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L'œil de l'expert : « L’hybride rechargeable, une fausse bonne idée ? »

L'œil de l'expert : « L’hybride rechargeable, une fausse bonne idée ? »

Il n’existe pas de mauvaise solution de motorisation. L’entreprise réussira son verdissement du parc si elle raisonne au cas par cas et qu’elle attribue le modèle le mieux adapté aux besoins de son utilisateur.

Une étude, réalisée par l’institut Fraunhofer, relève des écarts significatifs entre les données WLTP et celles mesurées auprès d’utilisateurs privés et d’utilisateurs bénéficiant de véhicules d’entreprise. Le fait que la consommation moyenne de carburant des utilisateurs privés soit 2,5 l/100 km supérieure à celle communiquée en WLTP n’est pas une surprise. Cela correspond à la marge d’erreur généralement considérée. Cependant, il apparaît que l’utilisateur d'une voiture professionnelle hybride rechargeable consomme 4 l/100 km de plus qu’un particulier, rejetant 80 g de CO2/100 km de plus.

Le comportement du conducteur n’explique pas un tel écart ; ce dernier ne se transforme pas en « irresponsable » dès lors qu’il se met au volant d’une voiture d’entreprise. Ce qui nous interpelle, c’est la part d’utilisation du véhicule en électrique : initialement prévue à 80 % selon les mesures WLTP, elle ne serait que de 15 % pour les utilisateurs de véhicules professionnels. Nous pouvons légitimement nous demander si la motorisation hybride rechargeable est donc toujours choisie à bon escient ?

Reconnaissons que depuis une trentaine d’années, la constitution des catalogues était facilitée par le fait que le diesel représentait la solution la plus économique et couvrait 90 % des besoins. La pression fiscale (TVTS, malus, taxe au poids…), la politique de l’État et des collectivités (fin annoncée de la vente de moteurs thermiques sur les véhicules neufs en 2035, restriction des déplacements avec la mise en place de ZFE…), et la prise de conscience pour réduire la pollution, incitent les entreprises à chercher une alternative au sacro-saint diesel.

Or, la solution simple pour ne pas dire simpliste n’existe plus. Il n’est plus possible de généraliser un mode de propulsion pour tous les collaborateurs. Si elle a le mérite de présenter une technologie de transition souple, la motorisation hybride rechargeable ne représente pas, seule, l’alternative au diesel. Dorénavant, l’entreprise dispose de solutions variées : 100 % électrique, hybride rechargeable, hybride permanent, E85, essence, diesel mais également GPL, GNV, et d’autres technologies à venir. Il est conseillé de prendre en compte l’utilisation, la destination et les habitudes de conduite pour attribuer une motorisation.

Pour maîtriser son budget et éviter les erreurs de casting, le gestionnaire peut agir sur la constitution du catalogue. Ce dernier doit être dynamique, évolutif (à l’année ou au semestre). S’il reste préférable que le collaborateur (ou son management) choisisse la marque et le modèle dans le catalogue, nous estimons que c’est au gestionnaire de proposer le mode de propulsion le plus adapté. Il peut utiliser des indicateurs tels que le kilométrage annuel, le kilométrage quotidien, les capacités de recharge sur le lieu de travail ou chez le collaborateur. Cela implique une connaissance des usages de l’utilisateur, de sa sensibilité à la cause écologique, de la volonté de recharger à son domicile ou à l’entreprise.

Le collaborateur qui utilise en grande partie sa voiture pour des trajets domicile-travail (22 km en moyenne en 2021 selon l’Observatoire des territoires) est tout à fait pertinent pour accéder à une motorisation hybride rechargeable. Si le collaborateur habite plus loin ou si ses déplacements ne sont pas compatibles avec l’autonomie électrique de l’hybride, il est recommandé de privilégier une autre motorisation. L’hybride rechargeable se révèlera plus intéressant en fonction de l’amélioration de l’autonomie électrique des batteries mais également selon la facilité pour recharger hors du bureau ou du domicile.

Il existe, cependant, chez les collaborateurs, des craintes liées à l’augmentation du coût de l’énergie. C’est un sérieux frein au développement de l’hybride rechargeable. En effet, il est plus facile, pour une entreprise, de faire rouler ses collaborateurs en essence plutôt qu’en hybride rechargeable (moindre coût du véhicule pour l’instant, pas de nécessité de recharger et liberté de rouler en ZFE !). Aussi, l’entreprise doit mettre en place une politique claire de prise en charge des travaux et du coût de l’électricité chez le collaborateur.

Nous conseillons au gestionnaire de s’appuyer sur une étude comparative de coût d’utilisation chaque fois que nécessaire. Cet outil permet de comparer les motorisations entre elles. C’est un très bon outil d’aide à la décision. Ainsi, il n’existe pas de mauvaise solution de motorisation. L’entreprise réussira son verdissement du parc si elle raisonne au cas par cas et qu’elle attribue le modèle le mieux adapté aux besoins de son utilisateur.

Yann Guillaud est expert flotte automobile, directeur associé du cabinet Expeliance (réseau Euklead). Il compte plus de 30 ans d'expérience dans le secteur automobile, 20 ans en location longue durée (notamment chez Parcours devenu depuis ALD) et 10 ans en conseil et gestion de parcs automobiles. Il publie chaque mois une tribune dans les colonnes de L'Automobile & L'Entreprise pour vous donner des conseils sur la gestion de flotte automobile.

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