Marie Gautier-Melleray (Sécurité routière) : « Les accidents de la route représentent 4,1 millions de journées de travail perdues »

Marie Gautier-Melleray (Sécurité routière) : « Les accidents de la route représentent 4,1 millions de journées de travail perdues »

Marie Gautier-Melleray (Sécurité routière) : « Les accidents de la route représentent 4,1 millions de journées de travail perdues »

Déléguée interministérielle à la Sécurité routière depuis l’été 2020, en remplacement d’Emmanuel Barbe, Marie Gautier-Melleray commente à l’occasion de son premier entretien pour L’Automobile & L’Entreprise, le bilan 2020 de l’accidentalité routière et délivre quelques messages et conseils aux chefs d’entreprises et collaborateurs à l’approche des Journées de la Sécurité routière au travail.

L’Automobile & L’Entreprise : Le bilan 2020 de l’accidentalité routière vous satisfait-il ?
Marie Gautier-Melleray : C’est un bilan historique puisque nous n’avons pas connu de meilleurs résultats de l’accidentalité routière depuis 1924. Il faut néanmoins le nuancer. En effet, le caractère exceptionnel de cette baisse est à relativiser en raison du contexte de crise sanitaire qui a entraîné des mesures de restrictions de déplacements et donc par conséquence une baisse du trafic routier. Nous pouvons tout de même nous réjouir d’un nombre de décès et d’accidents en baisse. Ce qui suppose moins de drames humains et moins de vies brisées.

A&E : Quels changements de comportements avez-vous constaté l’an passé ?

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Marie Gautier-Melleray (© Cyril Entzmann)

M. G.-M. : La répercussion de la crise sanitaire sur nos usages de la route est encore difficile à mesurer sur le long terme mais certains changements sont observables dès aujourd’hui. Lors des confinements du printemps et de novembre, nous avons observé l’accroissement de certains comportements à risque notamment les grands excès de vitesse. Ces infractions en hausse sont inquiétantes et tendent à montrer un relâchement des comportements. En 2020, nous avons enregistré 21 % de grands excès de vitesse [de plus de 50 km/h au-dessus de la vitesse autorisée, ndlr] en plus par rapport à 2019. Il est fondamental d’être tous sensibilisés sur le sujet : la vitesse excessive est le premier facteur d’accident sur la route. Mais avec la crise sanitaire, nous avons aussi assisté à une accélération du report vers d’autres modes de déplacement. Il nous faut donc réapprendre à partager la route différemment, retrouver les réflexes pour certains, découvrir un nouveau mode de locomotion avec une augmentation importante de l’usage du vélo, de la trottinette ou du deux-roues.

A&E : Quelle est la feuille de route pour la Sécurité routière en 2021 ?
M. G.-M. :
Le bilan de 2020 nous permet de tirer quelques enseignements : nous avons observé que certaines catégories d’usagers vulnérables ont vu leur mortalité stagner alors que la baisse est massive pour d’autres usagers. La mortalité des cyclistes a notamment été très élevée depuis quelques mois au vu de l’augmentation de la pratique cycliste. Les mois de juillet et septembre ont été les pires mois depuis dix ans concernant la mortalité cycliste (respectivement 29 et 37 cyclistes tués). C’est un sujet que nous suivons et nous avons mis en place des actions spécifiques pour sensibiliser tous les usagers de la route. L’objectif est de poursuivre les actions de sensibilisation et réglementaires destinées aux usagers de la route les plus vulnérables. Nous espérons que chacun va revenir à un comportement plus respectueux des règles, qui sont là pour sauver des vies.

A&E : L’expérimentation de la circulation inter-files des deux-roues a récemment été suspendue, cette pratique redevenant donc interdite. Pourquoi ?
M. G.-M. :
L’objectif de cette expérimentation menée dans les huit départements d’Ile-de-France ainsi que dans les Bouches-du-Rhône, la Gironde et le Rhône était d’envisager de diminuer l’accidentalité des deux-roues motorisés en encadrant la pratique de la circulation inter-files. Or, les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes. En effet, les données indiquent une hausse des accidents corporels liés à la circulation inter-files. Une nouvelle expérimentation, avec des règles adaptées, pourrait donc être envisagée afin de pérenniser cette pratique en toute sécurité.

A&E : Quels messages souhaitez-vous faire passer aux « conducteurs professionnels » ?
M. G.-M. :
Pendant les périodes de restriction des déplacements liée au contexte sanitaire, le risque routier professionnel demeure une préoccupation importante pour la Sécurité routière puisque ce sont essentiellement les professionnels qui sont sur les routes. Plus que jamais, la Sécurité routière engage les employeurs à se mobiliser en faveur de la sécurité de leurs collaborateurs. Le risque routier est la première cause d’accidents mortels au travail. Il faut donc rappeler les messages de sécurité essentiels : pas de téléphone lorsqu’on conduit, sobriété sur la route, port de la ceinture de sécurité, respect des vitesses maximales autorisées…En 2019, 406 personnes ont été tuées lors d’un déplacement lié au travail, soit sur un trajet domicile-travail, soit dans le cadre d’un déplacement professionnel. Au-delà des drames humains, les accidents de la route représentent 4,1 millions de journées de travail perdues et un coût direct pour les entreprises de 725 millions d’euros. Il est donc fondamental de sensibiliser les employeurs sur le sujet.

A&E : Comment mieux sensibiliser ce public aux risques routiers ? Les Journées de la sécurité routière au travail sont-elles suffisantes ?
M. G.-M. :
Les journées de la sécurité routière sont un temps dédié dans l’année où les entreprises sont incitées à organiser des ateliers autour de la sécurité routière mais notre accompagnement et notre engagement auprès des entreprises sont quotidiens. Nous mettons à leur disposition des outils leur permettant de faire de la prévention et de rappeler que, s’il y a des règles sur la route, ce n’est pas pour embêter les conducteurs mais pour sauver des vies. Depuis quelques mois, nous avons mis en téléchargement sur notre site un kit de communication avec des messages de prévention connivents. Chaque entreprise a la possibilité d’apposer son logo sur les différents formats proposés (affiches, vignettes digitales, etc.) pour s’approprier les messages sur les dangers liés à la vitesse ou à l’utilisation du téléphone au volant par exemple, et de les rendre visibles sur leurs outils de communication internes.

A&E : Où en est-on dans le programme de Charte de la sécurité routière en entreprise ?
M. G.-M. :
Depuis plus de 4 ans, de nombreux employeurs du secteur privé et du secteur public mènent un combat contre le risque routier professionnel. À ce jour, ce sont 1 640 entreprises signataires – soit près de 3,3 millions de collaborateurs concernés – qui ont rejoint ce grand mouvement en signant les 7 engagements pour une route plus sûre. La part des PME est de 52,57% (soit 817 entreprises). Celle des TPE de 29, 47 % avec 458 entreprises. C’est ce résultat encourageant qui montre que chacun, à son niveau et avec ses moyens, peut faire beaucoup pour que la route soit un espace apaisé et sans danger.

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