« De la casse sociale à venir dans la distribution automobile » selon Marc Bruschet, Mobilians (ex-CNPA)

Christophe CARIGNANO
« De la casse sociale à venir dans la distribution automobile » selon Marc Bruschet, Mobilians (ex-CNPA)

La distribution automobile française devrait être impactée en 2022 après deux années de crise.

© Auto Infos

Entretien avec Marc Bruschet, président de la branche des concessions VP de Mobilians (ex-CNPA). Le dirigeant constate que l'accumulation des crises impacte fortement la filière automobile et les réseaux de distribution primaire. Outre la crise, le véhicule électrique neuf est, d'après lui, complètement déconnecté du pouvoir d'achat des Français.

Auto Infos : Quelle est votre analyse de ces crises successives – Covid, pénurie de semi-conducteurs et maintenant la guerre en Ukraine – qui frappent la filière automobile ? 

Marc Bruschet : Ce n’est pas une succession de crises mais bien une accumulation de crises. Ce qui signifie que nous n’en avons pas terminé avec la pandémie, la crise des semi-conducteurs et on a par-dessus le marché les dommages collatéraux de la guerre en Ukraine. C’est un véritable empilement.

A. I. : L’automobile est-elle devenue fragile et hypersensible aux crises au niveau mondial ? 

M. B. : Nous sommes dans une économie mondialisée où il y a des risques de fragilité et de dépendance vis-à-vis de l’extérieur. L’industrie automobile n’est pas plus touchée qu’une autre industrie comme l’aéronautique. Ce n’est pas une situation de fragilité structurelle c’est simplement la règle du jeu dans une économie mondialisée.

A. I. : Quelles en sont les conséquences sur la distribution automobile alors que les constructeurs ont paradoxalement publié de bons résultats en début d’année 

M. B. : Ce n’est pas le cas des réseaux. À quelques exceptions près la rentabilité des réseaux en 2021 n’a pas été bonne. Pour une raison simple, c’est qu’en 2020 nous avions le chômage partiel total alors qu’en 2021 pour un marché VN identique, nous n’avons plus les aides de l’État. Quant aux constructeurs, ils améliorent leur marge opérationnelle dans un contexte où le taux d’utilisation des capacités de production est en fort recul. Sans les aides de l’État, ce n’était pas possible.

A. I. : La distribution automobile peut-elle encore tenir en 2022 avec moins de volume de ventes de véhicules ? 

M. B. : Je pense que les volumes de 2022 seront proches des deux années passées. Il est trop tôt pour déterminer une tendance mais les chiffres de janvier et février ainsi que l’évolution des commandes montrent une tendance négative depuis novembre 2021. Le problème qu’on va avoir, c’est la troisième année de crise de suite pour l’automobile, c’est inédit depuis le choc pétrolier de 1974. Cela va fragiliser le réseau primaire. Comme nous n’avons pas, malgré les demandes de Mobilians, un rétablissement du chômage partiel, il est certain que l’ajustement se fera sur les effectifs.

A. I. : La baisse des ventes de véhicules neufs n’est-elle due qu’à la crise ? 

M. B. : Non je ne pense pas. Outre le contexte de guerre anxiogène, le prix des énergies et la remontée de l'inflation, le problème central c’est celui de la déconnexion entre le prix catalogue d’un véhicule neuf et le pouvoir d’achat des Français. Depuis deux ans, le canal des particuliers ne cesse de décroître et les choses s’accélèrent en début 2022 puisque les prix augmentent encore. Ce n’est pas une désaffection des particuliers, c’est simplement une question de budget. À titre d’exemple, la Sandero s’est très bien vendue l’année dernière auprès de ces mêmes particuliers. Et c’est le cas de Spring pour sa première année de commercialisation. Quand un véhicule électrique est abordable il se vend auprès des particuliers.

A. I. : Faut-il défendre le low-cost dans l’électrique dans ce cas ? 

M. B. : Ce n’est pas le low-cost nécessairement l’enjeu. Si l’on veut éviter l’effondrement du marché du véhicule neuf dans un contexte de transition énergétique sur un délai très court, il faut que les véhicules soient abordables et polyvalents, donc : le budget et les infrastructures de recharge. Sinon, le véhicule électrique restera un objet de luxe pour les classes aisées.

A. I. : Deux secteurs devraient mécaniquement souffrir dans les deux prochaines années en raison de la pandémie : le véhicule d’occasion et l’après-vente. Où en est-on aujourd’hui 

M. B. : Le marché du véhicule d’occasion a encore un peu progressé en 2021. Ce qui veut dire que nous sommes sur un marché record. Cela va se tasser en 2022 faute d’approvisionnement tout simplement. Quant au marché de l’après-vente, il va y avoir une détérioration des entrées atelier en fonction de la montée en puissance de l’électrique. Cela sera plus diffus que pour le VN en raison du parc roulant de plus de 41 millions de véhicules. Le réseau primaire sera encore une fois touché en premier.

« Nous devons nous attendre à des réductions d'effectifs et à la fermeture de points de vente dans les années à venir » 

A. I. : Quelles sont donc les perspectives pour la distribution automobile ?

M. B. : Nous avions fait un sondage en novembre 2021 avec Mobilians auprès de 100 groupes de distribution. À la question d’éventuelles réductions des effectifs, les sondés ont répondu « oui » avant trois mois.

A. I. : Quels seront les postes les plus touchés 

M. B. : Tout le personnel commercial des vendeurs aux metteurs en main ainsi que l’encadrement seront touchés. La concentration provoquera vraisemblablement de la casse sociale. Une concentration mécanique et inéluctable dans le modèle souhaité par Stellantis : réduction de l’empreinte immobilière, réduction du nombre de points de vente, réduction des effectifs.

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