Le recyclage automobile dans tous ses états

Leslie Auzèmery
Le recyclage automobile dans tous ses états

Chaque année, 1,5 million de véhicules finissent à la casse.

© Indra Automobile Recycling

Le saviez-vous ? Chaque année, en France, 1,5 million de véhicules dits hors d’usage sont mis au rebut. En fin de vie, accidentées ou simplement issues de la prime à la conversion, ces voitures retirées de la circulation sont considérées comme des « déchets dangereux » dont le recyclage n’est pas une mince affaire.

Métaux, polymères, élastomères, fluides ou encore verres, la composition de nos autos est complexe et leur traitement à la casse encore plus. À la clé, des tonnes et des tonnes de déchets difficiles à stocker et polluants traités chaque année par les 1 700 centres agréés sur le territoire français. Car pour être recyclée, une voiture ne peut pas être confiée à n’importe qui : seuls ces professionnels sont en capacité d’isoler les déchets dangereux (batterie, liquide de frein et de refroidissement, huiles, etc.), des déchets recyclables avant de transmettre la carcasse à un des 60 broyeurs, là aussi agréés, qui se chargera de séparer les différents composants pour leur valorisation. Un enjeu environnemental puisque le recyclage d’une façon générale évite le gaspillage de ressources naturelles et d'énergie, sécurise l'approvisionnement en matières premières et lutte contre la pollution. Un aspect qui est d’ailleurs réglementé par l’Europe : les objectifs de l'Union fixent à 85 % le taux de recyclage et de réutilisation dans la filière automobile, et à 95 % le taux de réutilisation et de valorisation (directive européenne 2000/53/CE du 18 septembre 2000). Des chiffres atteints pour la première fois en France récemment : selon l’Observatoire du véhicule hors d’usage de l’Ademe, en 2019, la filière du recyclage automobile a atteint 87,1 % de taux de recyclage et de réutilisation, et 95 % de taux de réutilisation et de valorisation.

Seconde vie

Mais alors que deviennent les éléments recyclables d’une automobile ? Ceux en bon état, peuvent bien évidemment être revendus sous forme de pièces détachées. Selon la typologie de véhicule, ce sont 20 à 30 pièces qui sont extraites sur chaque VHU pour le marché d’occasion. « On constate une hausse très raisonnable du nombre de pièces démontées par véhicule, directement lié à un volume massif de véhicule hors d’usage. La tendance est aujourd’hui sur une accélération du démontage des pièces, notamment pour répondre à la demande croissante en pièces de réemploi. Nous avons d'ailleurs constaté qu'en 2020, près de 9 millions de pièces ont été informatisées sur nos plateformes contre 2,5 millions en 2015 », explique Laurent Assis-Arantes, co-fondateur d'Opisto auprès de nos confrères de Décision Atelier. D’ailleurs, depuis 2017, les consommateurs doivent être informés de l’existence de pièces de rechange issues de l’économie circulaire lors de la réparation ou de l’entretien de leur véhicule. Les assureurs utilisent aussi cette option, afin de minimiser le coût de réparation. Notons que ces pièces sont sécurisées et tracées, et surtout remises en état selon la procédure d’échange standard. Pour le reste des matériaux, le broyage est la deuxième opération. Débute alors la phase du tri post-broyage : on sépare les métaux ferreux et non ferreux ainsi que les différents plastiques. Les matières extraites sont enfin préparées et affinées afin d’être réintroduites comme matières premières secondaires, selon un cycle de recyclage en circuit fermé.

D’autres éléments de nos voitures trouvent également une seconde vie dans d’autres secteurs. À titre d’exemple, l’Indra Automobile Recycling, acteur majeur en France, s’est récemment associé à une start-up française « La virgule » pour recycler les ceintures de sécurité en guise de bretelles de sac à dos. Les tissus et le cuir de nos voitures ou encore plus étonnant les airbags sont également très prisés de la maroquinerie de luxe responsable. Et la loi anti-gaspillage, entrée en vigueur pour le secteur automobile début 2022, pourrait continuer à faire bouger les choses. En favorisant l’économie circulaire, elle incite les constructeurs à améliorer la recyclabilité des modèles. Le groupe Stellantis a d’ailleurs intégré à son plan stratégique 2030 la volonté d’atteindre plus de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur l’économie circulaire, en intensifiant le recyclage, le reconditionnement de VO, de batteries et de pièces détachées.

Révolution électrique

De nouvelles problématiques challengent la filière comme la transition énergétique. Car avant de rejoindre les lignes de démontage « classiques », les véhicules électriques, dotés de grosses et lourdes batteries, doivent passer pas une étape spécifique : l’extraction. Une opération délicate, d’une durée de 30 minutes environ, qui ne peut être réalisée que par des techniciens titulaires d’une habilitation spécifique. L’opération est donc plus longue que pour un véhicule thermique mais ce n’est pas là la seule différence. D’un point de vue économique aussi, le résultat n’est pas le même. Pas de filtre à particules ou de pot catalytique par exemple, alors que ces éléments ont une grande valeur lorsqu’ils sont réutilisables. Le moteur électrique, lui, part souvent au recyclage, faute de demande aujourd’hui. Au final, un véhicule électrique, plus cher à l’achat, aura donc moins de valeur en fin de vie.

D’autant que la batterie est restituée au constructeur qui va soit la remettre sur un circuit de réutilisation, soit la recycler. Mais cette dernière étape n’est pas encore entièrement maîtrisée par les différentes marques automobiles. Par exemple, Renault met en place une filière spécifique et travaille à améliorer ses procédés de récupération des matières, notamment avec Veolia. Nissan a simplement annoncé le développement de cette filière avec des sites en Europe dès cette année. Mercedes-Benz commence à construire sa propre usine de recyclage sur le site de Kuppenheim en Allemagne, basée sur l'hydrométallurgie. « Nous augmentons le taux de recyclage à plus de 96 % tout en élargissant notre propre expertise dans le domaine de la création de valeur pour les batteries », explique le groupe. Mais ce genre de construction prend du temps. Dans un premier temps, une usine de démantèlement mécanique sera construite d'ici à 2023. Dans un deuxième temps, sous réserve de discussions prometteuses avec le secteur public, les installations de traitement hydrométallurgique des matériaux de la batterie doivent entrer en service.

Les chiffres clés du recyclage automobile :

  • 1,5 million de VHU en moyenne chaque année ;
  • 19 ans, l’âge moyen d’un VHU ;
  • 4,25 % du parc de VP et VUL en circulation au 1er janvier 2020 mis au rebut en 2019 contre 4,11 % en 2018 ;
  • 20 à 30 pièces extraites par véhicule pour le marché d’occasion ;
  • 87,1 % de taux de recyclage et de réutilisation, et 95 % de taux de réutilisation et de valorisation en 2019 ;
  • 1 700 centres de traitement ;
  • 60 broyeurs agréés.

 

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