Enquête

Des véhicules utilitaires en pleine (r)évolution

Antonin Moriscot
Des véhicules utilitaires en pleine (r)évolution

La tendance est à l'électrification des véhicules utilitaires légers, à l'image de la nouvelle gamme Renault. (image d'illustration)

© Renault Group

Alliances industrielles, montée en gamme et électrification : le marché des véhicules utilitaires légers connaît de nombreux bouleversements... et accueille toujours plus d'acteurs en quête de croissance. 

Pour les non-initiés, les véhicules utilitaires légers se résument à ces camionnettes blanches, toutes plus semblables les unes que les autres, que l’on voit garées aux abords des zones d’activités économiques, des pôles logistiques ou circuler dans les centres-villes, arborant le logo d’une société de dépannage, de livraison, d’un service public. Les professionnels considèrent, eux, ces véhicules comme de véritables compagnons, garants de leur mobilité et surtout de leur activité. Raison pour laquelle, chaque année, il s’en vend par centaines de milliers d’exemplaires sur de nombreux marchés.

Selon les données de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), 1 561 425 véhicules utilitaires légers ont été mis à la route, l’an dernier, au sein de l’Union européenne. Soit un volume en progression de 8,5 % sur un an. Entre le 1er janvier et le 31 août 2022, ce sont 838 608 nouveaux VUL qui ont été immatriculés dans les États membres.

Parmi les pays les plus consommateurs de fourgonnettes, fourgons moyens et grands fourgons se trouvent – par ordre croissant – l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et bien sûr… la France. L’Hexagone est le premier marché des constructeurs de véhicules utilitaires légers. En 2021, les immatriculations de VUL ont atteint 431 845 unités (+ 7,5 %). Depuis le début de l’année, ces dernières sont à la traîne avec seulement 226 245 livraisons comptabilisées (- 23,6 %).

Ces statistiques posées, l’univers des véhicules utilitaires légers n’apparaît pas aussi figé qu’il en a l’air. S’il est vrai – comparativement aux véhicules particuliers – que les véhicules utilitaires ont un cycle de vie très long au sein des catalogues des constructeurs automobiles, cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’évoluent pas avec leur époque ou que les différentes marques présentes sur le marché ont arrêté de se livrer bataille.

Tout le monde veut prendre sa place

En la matière, sur le marché français, l’affrontement entre Renault Group d’un côté et Stellantis de l’autre fait rage. Encore plus qu’à l’époque de l’ex-groupe PSA. Si le Losange place régulièrement ses modèles (Kangoo Van, Trafic et Master) en tête des ventes d’utilitaires par segments, son homologue franco-italo-américain est présent dans chacun d’eux avec quatre propositions, déclinées sous les quatre marques Citroën, Fiat Professionnal, Opel et Peugeot.

En additionnant l’ensemble des volumes réalisés sous les différents blasons, Stellantis s’offre désormais la majeure partie du marché. En voilà une révolution ! D’après les statistiques d’AAA Data pour la Plateforme automobile (ex-CCFA), l’an passé les VUL Stellantis ont représenté 188 660 immatriculations contre 125 937 pour Renault. Ainsi, Stellantis détenait en fin d’année 43,6 % de parts de marché en France quand Renault Group en détenait 29,1 % et l’ensemble des autres constructeurs (Volkswagen, Ford, Toyota, Mercedes-Benz, MAN, …) 27,3 %.

Sur les huit premiers mois de l’année 2022, cette répartition s’est confirmée. Avec 98 567 mises à la route à fin août, Stellantis s’est accaparé 43,5 % du marché français. À la peine en matière de livraisons (62 006 unités) Renault affiche une part de marché de 27,3 %, inférieure de deux points à celles des autres forces représentées (29,2 % à 62 272 immatriculations). Une situation qui ravit sûrement Carlos Tavares. Pour mémoire, dans le cadre du plan Dare Forward 2030, présenté au printemps dernier, le patron de Stellantis s’est fixé comme objectif d’être « le leader incontesté sur le segment des VUL » dans le monde. Pour y arriver, le lancement de 26 nouveaux véhicules, reposant sur des plateformes, technologies et motorisations communes – y compris électrifiées – est programmé au cours des prochaines années.

S’allier pour pour durer ?

Cette stratégie de partage des plateformes, motorisations et autres silhouettes est bien connue des différents acteurs de ce marché et éprouvée. Cependant, elle prend un sens nouveau à l’heure où la connectivité des véhicules et leur conversion au zéro émission sont placées en tête des attentes des clients.

Volkswagen Véhicules Utilitaires et Mercedes-Benz Vans ont fait un temps fourgon commun avec les Crafter et Sprinter. Depuis 2012, la marque à l’étoile fait confiance à Renault pour la production de sa fourgonnette Citan, clone des Nissan NV 250 et Renault Kangoo. « Grâce à notre expertise dans la fabrication des VUL, nos deux partenaires Mercedes et Nissan ont renouvelé leurs engagements. Un avantage qui nous aide à fabriquer des voitures performantes pour les trois types de clients des trois marques », soulignait l’an passé Jean-Philippe Daveau, le directeur de l’usine Renault MCA de Maubeuge, lors de la présentation de la nouvelle génération de ces véhicules. De même, depuis 1975, Peugeot et Citroën collaborent avec Fiat Professionnal. Jusqu’à la création de Stellantis, les deux parties détenaient d’ailleurs à 50-50 les usines dédiées de Sevel-Nord (Hordain, France) et Sevel-Sud (Val di Sangre, Italie). Ce complexe industriel vient d’ailleurs de fêter la sortie de son sept millionième utilitaire.

« Les partages de plateformes ou coopérations industrielles entre deux ou plusieurs constructeurs sont un moyen de partager les efforts de développement de chaque constructeur afin de mieux répondre aux besoins des clients », commente Patrick Bégaud, le directeur véhicules utilitaires de Ford France. En pleine refonte de sa gamme, la marque à l’ovale bleu a d’ailleurs recours à ce procédé. Dans le cadre d’un vaste plan dépassant le seul périmètre des VUL, Ford et Volkswagen ont décidé d’unir leurs forces. « Le rôle et les responsabilités de chacun sont très clairement définis. Si l’on prend l’exemple de la coproduction des Ford Transit Connect (et de la version véhicule particulier Tourneo Connect) et Volkswagen Caddy, l’un des deux acteurs à le lead en matière de motorisations, de transmissions. En revanche, le design est propre à chaque marque et l’une comme l’autre vont s’autoriser à avoir des structures de gammes différentes », développe-t-il. Dans le cadre du renouvellement de leurs pick-up Ford Ranger et Volkswagen Amarok, les deux constructeurs ont procédé de la même façon. Davantage représenté sur ce segment, l’Américain a donc mis à disposition de son partenaire son expertise et ses technologies. L’engagement des deux marques porte aussi sur la nouvelle génération de leur fourgon une tonne pour laquelle « beaucoup de co-développement a été nécessaire ».

La révolution verte en marche

« Le cycle produit et l’électrification motivent les constructeurs à s’enrichir les uns, les autres, souligne encore Patrick Bégaud. L’accès des centres-villes est de plus en plus réglementé. Les opérateurs, logisticiens et petits artisans se posent beaucoup de questions et sont en attentes de solutions. La première considération à avoir porte sur l’usage. L’autonomie devient de plus en plus importante pour que les produits s’adressent à un éventail très large de clients et d’entreprises ». Cette transition énergétique, ou révolution verte des VUL, aucun ne veut la rater. Renault vient d’électrifier son nouveau Kangoo Van ainsi que le Trafic et croit désormais à l’hydrogène avec son partenaire Plug Power pour le grand fourgon Master, dont trois déclinaisons entrent en commercialisation sous la bannière de leur joint-venture Hyvia. Dans les lancements prévus par Stellantis, chaque modèle sera décliné en zéro émission. « Nous puiserons dans notre gamme d’options électrifiées : électrique à batterie, hydrogène ou REPB [Range Electric Paradigm Breaker, ndlr] pour y arriver », a appuyé Carlos Tavares.

De nouveaux acteurs à l’affût

Pour électrifier plus rapidement les flottes, et à moindre coût, les acteurs du rétrofit ont structuré leurs offres ces derniers mois. Phoenix Mobility – rebaptisé Tolv s’est fait une spécialité de la déconstruction et de la remotorisation d’anciens utilitaires Renault. La jeune entreprise vient d’ailleurs de conclure un accord avec le constructeur au losange pour développer et exploiter un kit rétrofit pour le Master. Les éléments seraient produits par les équipes Renault de la Refactory installée à Flins et commercialisés par Tolv. Du côté de Rev Mobilities, sous la marque Rev Professional, on s’affaire aussi à la conversion d’anciens utilitaires.

Le marché pourrait aussi être profondément bousculé, voire remodelé, avec l’arrivée de nouveaux acteurs comme Arrival, Odin Automotive ou encore CityFreighter combinant neutralité carbone et nouveaux services. Un virage qu’a déjà pris Ford avec son bouquet Ford Pro, « une marque globale pour accroître la productivité des clients qui se présente sous la forme d’une plateforme, d’un guichet unique proposant toutes les solutions dont le client a besoin pour exercer son activité : visualisation des stocks de véhicules disponibles, solutions télématiques, maintenance prédictive, solutions de recharge ou encore financement », énumère Patrick Bégaud, le directeur véhicules utilitaires de Ford France.

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