Enquête

Les constructeurs chinois à l'assaut des flottes automobiles

Les constructeurs chinois à l'assaut des flottes automobiles

Seres est encore une marque très confidentielle en France. (image d'illustration).

© Seres France

Si le marché automobile français n'est plus au meilleur de sa forme, il continue de faire rêver les constructeurs... notamment étrangers. C'est particulièrement le cas de marques comme Aiways, Lynk&Co, MG Motor ou encore Seres, venues de loin. Très loin. 

La France ne compte plus aujourd’hui que cinq constructeurs automobiles – Alpine, Citroën, DS Automobiles, Peugeot et Renault – propriétés des grands groupes Stallantis et Renault. Bien sûr, il existe encore de plus petites marques automobiles. Prestigieuses, comme Bugatti. Ou plus pragmatiques comme Bolloré ou encore Ligier, présent sur le créneau du sans-permis. Sans oublier une multitude d’autres acteurs aux productions confidentielles. Un paysage bien loin de celui connu au milieu du siècle précédent, ou d’autres maisons répondant au nom de Talbot et Simca, par exemple, portaient aussi les couleurs de la nation.

Avec la création progressive de l’Union européenne des dizaines de constructeurs étrangers ont pu franchir leurs frontières pour venir écouler une partie de leur production dans l’Hexagone. Et, assez naturellement, les importateurs des premiers temps ont peu à peu laissé place aux filiales françaises des grands groupes et constructeurs automobiles… européens essentiellement. Mais, pas seulement. Les années 1980-1990 ont été marquées par l’arrivée plus insistante des constructeurs asiatiques : des entreprises venues du Japon ou de la Corée du Sud. On peut notamment évoquer ici Daewoo Motors ou encore le tandem Hyundai-Kia, jadis synonymes de véhicules bon marché.

À présent, alors même que le marché automobile français ne cesse d’agoniser de mois en mois depuis le début de la pandémie de Covid-19, d’autres constructeurs automobiles frappent à la porte des garages des particuliers ou parcs d’entreprise. Il s’agit des constructeurs chinois. Des marques ressuscitées à la suite de leur rachat par des capitaux chinois, créées ex-nihilo pour conquérir l’Europe notamment ou bien établies sur leur marché domestique. Car en Chine, l’industrie automobile a fortement progressé. Les coentreprises bâties entre acteurs européens et locaux – comme Dongfeng Peugeot-Citroën Automobile, ou FAW-Volkswagen – étant désormais très fortement concurrencées par une foule d’acteurs locaux.

Quoi qu’il en soit, reprenant la recette des marques asiatiques citées plus haut, c’est-à-dire un équipement généreux par rapport à la concurrence pour un prix plus léger, les acteurs chinois arrivent avec un autre atout sur le marché européen et hexagonal. Celui des motorisations alternatives. L’Europe fermant progressivement la porte aux moteurs à combustion interne, soit aux véhicules thermiques, au profit de technologies moins émettrices de dioxyde de carbone [CO2], comme les véhicules 100 % électriques, les constructeurs de l’Empire du Milieu arrivent tout naturellement avec des offres adaptées à ces conditions de marché. Une stratégie qui permet de les différencier des acteurs traditionnels de l’industrie automobile contraints d’électrifier et de transformer leurs gammes.

Quelles sont les forces en présence ?

En 2021, d’après nos données, sur les 2 091 633 de véhicules immatriculés en France, il y a eu 5 204 véhicules issus des gammes des constructeurs chinois. Soit 0,25 % du parc renouvelé. Si l’on prend le marché flottes, sur les 806 552 véhicules entrés en parcs l’an passé, il y en a eu 385 chinois. Cela peut sembler anecdotique et pourtant, il s’agit là d’un petit exploit tant la présence de ces acteurs sur le marché français est récente alors même que le manque de notoriété, la méconnaissance des gammes et l’interrogation sur la fiabilité sont des freins à l’achat. Mais d’où proviennent donc ces modèles ? L’an passé, ils étaient issus des catalogues de cinq constructeurs : Aiways, Lynk&Co, Maxus, MG Motor et Seres. Un cinquième acteur est officiellement présent sur le territoire français depuis le printemps dernier : LEVC.

  • AIWAYS

Le premier acteur de cette liste, Aiways, a vu le jour en 2017 à Shanghai. Son nom est l’association de « Ai » qui signifie « amour » en chinois et en japonais et de « ways », soit « chemins » en anglais. En clair, « Aiways veut dire l’amour de la route », indique la marque. Le fondateur de la marque, Fu Qiang a passé l’essentiel de sa carrière dans l’industrie automobile. Il a notamment occupé des postes de direction chez FAW-Volkswagen et Mercedes-Benz et était précédemment P-DG de Volvo Cars China. Les véhicules Aiways sont produits en Chine, au sein d’une usine dédiée. Celle-ci est située à Shangrao, à 1 500 kilomètres environ au Sud de Pékin.

  • LYNK & CO

Néo-constructeur, Lynk & Co est l’une des nombreuses marques du groupe Geely, par ailleurs actionnaire majoritaire de Volvo Cars. Elle a été fondée en 2016. À l’origine Lynk&Co était une division chargée d’étudier un nouveau modèle de distribution des véhicules. Pour tester ces nouveaux concepts il a été décidé de créer les produits allant avec. À noter que les modèles commercialisés en Europe sont produits au sein de l’usine Volvo de Gand, tandis que ceux destinés au reste du monde proviennent directement de Chine.

  • MG MOTOR

MG Motor est peut-être le constructeur chinois disposant le plus de notoriété sur le Vieux-Continent. Disparue du paysage automobile européen – et donc français – depuis 2005, la marque britannique MG a fait son grand retour au printemps 2020. Désormais intégrée au groupe chinois SAIC (Shanghai Automotive Industry Corporation), la marque mise en France sur la création d’un véritable réseau de distribution pour faire connaître et diffuser ses modèles.

  • SERES

Seres est l’avant-dernier entrant sur le marché français. Il s’agit de l’une des marques de la co-entreprise DFSK Dongfeng Xiaokang, créée entre Dongfeng et Chongqing Sokon Industry Group Co. Elle a la particularité d’avoir été créé aux États-Unis, au cœur de la Silicon Valley, en 2016.

  • LEVC

Plus récemment, c’est l’entreprise LEVC qui a annoncé s’implanter en France. La marque, acronyme de London Electric Vehicle Company, est depuis peu distribuée par le groupe ABVV. Deux modèles sont proposés : le célèbre cab londonien à six places et son dérivé utilitaire.

Quels produits proposent-ils ?

Lancé officiellement en France en mai 2020 par l’importateur et distributeur Car East Auto, Aiways commercialise un SUV 100 % électrique. Baptisé U5 il est doté d’un moteur de 150 kW (204 ch) et d’une batterie de 63 kWh lui permettant de parcourir jusqu’à 410 kilomètres. Commercialisé à partir de 39 500 euros (hors bonus), ce modèle devrait prochainement être rejoint par une déclinaison coupé : l’U6. Selon nos données, en 2021, près de 260 exemplaires de l’Aiways U5 ont été commercialisés en France.

La gamme européenne et français de Lynk&Co est pour l’heure constituée d’un seul et unique modèle. Il s’agit du 01, un SUV compact hybride rechargeable proche cousin du Volvo XC40. Animé par un moteur essence de 180 chevaux associé à un bloc électrique de 60 kW (82 ch), le véhicule développe 261 chevaux de puissance cumulée. Equipé d’une batterie de 17,6 kWh il est capable de parcourir jusqu’à 69 kilomètres en 100 % électrique. Petite particularité, ce véhicule est disponible en une unique finition. S’il est facturé 41 500 euros à l’achat, la marque met plutôt en avant ses formules d’abonnements mensuels sans engagement. L’an passé, Lynk&Co a écoulé environ 300 exemplaires de son SUV en France.

Le catalogue le plus vaste se trouve chez MG Motor. Dans un premier temps, la marque ne commercialisait en France qu’un SUV citadin 100 % électrique : le ZS EV. Un véhicule rejoint quelques temps plus tard par l’EHS, un SUV compact hybride rechargeable. Plus récemment, c’est autre SUV électrique qui a été lancé, au design nettement plus flatteur et aux technologies plus évoluées : le Marvel-R ainsi que l’unique break compact électrique du marché : le MG5. Les tarifs de cette gamme oscillent entre 32 490 euros et 49 990 euros, hors bonus écologique. Tous modèles confondus, ce sont plus de 4 600 MG qui ont été immatriculées en 2021 dans l’Hexagone.

Chez Seres, pour l’heure, le seul véhicule particulier disponible à la commande est le SUV électrique Seres 3. Un modèle mû par un bloc de 120 kW (163 ch) alimenté par une batterie de 53,7 kW lui conférant jusqu’à 330 kilomètres d’autonomie. Un véhicule proposé à 33 990 euros hors bonus. Les professionnels peuvent également commander l’EC35, un utilitaire de 4,50 mètres de long et offrant 4,8 m3 animé. Selon le constructeur, sa batterie de 42 kWh permet de parcourir 270 kilomètres entre deux charges. Un fourgon proposé à 27 500 euros hors taxes. Marque encore confidentielle en France, Seres a immatriculé l’an passé moins d’une trentaine de véhicule sur le marché national.

Bien évidemment, l’ensemble de ces nouveaux constructeurs souhaite séduire les clients particuliers mais aussi les professionnels. Afin de nouer de meilleurs relations avec les flottes d’entreprise, plusieurs d’entre-elles ont décidé de signer des partenariats avec de grands noms de la location longue durée. Ainsi, ALD Automotive commercialise les offres d’Aiways, MG Motor et Lynk&Co.

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