Mégane e-Tech électrique : Renault se hisse au niveau de Tesla

Christophe CARIGNANO
Mégane e-Tech électrique : Renault se hisse au niveau de Tesla

Dix ans après la Zoé, Renault revient en force avec la Mégane e-Tech électrique.

© Auto Infos

Dix ans après la Zoé, Renault fait un retour remarqué dans l’électrique avec la Mégane e-Tech électrique, un modèle sur le segment C. A la fois compacte et SUV, cette voiture électrique produite en France replace directement le constructeur sur le marché face à Tesla et Volkswagen. 

Le 8 février 2022, sur les routes sinueuses du sud de l’Espagne autour de Malaga, Renault jouait gros en proposant (enfin !) son premier modèle électrique sur le segment C, le plus actif et rentable du marché, dix ans après la Zoé. Un pari réussi qui permet à la firme au losange de se hisser au niveau de la Tesla Model 3. Un modèle qui bénéficie d’un excellent accueil qui est justifié. A ce stade, on pourra simplement regretter deux détails : la recharge rapide est réservée au haut de gamme et le nom du modèle Mégane qui pourrait créer une confusion avec la Mégane 4 thermique ; les deux modèles étant totalement différents.

Un retour gagnant face à Volkswagen et Tesla

Pionnier de la voiture électrique depuis 2013 avec la petite citadine Zoé, Renault démontre, avec la Mégane e-Tech électrique, que l’expérience dans l’électrique cumulée depuis plus de dix ans avec son partenaire Nissan, est bien une réalité et une véritable valeur ajoutée pour les années à venir. Une expérience validée par plus de 10 milliards de kilomètres parcourus en électrique par 400 000 véhicules vendus. Cette voiture électrique donne le coup d’envoi de la Renaulution imaginée par son nouveau directeur général Luca de Meo. Elle doit permettre au constructeur de partir à la reconquête du segment des véhicules compacts (segment C). Un segment en très forte croissance et reconnu comme le plus rentable.

Le choix stratégique d’une plate-forme électrique dédiée

La Mégane e-Tech électrique est produite en France au coeur du nouveau pôle ElectriCity de l’usine de Douai. C’est assez rare pour le souligner. Cette Mégane cinquième génération est produite sur une nouvelle plate-forme CMF-EV dédiée à l’électrique. Elle est le premier modèle de la gamme Renault à bénéficier des atouts de la plateforme CMF-EV de l’Alliance. Une plate-forme sur laquelle est produite également le SUV Ariya de Nissan. Cette plateforme dispose d’un compartiment moteur réduit, la taille des pièces d’un moteur électrique étant plus compacte que sur les voitures à moteur thermique. Combiné avec un empattement allongé et des roues positionnées aux quatre coins du véhicule, cela libère du volume au profit d’un design extérieur unique, d’une l’habitabilité accrue et d’un aménagement intérieur inédit.

Rappelons que dans le domaine de l’électrique, il existe aujourd’hui deux stratégies radicalement différente chez les constructeurs : la plate-forme électrique dédiée et la plate-forme multi-énergie.

Un modèle EV natif supérieur à un modèle thermique-électrique

Dans le premier cas, ici avec Renault, le constructeur part d’une feuille blanche pour construire un véhicule adapté à l’électrique en terme de poids, de design ou encore d’intégration des outils d’aide à la conduite et de répartition des masses. D’autres constructeurs comme Tesla et Volkswagen avec sa série ID. ou encore les coréens Kia et Hyundai ont opté pour cette stratégie d’une plate-forme dédiée. Sans aucun la meilleure stratégie à l’heure actuelle.

La majorité des autres constructeurs automobiles comme Stellantis notamment, ont opté pour une plate-forme multi-énergie qui permet d’avoir un investissement réduit en équipant un modèle thermique d’une motorisation électrique. C’est plus facile et moins cher mais cela n’a rien à voir en terme d’efficience électrique et d’autonomie. Le client final fait d’ailleurs assez vite la différence entre ces deux types de véhicule électrique. L’autonomie est très réduite et incertaine dans ce second cas. Le boom de l’hybride rechargeable en 2021 marque bien d’ailleurs ce manque d’engouement pour ces vrais-faux véhicules full électriques.

Un design intérieur et extérieur qui coche les cases

Avec l’empattement allongé (2,68 m pour une longueur totale de 4,20 m) et les porte-à-faux réduits offerts par la nouvelle plateforme modulaire CMF-EV, ce modèle affiche des proportions intéressantes. A la fois compacte et SUV, la Mégane électrique embarque des pneumatiques de 20 pouces (18 pouces en entrée de gamme). Le véhicule inaugure des signatures lumineuses inédites, très « électrifiantes » et qui sont traversantes jusqu’au logo central, afin de renforcer son design dynamique. Toutes les versions de Nouvelle Mégane E-TECH Electric intègrent des poignées de porte affleurantes. A l’intérieur, on oublie les plastiques durs et les mauvaises finitions des précédents modèles thermiques de Renault. On ressent ici la patte premium de Luca de Meo à travers les inspirations venues du mobilier. On retrouve ainsi sont plusieurs matériaux inédits ou recyclés qui se combinent pour donner une ambiance chaleureuse. Dans le même esprit, la planche de bord est coiffée par du textile en entrée et milieu de gamme.

Double écran OpenR : l'innovation

A bord, le double écran OpenR réunissant les afficheurs du tableau de bord et l’écran central multimédia marque une rupture pour la marque. C’est une réussite qui rapproche ce modèle d’un Model 3 de Tesla et le place devant l’ID.3 de Volkswagen. Côté logiciel, l’écran OpenR accueille le nouveau système OpenR Link avec Google intégré. Lors de l’essai, aucun problème de connexion ou de difficulté à comprendre les différentes fonctionnalités comme c’est souvent le cas pourtant sur les nouveaux véhicules électriques.

Moteur synchrone à rotor bobiné : l’expertise Renault

Le groupe motopropulseur qui équipe Nouvelle Mégane E-TECH Electric est totalement nouveau. Il a été développé au sein de l’Alliance et est repris par ses différents partenaires. Il est fabriqué sur deux sites : au Japon pour Nissan et en France, dans l’usine de Cléon, pour Renault.

Il s’agit d’un moteur synchrone à rotor bobiné, la technologie sur laquelle Renault mise depuis dix ans et qui sera, pour Renault Group et l’Alliance, celle de l’avenir. Elle offre un meilleur rendement que la technologie du moteur à aimants permanents et l’absence de terres rares limite son impact environnemental et les coûts de production à grande échelle. Sur la Mégane e-Tech, ce moteur est proposé en deux versions :  96 kW (130 ch) et 250 Nm ou 160 kW (218 ch) et 300 Nm.

Sur les routes sinueuses du sud de l’Espagne, la conduite est agréable et confortable à bord d’un véhicule électrique. Un vrai plus par rapport à l’ID.3 de Volkswagen, tandis que ce modèle Mégane se rapproche de la Tesla à ce niveau. Deux packs de batterie 40 et 60 kWh sont proposés avec ce modèle avec respectivement une autonomie en norme WLTP de 300 km et 450 km, poussée à 470 kms avec la version « Evolution Extended Range ».

Rivale de l’ID.3 et de Tesla

Positionnée sur le segment C, la Mégane e-Tech électrique aura comme principale concurrente la Volkswagen ID.3 mais aussi et bien entendu la Tesla Model 3 ou encore les modèles des coréens Kia et Hyundai. La plate-forme électrique présente évidemment beaucoup d’avantage en terme d’efficience électrique et d’autonomie mais aussi au niveau de l’intégration des outils d’aide à la conduite embarqués dès la conception. Ce qui  est un progrès par rapport à des véhicules thermiques transformés simplement en électrique.

La capacité et la vitesse de recharge déterminantes

Avec des tarifs oscillant de 35 200 à 47 400 € (bonus non déduit), cette Mégane se présente avec un certain nombre d’atouts sur son marché. Plusieurs niveaux de recharge sont proposés pour les motorisations EV40 et EV60 de 7 kW chez soi à 85 kW en recharge rapide.

Au niveau de la recharge précisément, on pourra regretter que la super charge à 135 kW ne soit réservée qu’à l’EV60. Cela permet de récupérer 300 kms d’autonomie en 30 minutes. A noter aussi que la 22 kW en courant alternatif n’est disponible également qu’en version haut de gamme avec la charge Optimum. Ces recharges rapides ne sont accessibles qu’à partir de 41 700 euros. C’est dommage car cela positionnait cette Mégane électrique en concurrence directe avec Tesla.

La Mégane 4 thermique, encore au catalogue : mais jusqu’à quand ?

La Mégane 4 thermique en version essence, diesel et hybride rechargeable reste au catalogue pendant encore deux ans même si le constructeur reste discret sur ce point comme sur les volumes attendus de Mégane e-Tech électrique à venir. Cette transition entre le thermique et l'électrique est un enjeu crucial pour le constructeur. Cette précédente génération Mégane thermique devrait être majoritairement commercialisée en B2B. Pour rappel, en 2021 la Mégane 4 a représenté un volume de 38 369 unités en France pour une part de marché de 2,3%.

En choisissant un nom identique pour son nouveau véhicule électrique, le constructeur capitalise sur un nom reconnu et fait l’économie d’un nouveau lancement de marque, mais il prend le risque aussi d’une confusion entre deux véhicules qui n’ont absolument rien à voir. Pour que le client puisse faire la différence, le rôle du vendeur en concession sera déterminant sur ce point en particulier.

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