Journée de la filière automobile : « L'Europe ne pourra pas se passer du nucléaire », selon Thierry Breton

Alexandre Guillet
Journée de la filière automobile : « L'Europe ne pourra pas se passer du nucléaire », selon Thierry Breton

« Pas de Green deal sans nucléaire », prévient Thierry Breton

© Auto Infos

La table ronde réunissant Thierry Breton, Béatrice Foucher (DS Automobiles) et François Liotard (Lisi Automotive) a mis en exergue le dialogue toujours difficile entre les autorités européennes et les industriels. Ainsi que les frictions qui parasitent la filière automobile, qui peine à jouer collectif.

« Il faut vraiment raisonner à l’échelle européenne, c’est le bon échelon », martèle Thierry Breton, commissaire européen dans son propos liminaire. Et d’ajouter : « Nous vous soutenons, mais il faut composer avec les colégislateurs, le Parlement et le Conseil. C’est un trilogue et il y a donc forcément des compromis. Tout est négociable tant que ce n’est pas voté, notre ensemble européen est une démocratie ».

Et de poursuivre sur les nouvelles chaînes de valeur et donc les batteries et les composants électroniques qui pèsent 75 % de la nouvelle donne. L’Europe, consciente d’un retard pris par rapport à l’Asie, a mis en place des Piec pour accélérer de nouveau et ne pas nous retrouver en état de dépendance.

Raisonner à l'échelle européenne

« Pour les semi-conducteurs, on n’en fabrique plus que 10 % en Europe, 80 % de la production étant localisée en Asie, à Taïwan. L’Europe a réagi, créé une alliance, lancé des Piec, pour passer à 20 % sachant que la demande mondiale va s’accentuer. Pour les datas, nous avons mis en avant le "data act", nous n’avons pas baissé les bras, loin de là », pointe encore Thierry Breton, qui veut aussi insister sur la place centrale de la formation pour être au rendez-vous des compétences.

Béatrice Foucher, directrice générale de DS Automobiles, rappelle un besoin de cohérence et de continuité. Dans le chemin vers le 100 % électrique, Stellantis parle de 30 milliards d’investissements, c’est donc considérable. Surtout qu’il faut aussi garder un œil sur le client pour qu’il adhère au changement, en lui faisant essayer les voitures, en lui expliquant les infrastructures, etc. Il faut lui prendre la main. En gardant en tête que le principal frein à l’achat d’un véhicule 100 % électrique réside dans la possibilité de recharger le véhicule. Or, la disponibilité et la visibilité des infrastructures est encore insuffisante. La Commission européenne doit donc stimuler les acteurs des infrastructures.

Pour François Liotard, directeur général de Lisi Automotive, il faut commencer par une note positive : comme Luca de Meo (Renault), il juge que le Green deal est une opportunité pour l’Europe, par rapport à l’Asie et les États-Unis. « Le mot le plus important, c’est la transformation, d’une part, et la vitesse de cette transformation, d’autre part », met-il en exergue en appelant l’Europe à bien prendre en compte ces points pour Cafe et Euro7.

Thierry Breton porte alors la voix de l’Europe en opérant une précision : « Euro7, ce n’est pas la fin des moteurs thermiques, notamment pour les camions. Et on sait que les constructeurs ne vendent pas leurs modèles qu’en Europe, mais dans le monde entier. Pour les infrastructures, en 2050, 30 millions de bornes de charge devront être déployées en Europe, c’est l’objectif via une directive contraignante ».

«L'Europe ne pourra pas se passer du nucléaire », selon Thierry Breton

Mais le débat reste parfois âpre, François Liotard soulevant la question de la naïveté européenne, de la taxe carbone et du problème des déséquilibres des coûts de main-d’œuvre avec, en jeu, la compétitivité de l’Europe et du site France en particulier. Il met aussi une lumière crue sur les relations difficiles dans la filière automobile, entre constructeurs, équipementiers et autres fournisseurs. La pénurie de composants électroniques accentue ce phénomène historique, générant de nombreuses annulations de commandes des constructeurs, souvent à la dernière minute. « Les trésoreries sont en souffrance », n’hésite pas à dire le dirigeant de Lisi, tout en indiquant que les informations EDI ne sont pas à jour et qu’il arbitre selon son intuition, en anticipant lui-même des volumes de commandes non honorées, ce qui n’est pas l’idéal.

Thierry Breton réagit avec une certaine véhémence, en justifiant les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières, sur la batterie et l’ensemble de ses composants. « Il est faux de dire que nous sommes naïfs et je le suis moins que quiconque », tonne-t-il. Avant d’enchaîner sur l’économie circulaire et l’impérieuse nécessité de savoir ce qu’on fait des batteries en fin de vie : « Or, personne ne sait dire avec précision combien ça dure, une batterie… ». Il évoque aussi la production de l’électricité, sujet absent des débats jusqu’alors, en assurant la promotion des énergies renouvelables et du nucléaire, au détriment du charbon bien entendu : « L’Europe ne pourra pas se passer du nucléaire, je suis peut-être un peu seul à la dire, mais je suis pugnace ».

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