l’entreprise en termes de réduction de budget. « Attention toutefois, le crédit mobilité constitue un avantage en nature et est soumis à l’impôt sur le revenu, prévient Robert Maubé, consultant et fondateur du cabinet RRMC. L’Urssaf considère que c’est fiscalement similaire à l’attribution d’un véhicule de fonction et donc le calcul des AEN reste le même. Là où ça se complique, c’est quand on mêle les dépenses personnelles aux dépenses professionnelles qui ne sont pas assujetties aux cotisations sociales. L’outil sélectionné par l’entreprise doit permettre l’édition d’un document auditable facilement lors de contrôles éventuels. » Pour Pascal Vitantonio, « ce cadre fiscal n’est pas des plus favorables et reste un frein au développement massif du crédit mobilité. Nous espérons que cela va évoluer afin d’aboutir à une solution plus incitative pour le collaborateur. »

Les collaborateurs éligibles

Une fois qu’on a bien compris le fonctionnement du crédit mobilité, il est essentiel d’en connaître son périmètre d’application. Comme pour l’électrification du parc, un audit des usages de mobilité est une étape indispensable. « J’ai mis en place une méthode en fonction de quatre critères (voir schéma ci-dessus), explique Robert Maubé. Il s’agit d’abord de s’avoir si le salarié est plutôt sédentaire ou nomade puis de croiser cela avec sa situation géographique. Une fois, cette classification faite d’autres points sont à prendre en considération : la distance domicile-travail, les alternatives de mobilité présentes sur le territoire et éventuellement le poids du matériel ou des équipements à transporter. On s’aperçoit alors que le crédit mobilité va s’adresser à des personnes plutôt sédentaires ou des nomades occasionnels qui vivent dans un environnement urbain ou périurbain desservi en mobilités alternatives. Ce qui limite beaucoup la catégorie des conducteurs éligibles. » Ainsi, cette solution ne s’adressera qu’à une faible fraction de la flotte automobile.

Ces pièges à éviter

Enfin, l’entreprise doit avoir l’œil sur plusieurs points de vigilance. Car si le crédit mobilité est un produit flexible, paramétrable de façon à ne rien coûter ou même générer des économies pour l’employeur, les risques de dérives sont bien présents. Pascal Vitantonio explique : « Le crédit mobilité peut être un vrai bénéfice dont la valeur sera aujourd’hui mieux perçue et plus fidélisante qu’un véhicule de fonction mais c’est aussi une solution assez complexe à mettre en œuvre d’un point de vue administratif. Si l’entreprise n’a pas l’outil adapté, cela peut assez vite devenir compliqué. ALD a travaillé avec la start-up belge Skipr, spécialiste du crédit mobilité, et nous sommes aujourd’hui capables de répondre à la demande de nos clients avec ALD Move. Ce produit se décline en une application pour le collaborateur, une carte de paiement et une plateforme pour que l’entreprise puisse gérer en sécurité et en confort la partie administrative. » « La carte pour le règlement des dépenses, va permettre au collaborateur de faire ce qu’il veut à titre personnel comme professionnel, ajoute Robert Maubé. Il est donc essentiel que le produit adopté permette la mise en place d’un plafond. L’objectif étant que les coûts ne dépassent pas ceux d’un véhicule de fonction. C’est là un risque visible mais il y a aussi un risque invisible. Le collaborateur peut continuer à faire payer ses trajets domicile-travail à l’entreprise en utilisant très fréquemment la flotte partagée, par exemple », conclut l’expert.

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