Enquête

La voiture, un bien utilitaire plus qu'un objet de passion

Clotilde Gaillard
La voiture, un bien utilitaire plus qu'un objet de passion

La voiture, un bien utilitaire plus qu'un objet de passion

Comme tous les ans au mois de décembre, l’Observatoire Cetelem de l’automobile a dévoilé son étude analysant l’évolution des mobilités et la perception de la voiture en France, en Europe et dans le reste du monde. Pour cette édition 2021, il apparaît que l’image de l’auto s’est dégradée…

Visant à « comprendre l’évolution de la consommation des ménages et anticiper les grandes tendances de la mobilité », selon les mots de Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem de l’Automobile, la 37 ème édition de l’enquête menée par l’Observatoire Cetelem s’est attachée à interroger un large panel de répondants à travers le monde. Ainsi, 10 000 personnes dans 15 pays (Afrique du Sud, Allemagne, Belgique, Brésil, Chine, Espagne, États-Unis, France, Italie, Japon, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Royaume-Uni et Turquie) ont été sondées par l’institut Harris Interactive et la société de conseil C-Ways, partenaires de l’Observatoire Cetelem. De quoi afficher une photographie la plus exhaustive possible de la mobilité actuelle.

Usager/voiture : une relation qui s’érode

Le constat le plus flagrant de cette étude est que le divorce entre les usagers et l’objet automobile individuel semble consommé. Pour cause : 1 personne interrogée sur 2 (56 %) estime que la voiture occupe une place trop importante dans la société. Avec seulement 4 % de sondés se disant passionnés, les Italiens font même mentir le cliché qui les identifie comme des accrocs aux belles mécaniques. Cette lassitude généralisée, voire ce ras-le-bol, s’expliquerait notamment par l’omniprésence de ce sujet automobile dans le débat publique.

La pression qui pèse sur les automobilistes, en termes de réglementations environnementales particulièrement, participe aussi à ce désintérêt massif. D’ailleurs, 72 % des répondants trouvent que les critiques dont le voiture fait l’objet sont justifiées – chiffre qui tombe cependant à 60 % en France et 55 % en Allemagne. Quoi qu’il en soit, ce bilan illustre bien un désamour croissant pour l’auto, dont la popularité se trouve profondément sapée comparée à l’étude de l’Observatoire Cetelem de 2017, dans laquelle 90 % des automobilistes avaient alors une bonne image de la voiture.

L’occasion et l’électrique : les grands gagnants de la crise

Pour autant, difficile de se passer de voiture pour 6 personnes interrogées sur 10 (moins, toutefois, qu’en 2017 où elles étaient 8 sur 10). Si l’utilisation de la voiture a diminué dans les grands centres urbains, où plus de moyens de déplacement alternatifs sont proposés, elle reste utilisée pour 85 % des trajets quotidiens. Il faut dire qu’elle offre une liberté incomparable et un sentiment de sécurité et de protection pour 3 sondés sur 4, impression logiquement renforcée par la crise sanitaire.

Si utiliser une voiture s’avère donc nécessaire pour de nombreux usagers, « les modes d’acquisition ont beaucoup changé » fait remarquer Flavien Neuvy, qui pointe une remise en cause de la propriété, avec la LOA notamment. De même, « le prix moyen d’un véhicule neuf étant de 25 000 euros, cela s’avère inaccessible pour beaucoup d’usagers qui se tournent donc vers le VO ». Par conséquent, il n’est pas étonnant de voir que le marché de l’occasion est celui qui a le mieux résisté à la crise – avec une appétence accrue pour les vieux modèles, ceux ayant de plus de 15 ans affichant une progression de 3,7 %. C’est même le seul marché qui devrait retrouver ses niveaux de ventes de 2019 en 2021, selon les estimations de l’Observatoire Cetelem.

Au niveau des intentions d’achat, l’électrique se place en pole position des motorisations, supportée par des incitations fiscales, une obligation de verdissement des flottes d’entreprise et une fin programmée du diesel pour 2040 au plus tard. Ainsi, 17 % des sondés envisagent d’opter pour un VE dans un futur (très) proche. Le mix énergétique établi par l’étude vient d’ailleurs confirmer cet attrait croissant, l’électrique étant passé de 2 à 6 % de PDM en un an et l’hybride de 6 à 14 %. Enfin, en ce qui concerne la typologie des acheteurs de véhicules particuliers neufs, les ménages sont toujours minoritaires. Néanmoins, l’écart avec les sociétés tend à se réduire, ces dernières étant en recul de 3 points par rapport à l’an passé (52 % vs 55%). La raison : les loueurs de courte durée subissant de plein fouet l’impact du confinement, ils ont moins dépensé pour agrémenter leur parc de VPN.

Pour survivre, l’auto doit se réinventer

Bien que ses heures de gloire soient révolues, la voiture va-t-elle pour autant disparaître de nos routes ? Sûrement pas ! « Il y a en aura toujours pour effectuer les livraisons ou transporter des marchandises. Cependant, il y en aura moins car la mobilité de demain sera multimodale et l’espace partagé entre divers engins », avance Flavien Neuvy. Qui imagine même qu’avec la mutualisation des véhicules, « la voiture pourrait devenir le transport en commun du futur ».

Quant à la voiture autonome, son avènement prochain ne fait pas de doute pour le directeur de l’Observatoire Cetelem de l’Automobile. « Elle viendra en complément des transports en commun du quotidien » prédit-il d’ailleurs, à l’image des navettes intelligentes en tests sur certains circuits fermés. Pour que son acceptation sociale soit cependant totale, « il faut accélérer les expérimentations afin que celle-ci devienne un plus dans la mobilité de tous ». Notamment ceux qui ne peuvent actuellement compter que sur le véhicule individuel pour se déplacer en zones rurales.

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