Le plan de carrière remis en question au profit de la seule employabilité

François Rotteleur
Le plan de carrière remis en question au profit de la seule employabilité

© Gerd Altman Pixabay

Comme tous les vendredis, retrouvez la chronique de François Rotteleur sur l’actualité RH dans l’univers de la distribution automobile.

Au cours des derniers mois, nous avons constaté chez les candidats, une tendance plus marquée à tenir compte des promesses de formations ou des possibilités de reconversions, au moment d’accepter une nouvelle situation. Ces préoccupations semblent être devenues au moins aussi importantes chez la plupart, que celles liées aux traditionnelles conditions d’intégration, même si dans la distribution automobile, les collaborateurs se montrent toujours moins sensibles que dans d’autres secteurs au sort de leurs carrières à plus long terme. La préoccupation motrice semble ne plus être systématiquement ciblée sur un besoin de stabilité ou de rémunération immédiatement à la hausse mais évoluerait sur le plan professionnel au moins vers l’assurance du maintien du potentiel d’employabilité. Ceci sous-entend quand même le maintien d’un certain pouvoir d’achat mais sur le plus long terme. Ce « pouvoir vivre » semble devenir le moteur plus que la conséquence du travail et l’emploi son moyen. La notion d’emploi tendrait ainsi à perdre de son sens au profit d’une capacité à rebondir pour traverser les crises auxquelles les uns et les autres sont persuadés de devoir être confrontés. L’emploi en CDI considéré comme un moment, semble ne plus représenter aux yeux de beaucoup un bouclier suffisant contre le chômage. Les entreprises qui attirent le mieux semblent maintenant être celles qui permettent aux candidats de se projeter dans un avenir professionnel aussi bien interne qu’externe. L’évocation de ces alternatives en toute transparence dès l’embauche permettrait-elle de fédérer plus de talents en 2023 ?

Cette évolution des attentes des candidats n’est pas sans importance. Elle apparaît sociétale au sens de l’interrogation de tout un chacun sur sa place dans la société, la vie qu’il développe et la considération qui en résulte. Continuer à pouvoir acheter signifie bénéficier de moyens financiers donnant accès à la consommation et au minimum vital. Il s’avère que le fait ne passe plus seulement par l’emploi ou le statut mais par le potentiel qu’aurait l’individu à s’en arranger en cas de besoin. L’âge de l’emploi stable attestant du passage au statut d’adulte, évalué à la trentaine jusqu’il y a peu, semble être une notion qui s’estompe toujours un peu plus. L’objectif de stabilité dans l’emploi semble si éloigné aux yeux de certains, qu’ils finissent par préférer la notion d’usager agile du pouvoir vivre à celle d’expert dans un métier.

Dans ce contexte, l’employabilité apparaît comme un des principaux leviers, elle recouvre l’emploi mais comme une possibilité, une probabilité et du moins un moment. Elle est jugée maintenant comme une sauvegarde et une richesse porteuse d’avenir. Le sujet est aussi celui de l’introduction de plus en plus forte de la dimension privée et intime dans la vie au travail et du travail à la maison. Cette part d’intime porte la personnalité de tout individu et par conséquent, renforce ses convictions et ses motivations profondes.

Les exemples ne manquent pas pour rappeler l’extrême sensibilité des jeunes et des moins jeunes aux valeurs et au sens de leur entreprise. La qualité de vie issue de la satisfaction vis-à-vis des conditions de travail est devenue une priorité. Le sociétal renvoie à l’identité propre, à l’image de soi et à un pouvoir être aux vertus stabilisatrices.

L’enjeu des entreprises devient culturel autant qu’organisationnel. Pallier la pénurie de ressources passe encore par l’apport de nouvelles sources de main-d’œuvre mais n’évitera pas au manager de réfléchir aux choix stratégiques dans le développement de sa culture d’entreprise. Chacun devant se donner les moyens de la construire en tenant compte qu’elle résulte de l’implication des collaborateurs en poste à l’instant présent, et plus seulement du fruit de l’histoire.

Nous vous recommandons

Vers la mutation des savoir-faire dans la distribution et la réparation automobile

Vers la mutation des savoir-faire dans la distribution et la réparation automobile

Comme tous les vendredis, retrouvez la chronique de François Rotteleur sur l’actualité RH dans l’univers de la distribution automobile.La fin de l’année amène son lot de précisions sur les dispositions prises par les marques et...

Le groupe Bayi reprend quatre sites Citroën au groupe Berrezai

Le groupe Bayi reprend quatre sites Citroën au groupe Berrezai

Retail Renault Group reprend les sites Renault, Dacia et Motrio de Libourne

Retail Renault Group reprend les sites Renault, Dacia et Motrio de Libourne

Les groupes Parot et Amplitude font affaire à Châteauroux

Les groupes Parot et Amplitude font affaire à Châteauroux

Plus d'articles