Entretien

Jean-Pierre Diernaz décrypte l’introduction en Bourse de MotorK

Alexandre Guillet

Mis à jour le à

Sujets relatifs :

, ,
Soyez le premier à réagir

Soyez le premier à réagir

Jean-Pierre Diernaz décrypte l’introduction en Bourse de MotorK

Jean-Pierre Diernaz, directeur de Motork France et senior vice-président sales et marketing.

© Mat Beaudet

Pour Auto Infos, Jean-Pierre Diernaz revient sur l’introduction en Bourse de MotorK, effective depuis le 5 novembre 2021. Un projet mené en un temps record et qui sécurise le financement programmé du groupe en Europe. Explications.

Auto Infos : Quelle est la genèse de projet d’introduction en Bourse qui aboutit aujourd’hui ?

Jean-Pierre Diernaz : L’idée était à l’étude depuis quelque temps, mais nous avons véritablement commencé à ouvrir le dossier à la mi-mars 2021. Ensuite, tout s’est enchaîné très rapidement et nous avons respecté le calendrier que nous nous étions fixé à la demi-journée près ! C’est l’aboutissement d’une phase de travail très intense, en mode projet et avec un comité de direction mobilisé 24 heures sur 24. Le délai était très court, c’est comme de préparer un Ironman en six mois alors qu’on le fait normalement en un an.

A. I. : Avez-vous hâté le mouvement parce que vous saviez que la période est propice aux IPO, comme aux levées de fonds d’ailleurs ?

J.-P. D. : Le contexte est effectivement favorable, mais c’est une donnée conjoncturelle. Le plus important réside dans le fait que structurellement, les marchés manifestent de l’intérêt pour les entreprises comme MotorK, ancrées dans la digitalisation et les nouveaux modes de retail.

A. I. : Pourquoi avoir opté pour l’IPO, techniquement très exigeante, plutôt que pour un tour de table ?

J.-P. D. : D’une part, parce que vous l’avez dit, la période est propice aux introductions en Bourse. D’autre part, et c’est le plus important, parce que nous gardons ainsi le contrôle de notre groupe et de sa stratégie. Cela va aussi nous ouvrir de nouvelles perspectives auprès des investisseurs et nous bénéficierons d’une crédibilité encore renforcée. C’est un élément important à l’heure où le mouvement de concentration s’opère dans toute la chaîne de valeur automobile, des constructeurs aux concessionnaires. Face à des interlocuteurs de plus en plus gros, cette assise va jouer en notre faveur.

A. I. : Les performances financières de votre entrée en Bourse, notamment le titre unitaire à 6,5 euros, sont-elles en ligne avec vos objectifs ?

J.-P. D. : L’objectif est atteint dans la mesure où nous voulions lever entre 70 et 80 millions d’euros. Grâce à nos conseils et au profil de l’entreprise, nous savions que c’était réaliste.

« Pour la croissance de MotorK sur de nouveaux marchés, nous allons suivre une logique de hubs géographiques »

A. I. : Au-delà du financement de votre croissance, à quels objectifs allez-vous allouer ces nouvelles ressources ?

J.-P. D. : Notre développement futur va s’articuler autour de trois axes principaux. Primo, la R&D, l’innovation, ce qui nécessite de pouvoir recruter de nouveaux talents, majoritairement des ingénieurs et des développeurs. Secundo, l’expansion sur de nouveaux marchés, en Europe, voire au-delà. Nous suivrons une logique proche de celle des constructeurs, en constituant des hubs. On peut imaginer un hub en Europe de l’Est, avec une base en Pologne, un autre dans les pays nordiques, par exemple. Tertio, la croissance externe, selon deux orientations distinctes. D’une part, la recherche de volume, de gain de parts de marché. D’autre part, la prise de contrôle de solutions technologiques complémentaires de notre offre pour enrichir notre plateforme. MotorK n’a pas attendu l’IPO pour cela et trois rachats ont récemment été bouclés, deux selon la logique de gain de parts de marché, en France et en Espagne, et un pour nous doter d’une nouvelle solution technique.

A. I. : À court terme, cela va-t-il changer les relations que vous avez avec vos clients ?

J.-P. D. : Absolument pas. En revanche, j’espère que cela envoie clairement le message que nous nous donnons les moyens de nos ambitions futures, à l’heure d’une lame de fond digitale dans l’automobile. Les clients et les prospects savent qu’ils peuvent s’appuyer sur nous, que MotorK est encore plus robuste qu’hier. Ils savent aussi que nos solutions ne seront pas frappées d’obsolescence car notre plateforme continuera d’être en développement permanent. À l’heure de la blockchain ou du machine learning, par exemple, ce n’est pas neutre.

A. I. : Pour conclure, sentez-vous une accélération de la digitalisation dans la distribution automobile française, même si on entend encore des voix frileuses sur le terrain ?

J.-P. D. : Je crois que la règle des trois tiers s’applique bien à la situation. Un premier tiers de pionniers, de défricheurs, qui nous stimulent d’ailleurs. Un deuxième tiers de groupes qui savent que c’est une mutation nécessaire, mais qui réfléchissent à la manière de s’y prendre et qui ont besoin de conseils en plus de solutions technologiques. Enfin, un dernier tiers de groupes qui ne sont pas conscients des challenges qui se profilent pourtant nettement à l’horizon. Mais par rapport à la vague de concentration que nous évoquions, on imagine assez bien ce qu’il va se passer pour les uns et les autres.

Nous vous recommandons

Rivian contraint de retarder ses premières livraisons de SUV

Rivian contraint de retarder ses premières livraisons de SUV

Après des mois d’euphorie et une remarquable entrée en Bourse, le constructeur Rivian est entré dans une zone de turbulences, Ford dénonçant l’accord envisagé et la production de son SUV prenant vraisemblablement un retard...

26/11/2021 | Vie des marquesRivian
Robert Breschkow (Seat et Cupra) : « Le concurrent de la Born n’existe pas encore»

Robert Breschkow (Seat et Cupra) : « Le concurrent de la Born n’existe pas encore»

Renault sélectionne quatre projets pour abaisser les émissions de CO2 de ses usines

Renault sélectionne quatre projets pour abaisser les émissions de CO2 de ses usines

Allego et Meridiam vont déployer 2 000 points de charge dans le réseau Carrefour

Allego et Meridiam vont déployer 2 000 points de charge dans le réseau Carrefour

Plus d'articles