Fin du thermique dès 2035 : entre craintes, critiques et enthousiasme

Leslie Auzèmery

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Fin du thermique dès 2035 : entre craintes, critiques et enthousiasme

Fin du thermique dès 2035 : entre craintes, critiques et enthousiasme

L’annonce de la fin des motorisations essence et diesel annoncée le 14 juillet dernier par la Commission européenne n’avait rien d’une surprise puisque cette décision était attendue depuis plusieurs semaines maintenant. Une décision d’ailleurs jugée « non rationnelle », voire « hâtive et irresponsable » par certains, mais aussi comme « une étape essentielle dans la lutte contre le changement climatique et la protection des citoyens européens » par d’autres.

Il fallait s’y attendre : les mesures prises par la Commissions européenne dans le cadre du nouveau paquet climat baptisé Fit for 55 est loin de faire des heureux ! Après l’annonce de la fin des motorisations thermiques pour les véhicules particuliers et utilitaires à l’horizon 2035, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer une « décision hâtive et irresponsable aux conséquences lourdes pour l’économie et les ménages européens. » L’Association 40 millions d’automobilistes appelle d’ailleurs « à un retour à la raison et à la mesure, pour ne pas planifier une transition écologique pour les riches, au détriment des plus modestes. » Et de préciser : « L’interdiction à la vente de voitures neuves autres qu’à “émissions nulles” (c’est-à-dire 100 % électriques, à batterie ou à pile hydrogène) aura pour effet de remanier profondément toute la chaîne de la construction automobile, en imposant de lourds investissements financiers aux constructeurs (alors que ceux-ci ont déjà largement fait évoluer leurs productions au cours des dernières années) et menaçant dangereusement 150 000 emplois du secteur, selon la filière. »

Une place pour chaque technologie

Du côté des groupes automobiles également le ton est donné : l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) juge « non rationnelle » la décision de la Commission européenne d’interdire les véhicules thermiques en 2035. Elle estime que tous ses adhérents sont engagés dans une démarche visant la neutralité carbone en 2050 et qu’ils investissent des milliards d’euros dans des technologies durables et innovantes pour y parvenir. Cependant, abaisser de 100 % les émissions en 2035 « n’est pas une voie rationnelle à ce stade, alors que l’Europe lutte encore pour mettre en place les conditions favorables aux véhicules à énergies alternatives » En effet, l’ACEA insiste sur l’obligation faite aux États membres de déployer l’infrastructure adéquate. Cette dernière juge nécessaire le déploiement de 3 millions de points de recharge publics d’ici à 2030.

Fidèle à la position de toute la filière automobile, l’ACEA pointe également du doigt la nécessité de recourir à toutes les technologies existantes pour réussir la transition vers la neutralité carbone. « Ce n’est pas le moteur à combustion interne qui est préjudiciable à l’environnement mais les carburants basés sur des ressources fossiles, explique Oliver Zipse, président de l’organisation et directeur général de BMW Group. Malgré cette proposition de restriction des technologies à partir de 2035, nous demandons instamment à toutes les institutions européennes de prendre en considération l’innovation plutôt qu’interdire une technologie particulière », insiste-t-il.

Un texte ambitieux pour les bornes de recharges électriques

À l’opposé d’autres organisations se sont réjouis de cette décision. Pour Diane Strauss, directrice France de Transport & Environment, « l’objectif de 100 % de ventes de voitures électriques en 2035 est une étape essentielle dans la lutte contre le changement climatique et la protection des citoyens européens. Les nouvelles règles de l’UE démocratisent les voitures électriques et donnent une impulsion majeure à la recharge », précise-t-elle, tout en regrettant la « position de la France dans le processus décisionnel ». Le gouvernement français a en effet cherché à limiter l’ambition de la Commission européenne en soutenant la vente des véhicules hybrides rechargeables. « Ni les constructeurs français, ni l’emploi en France n’ont besoin de cette technologie controversée pour réussir leur transition », estime la fédération européenne. Et d’ajouter : « Des objectifs intermédiaires en matière d’émissions de CO2 à partir de 2025 seront nécessaires pour que les constructeurs automobiles puissent accélérer la production de véhicules sans émissions, réduire les coûts et susciter l’adhésion des consommateurs, comme Henry Ford l’a fait il y a un siècle. »

Et pour conclure, Diane Strauss avance que « les acteurs, y compris l’industrie et les ONG, sont soulagés par ce texte ambitieux pour les bornes de recharges électriques. La proposition de la Commission demande notamment aux États membres de commencer à développer les infrastructures pour les camions du futur. Nous regrettons simplement qu’il n’y ait pas, dans le texte, d’obligation d’installation de bornes de recharge pour les acteurs privés types parkings. »

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