Formation, rémunération ou tout simplement employabilité

François Rotteleur
Formation, rémunération ou tout simplement employabilité

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Même si les collaborateurs de la distribution automobile se montrent toujours moins sensibles que ceux d’autres secteurs vis-à-vis de l’évolution possible de leurs plans de carrières après leurs fonctions actuelles, nous constatons chez les candidats une tendance marquée à donner plus d’importance aux promesses de programmes de formations ou aux possibilités de maintien de l’emploi voire à de potentielles reconversions avant de choisir d’accepter une nouvelle situation. La préoccupation majeure n’apparait plus aussi nettement comme ciblée sur un besoin de stabilité ou de rémunération à la hausse mais semble évoluer sur le plan professionnel au moins vers l’assurance du maintien du potentiel d’employabilité qui sous-entend quand même le maintien du pouvoir d’achat mais sur le plus long terme. Le « pouvoir vivre » semble devenir le moteur plus que la conséquence du travail et l’emploi le moyen.  La notion d’emploi tendrait ainsi à perdre de son sens au profit d’une capacité à rebondir pour traverser les crises auxquelles les uns les autres sont persuadés de devoir être confrontés. L’emploi en CDI considéré parfois comme un moment semble ne plus représenter aux yeux de beaucoup un bouclier suffisant contre le chômage. Les entreprises qui attirent le mieux semble maintenant être celle qui permettent aux candidats de se projeter dans un avenir professionnel aussi bien interne qu’externe. Une certaine évocation de ces alternatives dès l’embauche ne permettrait elle pas de fédérer plus durablement les talents des prochaines années.

Cette évolution de l’attente n’est pas sans importance, elle apparaît sociétale au sens de l’interrogation de tout un chacun sur sa place dans la société, la vie qu’il développe et la considération qui en résulte. Continuer à pouvoir acheter signifie bénéficier de moyens financiers donnant accès à la consommation et au minimum vital. Il s’avère que le fait ne passe plus seulement par l’emploi ou le statut mais par le potentiel qu’aurait l’individu à s’en arranger en cas de besoin. L’âge de l’emploi stable attestant du passage au statut d’adulte évalué à la trentaine jusqu’il y a peu, semble être une notion qui s’estompe toujours un peu plus. L’objectif de stabilité dans l’emploi semble si éloigné aux yeux de certains qu’ils finissent par préférer la notion d’usager agile du pouvoir vivre à celle d’expert dans un métier.

Dans ce contexte, l’employabilité apparaît comme un des principaux leviers, elle recouvre l’emploi mais comme une possibilité, une probabilité et du moins un moment. Elle est jugée maintenant comme une sauvegarde et une richesse porteuse d’avenir. Le sujet est aussi celui de l’introduction de plus en plus forte de la dimension privée et intime dans la vie au travail et au travail à la maison. Cette part d’intime porte la personnalité de tout individu et par conséquent, renforce ses convictions et ses motivations profondes.

Les exemples ne manquent pas pour rappeler l’extrême sensibilité des jeunes et des moins jeunes aux valeurs et au sens de leur entreprise. La qualité de vie issue de la satisfaction vis-à-vis des conditions de travail est devenue une priorité. Le sociétal renvoie à l’identité propre, à l’image de soi et à un pouvoir être aux vertus stabilisatrices.

L’enjeu des entreprises est devenu plus culturel qu’organisationnel. Le débat sur le lieu du travail en devient secondaire. Pallier la pénurie de ressource passe encore par l’apport de nouvelles sources de main-d’œuvre mais n’évitera pas au manager de réfléchir aux choix stratégiques dans le développement de sa culture d’entreprise. Chacun devant se donner les moyens de la construire en tenant compte qu’elle résulte de l’implication des acteurs distants ou pas à l’instant présent, et pas seulement le fruit de l’histoire.

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