Philippe Varin (PSA) : « Notre stratégie a été caricaturée »

Eloïse LE GOFF-BERNIS

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Philippe Varin (PSA) : « Notre stratégie a été caricaturée »

Le président du directoire de PSA Peugeot-Citroën a rétabli la vérité sur la situation et la stratégie du groupe lors d’une intervention exceptionnelle qui s’est déroulée le 13 novembre au Congrès Industrie Automobile de L’Usine Nouvelle.

Il est sorti de sa réserve. Face à un auditoire de cadres supérieurs du secteur automobile (constructeurs, équipementiers et fournisseurs de rang 2) rassemblés le 1" novembre au Congrès Industrie Automobile de L’Usine Nouvelle, Philippe Varin a réaffirmé ses positions. Le patron qui disait, en 2009, lors de son arrivée à la présidence du directoire du groupe que celui-ci était trop européen, trop milieu de gamme et trop petit a vu son analyse confirmée en un temps record. Compétitivité, situation du marché, plan social, internationalisation, montée en gamme ou encore alliance avec GM : aucun thème majeur n’a été éludé.

Contre-vérités

« Depuis quelques mois, le groupe fait la Une de l’actualité industrielle, fait l’objet de fuites, de rumeurs, de spéculations. J’ai, par nature, vécu ces différents événements sans vouloir rentrer dans la polémique. Je voulais d’abord conduire le redressement du groupe. J’ai accepté tous les débats. Toutes les confrontations. Je tenais, aujourd’hui, à tordre le cou à quelques contre-vérités. »

Patrimoine national

« Si PSA a été aussi vivement critiqué suite aux mesures sociales douloureuses annoncées en juillet dernier, c’est parce que nous faisons partie du patrimoine français. Deux tiers de notre production automobile est française. Nous employons 100 000 personnes en France et contribuons à 160 000 autres emplois chez les équipementiers liés à l’activité du groupe. PSA est la locomotive de la filière auto dans l’Hexagone avec 75 % de son approvisionnement originaire de France, 1 200 brevets déposés l’an dernier et le nombre de concessions et réparateurs qui maillent le pays. Je suis déterminé à combattre le déclin industriel du pays. C’est un combat douloureux qui n’est pas d’arrière-garde. »

Tempête économique

« Nous connaissons depuis 2008 une tempête économique d’une rare violence doublée d’une mutation sur le marché automobile européen. L’an dernier, la crise de la dette souveraine est survenue alors que le marché avait déjà la gueule de bois post-prime à la casse. Dès septembre 2011, au Salon de l’automobile de Francfort, j’avais alerté sur les forts vents contraires que le groupe ressentait sur divers marchés. La tendance s’est effectivement aggravée. Nous sommes passés de 18 millions de véhicules vendus en Europe en 2007 à 14 millions en 2011, soit une baisse de 25 % qui sera de 9 % sur la seule année 2012. »

Pas de croissance avant 2015

« Pour PSA, cela se traduit par un déficit de 500 000 véhicules en quatre ans. Or, Aulnay en produit 200 000 et nous ne prévoyons pas de croissance avant trois ans. Le marché restera au niveau actuel. Nous brûlons 200 millions d’euros de cash par mois depuis deux ans. Il fallait agir. »

L’effet sablier

« L’autre lame de fond, c’est la bipolarisation du marché automobile en Europe avec le premium d’un côté et le low-cost de l’autre. Quand on est au cœur du sablier. On n’est pas à l’aise. Cette tendance s’observe dans d’autres secteurs et la force d’une marque, c’est sa cohérence. Il faut choisir son camp. Nous avons choisi celui de la montée en gamme. Notre base industrielle ne nous permet pas d’opter pour le low-cost, sauf à délocaliser massivement. Nous faisons le pari de voitures distinctives. »

Un cap et trois axes

« Dans cette tempête, nous avons un cap qui se résume en trois mots clés : montée en gamme, internationalisation et redressement. »

« Premiumisation »

« La stratégie de montée en gamme est différente entre nos deux marques. Pour Peugeot, l’impact est homogène sur la gamme. L’ensemble des véhicules a plus de personnalité, de style, d’équipement, de plaisir de conduire. La 508 est leader du segment D en France, tandis que Citroën monte en gamme par la "premiumisation" d’une partie de sa gamme : la ligne DS (16 % des ventes de Citroën en Europe). En Chine, cette ligne est lancée comme une véritable marque distincte. Technologie premium, l’hybride diesel équipe quatre modèles depuis 12 mois et représente 30 % des ventes de la gamme DS. En termes d’hybride, nous sommes juste derrière Toyota. Sur la montée en gamme, nous donnerons tort à nos détracteurs et allons poursuivre dans cette voie. »

Internationalisation

« Nous commençons à en voir les fruits. De 33 %, nos ventes hors de France s’élèveront à 50 % en 2015. Nous commercialisons déjà 400 000 véhicules en Chine où nous avons franchi le cap des 4 % de part de marché, plus de 300 000 véhicules en Amérique latine et plus de 100 000 voitures en Russie où notre réseau couvre 90 % du marché. Ces chiffres reflètent une partie des lourds investissements qui pèsent toujours sur notre cash-flow. »

Redressement

« Nous avons pris quatre mesures. Dès 2011, le plan d’économie résultant d’actions de simplification qui s’établissait à 800 millions d’euros se traduira cette année par un milliard d’euros d’économies réalisées. Nos usines tournaient en Europe à 50 % de leurs capacités à trois équipes. Le plan de restructuration annoncé, qui prévoit la suppression de 8 000 postes, est indispensable. L’enjeu est de 600 millions d’euros. Et si nous fermons le site d’Aulnay en 2014, c’est pour transférer sa production sur Poissy, pas pour la délocaliser. Nous avons également opéré des coupes dans la R&D qui nous permettrons d’économiser 1,5 milliard à l’horizon 2015. Enfin, un plan de cessions d’actifs tel 75 % de Gefco aux Chemins de fer russes et de l’immobilier nous rapporte 900 millions d’euros. Nous avons aussi sécurisé Banque PSA Finance grâce à la garantie de l’État. »

Compétitivité

« Le 28 janvier 2011, j’avais écrit une tribune dans les Echos pour alerter sur le problème de la compétitivité ! Le coût du travail est un problème central pour le groupe et pour l’avenir de notre industrie. Je suis heureux que plus personne ne le conteste ! Même si Louis Gallois préconisait près de 40 milliards d’euros de baisses des charges, les 20 milliards d’euros actés par le gouvernement me satisfont dans le sens où le mouvement est lancé. Le sujet est identifié. L’autre enjeu majeur, c’est la flexibilité du travail. Nous venons de signer à Sevelnord un accord social de qualité qui permet de résoudre l’équation économique nécessaire à l’implantation de notre futur VU en partenariat avec Toyota. »

Relation avec le gouvernement

« Le combat du gouvernement et le nôtre sont absolument liés. Je partage avec Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, la conviction que la compétitivité est la base du redressement de notre secteur en Europe. (...) Notre stratégie a été caricaturée. Je plaide en faveur de l’industrie française. Elle est une cause qui ne mérite pas l’approximation, ni de jugement à l’emporte-pièce. »

Alliance avec GM

« Nous avons scellé une alliance avec GM en février 2012. Elle est indiscutable. Il est essentiel que le groupe puisse bénéficier d’une surface d’achats mondiale de 100 milliards d’euros. Cette alliance va nous aider à régler nos problèmes de compétitivité en Europe. C’est un atout pour l’avenir. Je rappelle que l’accord ne concerne pas les marques, mais les achats et la R&D. Le fait d’avoir plus de technologies nous aidera à monter en gamme. »

2013

« 2013 va être une année encore difficile, mais nous avons entre les mains les conditions de notre rebond avant de tirer les dividendes de notre développement international. Notre situation est difficile, mais j’ai confiance. »

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