Jacques Calvet décode la crise

Jean-Pierre JAGU-ROCHE

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Jacques Calvet, ancien patron de PSA a, dans le cadre de l’interview croisée « Face à la presse » d’Auto K7, analysé la crise du secteur automobile qu’il continue de suivre à la loupe. Morceaux choisis.

« On ne peut comprendre la situation actuelle sans tenir compte des faiblesses sectorielles antérieures.

- Cela fait longtemps que l’industrie automobile souffre d’une surcapacité de production. Certains des acteurs ont employé des moyens anormaux pour commercialiser leurs modèles. À l’exemple de Fiat, qui instaura la mort du concept de prix normal lorsqu’elle commercialisa la Uno sur la base d’un prix catalogue… accompagné d’un prix réel proposé au public.

- Le secteur fait, depuis de nombreuses années, l’objet d’attaques venant d’un cercle écologique. La voiture, qui avait été depuis la libération un symbole de paix, de liberté et de mobilité retrouvés, a ainsi perdu son statut au sein de la société.

- Par ailleurs, Bruxelles a toujours voulu trop presser le mouvement de la réduction des émissions de CO2 des véhicules. L’Union européenne a imposé aux constructeurs un calendrier technique qui ne considérait pas assez les délais nécessaires à la réalisation de leurs évolutions techniques.

- Nous sommes également entrés dans une époque où la concurrence n’a cessé de s’accroître entre les pays développés et les pays émergents. Ces derniers exportaient en jouant sur les parités monétaires et en pratiquant parfois un protectionnisme développé sur la base de moyens originaux. Dans ces conditions, l’activité du monde automobile est sortie d’un cadre purement économique pour entrer dans un univers où les paramètres de la géopolitique l’ont emporté.

- Autre handicap : nous ne disposons pas d’institutions mondiales pour réguler une crise mondiale.

- La situation actuelle nécessite encore de juguler les dérives du marché, sans pour autant appliquer des mesures protectionnistes nationales. En réalité, la crise s’appuie sensiblement sur des défaillances des constructeurs. Certains d’entre eux devraient disparaître.

- Le plan de soutien de l’État français est indispensable. Mais il implique un endettement amplifié de notre pays qui rendra la sortie de crise plus compliquée. Il est aussi dangereux pour ses bénéficiaires car il s’inscrit en marge du fonctionnement normal de l’économie. De plus, il ne tient pas franchement compte de la situation des entreprises constituant l’aval de la filière qui garantissent, elles aussi, son activité. À ce niveau, il faut convenir que la distribution de marques est d’une complexité extraordinaire et qu’elle est rémunérée d’une manière ridicule. Quand on pense que les concessionnaires vivent sur la base de marges de profit représentant, au mieux, entre 1 et 2 % de leur chiffre d’affaires.

- Dans le contexte troublé que nous vivons, il faudrait que le règlement européen d’exemption qui conditionne l’activité des sociétés de vente, de réparation et de services automobiles ne soit pas lourdement réformé.

- En matière d’évolution technique, je crois à l’amélioration des technologies actuelles et des motorisations thermiques. Il convient de concentrer des efforts importants en faveur de la voiture électrique. Nous avions d’ailleurs été très loin dans ce domaine lorsque je présidais le groupe Peugeot-Citroën. Mon opinion reste mitigée au niveau de l’avenir des voitures hybrides.

- Les solutions qui permettront au secteur de rebondir reposeront sur le renforcement des projets d’entreprises, donc l’intégration et le consensus des collaborateurs des firmes automobiles. Puis, à proposer des produits et des services qui correspondent aux attentes du public. »

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