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L'œil de l'expert : « L’incertitude sur les valeurs résiduelles »

L'œil de l'expert : « L’incertitude sur les valeurs résiduelles »

© Fatec Group

La valeur résiduelle est, avec le prix d’achat et le taux, l’un des trois composants qui déterminent la dépréciation financière d’un véhicule. Quel que soit le mode de financement, c’est in fine le prix de revente du véhicule qui détermine le coût réel d’utilisation d’un véhicule.

Jauger, a priori, la valeur qu’aura un véhicule dans quelques années est un exercice périlleux. D’autant que la nécessité de verdir les parcs engendre des incertitudes supplémentaires :

  • les VO diesel se vendront-ils encore dans 4 ans ?
  • le marché du thermique va-t-il s’écrouler ?
  • comment va évoluer la logique de dépréciation des véhicules électriques ?

En l’occurrence, il convient de faire abstraction de l’instant présent où la pénurie de véhicules neufs siphonne les parcs d’occasion. La rareté faisant, les prix de vente des véhicules d’occasion augmentent : le prix moyen marchand est aujourd’hui équivalent au prix moyen particulier d’avant octobre 2021. Ce phénomène se tassera à moyen terme dès lors que le niveau de production reviendra à la normale.

Nous pouvons donc raisonnablement anticiper que les VR des thermiques diesel vont se déprécier et celles des véhicules essence devraient suivre la même courbe mais la mise en place prochaine des ZFE va modifier la tendance à moyen terme. Les essences étant classées en Crit’Air 1, les entreprises commencent à abandonner le diesel pour l’essence. C’est une bonne chose dans la mesure où cela abaisse le rejet de particules fines mais cela induit un autre problème car nous mettons à la route des véhicules qui rejettent plus de CO2 !

Les hybrides permanents verront les valeurs résiduelles s’apprécier à moyen terme puis suivre, en décalé, la même courbe que les thermiques. Les hybrides rechargeables connaîtront une courbe similaire mais elle sera d’autant plus décalée que leurs batteries gagneront en autonomie et que l’accès à la recharge sera plus aisé. Les véhicules électriques verront leurs valeurs résiduelles s’apprécier. Cette valorisation ne sera peut-être pas spectaculaire dans la mesure où certains loueurs peuvent être actuellement tentés de survaloriser les modèles non thermiques pour inciter leurs clients à décarboner plus rapidement. De fait, quand le marché se régulera, il pourrait apparaître que certaines VR électriques étaient trop élevées et le marché corrigera.

La problématique de la valeur résiduelle est différemment vécue, selon que le véhicule soit loué ou acquis en propriété ou crédit-bail. Dans le cas de la location, l’incertitude et les principaux risques qui en découlent pèsent essentiellement sur le loueur. Si le loueur pratique une politique trop prudente, il perdra en compétitivité et en part de marché, ce qui mettra l’entreprise en difficulté à moyen terme. Inversement, une politique trop optimiste pourra mettre l’entreprise en danger pour les années futures.

Le client locataire se trouve dans une position confortable car c’est la seule analyse des coûts de location (et d’utilisation) qui va l’orienter. Il convient juste de contrôler très périodiquement la pertinence du positionnement tarifaire des loueurs qui constituent son pool. Cela nécessite d’avoir choisi les bons loueurs dans son pool et de mettre à jour ces indicateurs de prix (et de TCO).

L’approche est plus difficile en acquisition propre (hors location). C’est l’entreprise, du moins son gestionnaire de parc qui en assume le risque. Pour les véhicules qui seront déstockés rapidement (dans les 4 à 5 ans), le gestionnaire peut raisonnablement maintenir une logique économique basée sur l’utilisation du « thermique ». Au-delà, le risque est accru et il convient de le diluer en répartissant progressivement les acquisitions sur différentes motorisations. Nous conseillons de travailler aujourd’hui sur un mix de 50 % maximum diesel, 25 % essence et hybride et 25 % full électrique. Ce mix est à faire évoluer vers une baisse du « thermique » dans les prochaines années jusqu’à atteindre l’objectif zéro moteur atmosphérique en 2032.

Bien entendu, le mot d’ordre pour 2022 est : aucune commande qui ne soit absolument nécessaire ; et ce quel que soit le mode de financement… Ce point sera évoqué dans la prochaine tribune !

Yann Guillaud est expert flotte automobile, directeur associé du cabinet Euklead. Il compte plus de 30 ans d'expérience dans le secteur automobile, avec un passage de dix ans en tant que directeur d'agence chez Parcours, société rachetée par ALD Automotive. Il publie chaque mois une tribune dans les colonnes de L'Automobile & L'Entreprise pour vous livrer des conseils sur la gestion de flotte automobile.

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