Patrick Bailly (CNPA) : "Le déclin frappait hier à notre porte. Il s'invite aujourd'hui à notre table".

Christophe CARIGNANO

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Patrick Bailly (CNPA) : "Le déclin frappait hier à notre porte. Il s'invite aujourd'hui à notre table".

Discours de Patrick Bailly président du CNPA à l’occasion de ses derniers voeux en tant que président du syndicat de Suresnes. L’année 2014 sera, en effet, marquée par l’élection d’un nouveau président pour le CNPA.

Mesdames et Messieurs les Présidents, Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Les symboles d’une époque valent pour ce qu’ils sont. Des marqueurs.
Des miroirs de la société et de son économie. « L’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques », écrivait ainsi Roland Barthes dans Mythologies. Il y a soixante ans.
Ebranlées, ces cathédrales sont toujours debout. Régulièrement voué aux gémonies, ce qui est encore le meilleur moyen de joindre un point à un autre n’est pas près de disparaître : la voiture se réinvente, se régénère sans cesse sous l’effet conjugué de la technologie, des soubresauts de l’économie, des évolutions sociétales. Aujourd’hui, et surtout demain, elle se doit d’être à la fois intelligente, connectée, toujours plus performante mais économe et responsable.

Certes, on ne voit que « la crise », et le niveau du marché français nous
ramène plusieurs années en arrière. Pourtant, cette « crise », nous l’avons en réalité dépassée : nous vivons une formidable transition, une puissante transformation. Il y a une nouvelle donne automobile, et notre impératif est de s’adapter et d’en tirer les meilleurs partis. Rien ni personne ne peut arrêter la révolution en marche, la transformation « servicielle » de la « mobilité » et les changements dans les chaînes de valeur. Révolutions… Transformations… Solutions.

D’ailleurs, presque fringante, l’automobile retrouve même les élans héroïques de ses débuts, lorsqu’il y a plus d’un siècle Renault, Peugeot, Mercedes, Ford, Général Motors et consorts n’étaient que des « start-up » parmi des dizaines d’autres. Chez les industriels établis comme chez nos professionnels, l’innovation technique, le design, les méthodes, les modèles économiques foisonnent et se cherchent.

Chers Amis, les mauvaises nouvelles ne manquent pas, alors je choisis de me concentrer ce soir sur les bonnes, à commencer par celle-ci : l’automobile est une idée qui n’a jamais été aussi neuve ! Cessons de nous couvrir la tête de cendres et donnons envie d’être déjà demain !
La majorité de la population mondiale vit en zone urbaine et cette tendance ne fera que s’accentuer avec de nouveaux usages et de nouveaux besoins de mobilité. La pression environnementale ne fait que croître, les disponibilités énergétiques varient d’un continent à l’autre au gré des ressources et des politiques locales.

Les évolutions techniques en vue de respecter les normes enchérissent les véhicules alors que, en Europe, le pouvoir d’achat déprime et le budget automobile est toujours plus contraint. Comme ne le savent que trop bien nos distributeurs et nos prestataires en « mobilité », nos modèles reposent sur la vente, l’après-vente et le service… Il ne faut pas oublier le client !... Un automobiliste, d’ailleurs, qui a certainement des devoirs en termes de sécurité routière et d’environnement,
mais aussi un droit : celui de se déplacer librement. Nous sommes face à des équations dont les paramètres paraissent antinomiques. Or, c’est lorsque nous sommes confrontés à un problème sans solution évidente
que la compétence de l’ingénieur et du réparateur intervient. Là encore, chers Amis, une autre bonne nouvelle : le XXIème siècle est
entièrement ouvert à ces deux figures mythiques de l’automobile ! Si nous avons pris conscience de la fragilité de nos filières, tous les ingrédients sont là pour générer de la créativité notamment sur le plan des services.

L’innovation doit donc nous donner confiance dans l’avenir. Nous assistons à des tournants technologiques majeurs. Avec le développement des chaînes de traction alternatives, de la connectivité et de la conduite déléguée, l’automobile de demain sera très différente de celle que nos générations ont connue. La priorité : nos clients. Nous n’avons jamais été aussi proches d’eux. Loin de leur « imposer » des technologies comme il y a quelques années, nous sommes à
la recherche de leur diversité culturelle et géographique. Nous nous projetons dans leurs usages actuels et futurs en les intégrant à nos
activités de conception et de commercialisation. Nous développons des
démarches « d’open innovation » avec eux, et avec d’autres entreprises dans le cadre de la Plate-forme automobile dont je salue les équipes, ainsi qu’avec le monde académique qui se rapproche des écoles de la Branche. Nous inventons les technologies et les formes de commerce de demain, au confluent des avancées de la science et de l’expression des nouveaux besoins. Les innovations émergentes sont tout simplement déroutantes, « décoiffantes » !

Comment ces ruptures ne seraient-elles pas passionnantes et attractives pour les nouvelles générations ? Nous leur proposons de prendre part à cette nouvelle révolution. Le technicien et le commerçant, voilà en effet l’esprit pionnier qui caractérise depuis toujours l’automobile ! Oui, les modèles économiques évoluent et leur mutation pose un grand nombre de problèmes. Oui, le CNPA y prendra sa part en fédérant tous ses professionnels sur une vision et une dynamique de filière. Nous sommes tous concernés, et nos 21 métiers sont en première ligne, face à leurs clients.

Non, préserver les formes de statu quo est vain : l’économie, la société, les attentes de nos clients vont très vite et bousculent les codes habituels. Il faut donc conserver une idée d’avance, être attentifs et ouverts aux changements en les précédant. Pour ce faire, recouvrons nos espaces de liberté, restaurons nos chaînes de valeur, dopons nos marges !... N’est-ce pas le « pacte de responsabilité » du Président de la République ? C’est une bonne nouvelle : la France « d’en-haut » est en train de comprendre plus nettement notre sentiment de l’urgence. Et s’il faut un électrochoc pour que nos élites en tirent les conséquences, eh bien, allons-y ! En route !...

L’année automobile 2014, au-delà des prévisions statistiques, commence-t-elle par l’entrée du capitalisme chinois chez Peugeot ? Bien sûr, c’est en soi le signe de nos décrochages et de nos aveuglements collectifs. Mais si le Pays doit en passer par là pour réagir, alors peut-être que l’automobile lui aura permis, une fois de plus, de prendre le bon tournant ! De quoi souffrent toutes nos entreprises, du petit garage multimarque de Corrèze au recycleur des Ardennes et au distributeur d’Aquitaine ? Un éditorialiste de la première radio de France l’a mieux dit, à une heure de grande écoute, que la somme de rapports empilés depuis près de 15 ans : ce groupe souffre d’être trop français !... Et ce journaliste de poursuivre : nous n’avons pas su agir sur le coût du travail, et nous n’avons pas su comprendre l’âpreté de la compétition mondiale. Tous nos facteurs, jadis nos atouts, se sont dégradés, au point que, je cite, « ce sont deux siècles d’histoire qui se ferment. Ca, c’est le déclin de la France, c’est pour cela que l’année 2014, on risque tous de s’en souvenir »…

Le déclin frappait hier à notre porte. Il s’invite aujourd’hui à notre table.
La question est de savoir si nous allons lui offrir le gîte et le couvert, ou si nous allons lui prier de quitter les lieux. Et la meilleure façon de s’en débarrasser, c’est de l’audace pour rassembler, réformer et réussir, c’est donner la priorité au secteur productif. Les récentes déclarations sur la baisse du coût du travail à travers la fin, annoncée pour 2017, des cotisations patronales famille sont évidemment une bonne nouvelle. Plus largement, elle marque un cap à inscrire dans une
réflexion sur le mode de financement de la protection sociale.
Certes, il y aura des « contreparties » - mais lesquelles ?... Espérons que les mots choisis par le Président de la République ne soient pas un
voeu pieux : un pacte s’appuie sur des actes. La « rupture », le « changement »… nos chefs d’entreprise, nos salariés en ont
assez entendu… Ce ne sont pas des formules, ce sont des impératifs.
A défaut d’emprunter une vraie trajectoire de réformes, préparons-nous en 2014 à la fois à de sévères verdicts dans les urnes et à des soulèvements à la bretonne.

Prêtons une oreille attentive à cette sourde inquiétude, à ces signes
d’exaspération que nous ressentons dans nos réunions locales.
Les explosions sociales, dans un Pays centralisé comme le nôtre,
ressemblent aux coups de grisou dans les mines. L’écotaxe et ses portiques ont eu le défaut mortel d’être la goutte d’eau de trop,
symboles d’une décision pourtant à l’origine consensuelle, mais mal expliquée, et insoutenable compte tenu de l’état de nos rentabilités.
Nos marges sont historiquement au plus bas depuis… un quart de siècle !...

Quant à celles de nos professionnels, étranglés par certains acteurs - à
commencer par les assureurs - elles sont d’un niveau trop critique et
dangereux. Et quant aux banques, elles annulent leurs lignes de crédit,
condamnant bien souvent nos activités sans discernement. Si nos clients sont bel et bien - et c’est heureux - libres de choisir, alors nos
professionnels doivent aussi être libres de déterminer la politique de leur entreprise et les étapes de son développement, y compris dans sa
transmission ! Si nous poursuivons ce chemin de destruction de valeur, soit par une fiscalité punitive soit par des déséquilibres avec nos donneurs d’ordre, soit par des concurrences déloyales, nos entreprises fermeront. Et où iront nos clients demain pour acheter, entretenir, réparer, louer, contrôler, recycler, se ravitailler ou se former ?… Combien de valeur ajoutée créée et d’impôts payés en France par les
opérateurs de l’économie dite « solidaire » ou du « 2.0 », pour combien
d’emplois et pour combien de liens de proximités « sacrifiés » ? Nos entreprises de services sont autant de liens de proximité, et la « proximité », c’est ce qui nous éloigne de l’indifférence ! Or, comme le disait un Président de la République, « la maison brûle, et on regarde ailleurs »…

Des marques comme Chevrolet font les gros titres. Nos services souffrent en silence, et d ébauchent, ici et là, de manière insensible mais bien réelle pour les familles et les territoires concernés. Et pourtant, nous nous battons pour « inverser les courbes » : le CNPA, je vous l’annonçais ici même l’an dernier, a déployé son second plan Compétences Emplois avec ses partenaires sociaux pour inciter nos entreprises à former plutôt qu’à licencier. Ainsi, ce sont 10.000 postes qui ont pu être préservés et qui auraient probablement rejoint la cohorte de nos 3,3 millions de chômeurs. Mais jusqu’à quand pourrons-nous financer ce type de dispositif ? On va ouvrir les « Assises de la fiscalité »… 2014 étant la 40ème année de budgets déficitaires, souhaitons que cette commémoration nous conduise à concrétiser de bonnes nouvelles, et à ne plus persister dans notre grand déni !...
Fiscalité des ménages et des entreprises, fiscalité locale, fiscalité
écologique… Il sera impératif de faire le lien entre les différents niveaux, comme le font le livre blanc sur la fiscalité du commerce du CdCF, mais aussi les propositions de la CGPME, du MEDEF et de l’UPA dont je salue les Présidents et les Représentants. Alléger les charges d’un côté tout en les alourdissant de l’autre ne présente guère d’intérêt ! Il faut mettre en place une politique d’économies massives
de nos dépenses publiques !... Chiche !... La clé existe : elle se nomme confiance. Elle se nourrit de la visibilité du carnet de commandes et de la stabilité de l’environnement des entreprises. Mais la confiance se mérite. Elle ne peut consister à faire un pas en avant, deux pas en arrière. Un jour appeler à un « choc de simplification » et le lendemain créer des complexités supplémentaires comme peuvent le générer la future loi sur la formation professionnelle, ou, encore, « l’Observatoire des contreparties »… Un jour instaurer une aide pour les contrats de génération, alors que la veille celles qui fonctionnaient pour nos apprentis ont tout simplement disparu. Trop de défiance, trop de tergiversations ! Stop aux règles changeantes, stop à la fiscalité décourageante, stop à la complexité grandissante…

Chaque combat que l’on mène ici, un peu contre nous-mêmes, est un combat que nous ne livrons pas, là-bas, sur le terrain du savoir et des technologies. En 2014, jouons la carte de la confiance ! Et, pour la retrouver, il n’y a pas de meilleur remède que de faire confiance. Sans elle, il n’y aura pas de croissance et le préoccupant fossé qui se creuse entre le pouvoir et les Français sera comblé par les crises et la colère.
Des choix décisifs, espérons-le, en 2014… Attention au mur qui se rapproche ! Au moins, on aura klaxonné et pris nos responsabilités !
En attendant les textes qui fixeront ce « pacte », le Parlement va débattre de « démocratie sociale ».

Il faut, en effet, des syndicats et un patronat réellement représentatifs.
Double bonne nouvelle : c’est un excellent principe pour le Pays, et, nous concernant, le CNPA est indiscutablement représentatif.
La question est de savoir ce que nous allons en faire et avec qui…Une organisation n’est représentative que si elle reste unie. Comme je l’avais annoncé, j’achève prochainement le mandat qui m’a été confié
en 2008. J’ai été plus qu’heureux de présider une organisation pleine d’avenir, solide dans sa conception et son organisation. Un syndicat patronal exceptionnel par la variété de ses métiers et de ses
acteurs, je pense à tous mes élus qui m’ont accompagné dans cette belle aventure, et à mes équipes sans lesquelles rien n’est possible.
Un syndicat exceptionnel, également, par sa dimension : 100.000
entreprises, 400.000 emplois… Oui, « l’union fait la force » !
Notre force, c’est en effet notre unité. Et, à travers cette « singularité », c’est la qualité de notre paritarisme qui s’incarne dans nos outils : l’ANFA pour la formation, et IRP-Auto pour la retraite, la prévoyance et, désormais, la santé.

Je suis honoré d’avoir eu le privilège de travailler avec chacun. Je conserverai au cours des prochains mois la même énergie pour tisser nos relations. Des relations basées sur la qualité des idées, de la loyauté, et, souvent, sur l’amitié. Un dernier voeu : le CNPA est une démocratie. Nos différents Métiers et nos Territoires peuvent tous aspirer à diriger demain notre organisation. Ce qui compte, c’est de porter un projet collectif, basé sur l’unité, la cohérence, le réalisme et la complémentarité de nos professions. Nos organisations doivent mesurer leur représentativité réelle. Elles ont donc besoin d’élus réellement représentatifs, c’est-à-dire aux affaires, au contact
des problèmes de nos entreprises, aptes à anticiper le vent du changement et à manager des équilibres souvent très complexes.
Je souhaite à mon successeur d’être animé de la même passion. Un travail extraordinaire l’attend, et j’aurai à coeur, avec mon équipe que je remercie chaleureusement, de veiller à préserver ce que nos Anciens ont légué. Je lui souhaite également beaucoup de patience !...
Mais, dans les services de l’automobile, on sait être endurant ! Et puis, mes Amis, je m’en voudrais de manquer à la tradition.

Je vous adresse ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers mes voeux de succès en reprenant cette fois-ci un grand homme d’Etat qui disait : « Il ne s’agit pas de conserver une cendre, il s’agit d’entretenir une flamme ! ». Que 2014 soit l’année des bonnes nouvelles ! Passez une excellente soirée.

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