L’Alliance Renault-Nissan pourra-t-elle bourgeonner sur les décombres du palais de Carlos Ghosn ?

Alexandre Guillet

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L’Alliance Renault-Nissan pourra-t-elle bourgeonner sur les décombres du palais de Carlos Ghosn ?

L'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, mais surtout Renault-Nissan, est sauvée et Jean-Dominique Senard aura permis d'éviter le pire.

Après de longs mois de diplomatie d’État et de capitaines d’industrie, l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi semble en passe de retrouver un nouvel équilibre, essentiellement via un accord entre les deux premiers groupes. Il faudra reconstruire avec humilité sur les ruines de l’empire de Carlos Ghosn que personne n’a vraiment cherché à sauver.

Depuis des mois, Jean-Dominique Senard, président de Renault, distille ses interventions auprès des médias avec des messages apaisants à propos de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et principalement du duo historique Renault-Nissan, bien entendu. Les rôles sont d’ailleurs bien distribués et Jean-Dominique Senard prend soin de ne pas exposer Luca de Meo sur ce front, lui laissant la relance stratégique du groupe et son regain d’attractivité sur les produits. L’État reste, lui, dans sa posture historique de « Grande muette » alors qu’il est actionnaire et qu’Emmanuel Macron était ministre de l’Économie de François Hollande au moment de la fameuse crispation sur l’inégalité des droits de vote entre Renault et Nissan. Une inégalité qui relevait plus du symbole dans la conduite opérationnelle du groupe japonais, mais ce symbole revenait régulièrement hanter les états-majors.

La baisse de la part de Renault dans Nissan de 43 à 15 % est actée

Désormais président de la République de France, Emmanuel Macron vient de recevoir la visite du premier ministre du Japon, Fumio Koshida, et on croit savoir par le biais d’indiscrétions bien orchestrées qu’il y fut question de l’Alliance Renault-Nissan. Ou comment la rééquilibrer sans la casser définitivement. Il semble que la baisse de la présence de Renault au capital de Nissan est actée, pour un passage de 43 à 15 %. Pro memoria, 15 %, c’est la part que détient Nissan dans Renault. Par ailleurs, les deux groupes seront mis sur un pied d’égalité en termes de droits de vote. Beaucoup y voient une décision pragmatique, la situation économique de Renault et Nissan ayant beaucoup évolué depuis 1999. Date à laquelle Renault est venu au secours de Nissan, alors au bord du gouffre. On peut se souvenir du mot de Louis Schweitzer : « J’ai donné mon feu vert au dossier Nissan parce que je sais pouvoir compter sur Carlos Ghosn pour redresser fermement le groupe et assurer un dialogue entre les deux parties ».

Un trust pour protéger Renault d'agressions sur les places de marché

Ce rééquilibrage du capital n’est pas immédiat, il sera étalé dans le temps et il s’agira de profiter des fenêtres de marché les plus favorables. Par ailleurs la participation excédentaire de Renault dans Nissan ne sera pas ouverte aux quatre vents, traduisez aux prédateurs des places de marché, mais bel et bien placée dans un trust. L’objectif est d’épargner à Renault une dépréciation d’actifs, alors que la valorisation financière du groupe est déjà très faible et qu’il reste économiquement fragile alors que d’importants besoins en investissements se profilent.

Au final, on peut voir le verre à moitié plein et se dire que les talents avérés de Jean-Dominique Senard, épaulé par Véronique Sarlat-Depotte, secrétaire générale de Renault-Nissan-Mitsubishi, ont permis de sauver l’Alliance. Ou plutôt d’éviter son crash, car de l’Alliance initialement conçue, il ne reste plus grand-chose et on se retrouve dans la configuration d’un partenariat industriel d’envergure mais somme toute classique. La feuille de route Alliance 2030 de Renault-Nissan et Mitsubishi, présentée le 27 janvier 2022 reste très intéressante, le principe leader-follower, par exemple, mais d’autres groupes travaillent avec des schémas comparables. La réorganisation de Renault en plusieurs pôles distincts confirme cette impression et Nissan a d’ailleurs insisté pour que l’utilisation de ses brevets par de nouveaux partenaires, le groupe chinois Geely en tête, se fasse sous conditions et contre rémunération. Nissan devrait cependant prendre une participation dans la business unit Ampère, dédiée à l’électromobilité.

Renault, un prédateur devenu proie

Enfin, on ne peut s’empêcher de se dire que Renault a perdu beaucoup de consistance depuis la chute de Carlos Ghosn. L’Alliance Renault-Nissan tutoyait le sommet mondial en volumes de ventes, alors qu’elle a perdu beaucoup de terrain sur ce point. Pire, on sait le nouvel attelage dans une dynamique qui contraste avec celle du groupe Hyundai par exemple, ou de certains groupes chinois, SAIC en tête. Pour Renault, des chiffres valent mieux qu’un long discours : en 2022, Renault a vendu 2,05 millions de véhicules légers dans le monde, contre 3,88 millions en 2018, date retenue car elle coïncide à l’arrestation de Carlos Ghosn (novembre 2018). Après une large phase d’expansion géographique, Renault s’est recroquevillé, réalisant désormais presque 2/3 de ses ventes en Europe, dont 25 % en France. Le rêve américain, remember GM, n’a jamais été prémonitoire et la Chine a toujours eu l’écho d’un fracas. En Corée du Sud, RSM est devenu Renault Korea Motors et les ventes sont en repli, un peu plus de 50 000 unités en 2022. En outre, pour les raisons tragiques que l’on sait, Renault a dû quitter la Russie où il faisait valoir d’importantes parts de marché via Avtovaz et pouvait entrevoir un vaste potentiel bien que ce marché soit chaotique.

En jeu de miroir, la comparaison avec PSA – Stellantis est cruelle. On rappellera en passant que c’est l’État français, présidé par Emmanuel Macron, qui a arbitré en faveur de PSA pour la reprise de FCA (Fiat Chrysler Automobiles). Au détriment de Renault, alors que c’est un certain… Carlos Ghosn... qui avait initié les négociations.

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