Le suivi de la santé au travail des salariés répond-il encore aux besoins en 2022 ?

François Rotteleur
Le suivi de la santé au travail des salariés répond-il encore aux besoins en 2022 ?

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Comme tous les vendredis, retrouvez la chronique de François Rotteleur sur l’actualité RH dans l’univers de la distribution automobile.

Dans nos entretiens, reviennent de plus en plus souvent les actuels débats sur les effets du travail hybride, des conditions d’exercice des activités en mode dégradé, ou le surcroit de travail dû à la pénurie de main-d’œuvre. Ces points évoqués font régulièrement s’interroger les uns et les autres sur les solutions de maintien de la santé psychique des travailleurs. Sur ce sujet, une récente enquête démontre que depuis 2020, les risques psychosociaux seraient devenus le second motif d’arrêt de travail. Cette enquête déclare qu’une personne arrêtée sur cinq le serait pour avoir été identifiée dans un état dépressif et rappelle que la Haute autorité de santé aurait, dans une précédente étude, évalué à un tiers les personnes interrogées déclarant un état anxieux ou dépressif dans leur panel statistique. Certains DRH de différents secteurs d’activité s’expriment pour corroborer ces résultats et se plaignent parfois d’un sentiment d’incapacité à agir face aux constats de fatigue de certains managers ou même de cadres dirigeants.

Les interrogations de ces derniers portent sur le fait que le modèle actuel de suivi de la santé au travail ne serait pas adapté aux pathologies mentales, devenues maintenant plus nombreuses. Axé sur le souci de maintien de la santé physique, pensé pour la production, ce modèle ne serait plus adapté aux problématiques de santé mentale, nées en partie avec la mutation des modes de fonctionnement, alors qu’une voix rappelle que depuis 1946, une loi oblige l’employeur à organiser une surveillance médicale pour protéger les salariés de l’ensemble des risques de santé. Nous rencontrons nous-même, mais dans une moindre proportion, des salariés du secteur de la distribution automobile dans des situations proches de celles évoquées, ou aussi certains de leurs collègues témoins de ce mal-être. Les avis pris chez les concernés ou dans leur entourage professionnel sont intéressants.

Tous constatent que jusqu’ici, lorsqu’un problème de santé dans l’entreprise est détecté, la procédure avec l’avis du médecin du travail a pour but d’éloigner logiquement le salarié malade du travail, afin qu’il se rétablisse, mais cette solution apparaît à beaucoup comme contreproductive face aux troubles psychosociaux. Selon ceux-là, éloigner la personne de son travail apparaîtrait finalement comme une erreur. Les plus initiés pensent qu’en excluant de son travail une personne atteinte de ces troubles, on contribue au contraire à aggraver sa situation par son sentiment de culpabilité d’abandonner son poste, et son appréhension à le retrouver après son arrêt maladie. Ces derniers soulignent que la solution ne peut pas résoudre la cause du mal et invitent les entreprises à travailler dans la globalité, en pratiquant un diagnostic complet des besoins du salarié face à son employabilité et sa quête de sens au travail, mais aussi sur un plan plus personnel, sur ses besoins en matière d’activité sociale, d’activité physique, voire ses carences nutritionnelles et les contraintes liées à l’environnement familial, afin qu’il se remette en énergie.

Pôle emploi a créé un Parcours emploi santé en proposant aux demandeurs d’emploi de longue durée de développer leur pouvoir d’agir par la prise de conscience de leur état et l’aide à l’identification d'axes d'amélioration. Ce projet sociétal d’envergure au service de la santé mentale vise un meilleur taux de retour à l’emploi. De leur côté, les organisations peuvent également penser un tel diagnostic, réalisé ponctuellement dans la limite du possible, tant en interne qu’en externe. Ainsi, le management et la RH pourraient identifier plus tôt les potentielles causes de difficultés d’un collaborateur et adapter le travail au salarié et à son état.

Le futur de la santé au travail passera peut-être par une approche plus intégrée aux entreprises. Repenser le système de suivi de santé au travail dans cette voie doit permettre de mieux éviter une part de l’absentéisme involontaire, et peut sans doute régler une partie du manque de main-d’œuvre.

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