2023 : quel regard les gestionnaires de flotte portent-ils sur l'année à venir ?

2023 : quel regard les gestionnaires de flotte portent-ils sur l'année à venir ?

© L'Automobile & L'Entreprise

L’année à venir s’annonce-t-elle meilleure ou pire que celle que nous venons de vivre ? Au vu du contexte économique et social, la question semble légitime. Et bien que personne ne possède de boule de cristal, capable de dire avec certitude de quoi sera fait l’an 2023, quelques responsables de flotte nous livrent leur ressenti. Témoignages. 

Propos recueillis par Leslie Auzémery et Clotilde Gaillard

David Leva, responsable des moyens généraux de la Plaine Commune

Les flottes, et surtout celles des collectivités, ont intérêt à être bien performantes dans leurs plans d’investissement, à embaucher les gens qu’il faut pour récupérer les subventions et à bien repérer les produits qui répondront aux besoins des conducteurs. À titre personnel, dans ma nouvelle prise de fonction, j’ai envie d’apporter mon expérience et mes projections de stratégie, notamment dans le domaine de l’acquisition de véhicules propres et de renouvellement de la flotte, d’autant que l’offre industrielle est de plus en plus performante et apporte de plus en plus de productivité.

Un mot pour se projeter en 2023 : « électrification ».

2022 a démontré notre dépendance à l’électricité. Cette année a mis en avant l’obligation de pousser dans le sens de cette énergie et j’ai tendance à croire que, véritablement, tout le monde devra aller vers l’électrique. Pour cause : nous allons vers une maîtrise des coûts de production de l’électricité de plus en plus adaptée pour répondre à nos besoins et les optimiser. De plus, les énergies thermiques ne vont bientôt plus être à la hauteur compte tenu de l’amélioration des autonomies et des batteries. L’hybride s’inscrit, lui, comme un produit de transition mais sans progression technique alors que l’électrique est la technologie qui possède la marge d’évolution la plus importante. Nous devrions aussi voir une progression de la technologie nucléaire. Bref, l’électrique est l’énergie la plus stable économiquement et industriellement. J’entame donc 2023 avec optimisme car je fais confiance aux industriels pour développer des solutions de plus en plus performantes afin de pallier nos faiblesses.

Michel Goarin, responsable du parc automobile de la ville de Quimper

Un mot pour résumer 2022 : inflation. L’augmentation des prix était l’élément marquant de cette année et ce n’était pas simple à gérer. De même, les délais de livraison étaient sans visibilité, ce qui était très compliqué. Nous espérons donc une amélioration en 2023. Nous attendons tous une baisse des coûts d’acquisition sur les VE, attendue depuis longtemps. Or, aujourd’hui, nous ne le constatons pas encore alors que nous n’avons plus le choix, il faut que ça baisse car les prix deviennent une réelle contrainte dont découle un vieillissement du parc qui va à l’encontre du verdissement de la flotte. La baisse des bonus environnementaux et une prime conversion qui ne sait pas où elle va induisent aussi beaucoup d’interrogations. L’électrique va-t-elle continuer à être soutenue ? Assistera-t-on à une montée de l’hydrogène ? Nous attendons que 2023 nous apporte des réponses. Peut-être qu’un jour nous aurons une offre simplifiée sur le VE avec des solutions de recharge associées mais cela s’avère encore flou. Il nous faudrait aussi des remontées d’informations plus fluides et faire en sorte que tout soit connecté avec un seul interlocuteur en bout de chaîne.

Un mot pour se projeter en 2023 : « sobriété, à tous les niveaux ». 

Nous sommes toujours sur la dynamique de l’électrification et du déploiement des IRVE dans tous les services de la collectivité. Un plan qui s’étale jusqu’à 2025. Nous allons aussi avoir des VU électriques qui vont rentrer en parc mais il faut encore trouver la bonne solution de recharge et résoudre les contraintes liées. Nous allons enfin travailler sur l’atelier mécanique en réduisant les délais d’immobilisation. L’année s’annonce donc foisonnante car, c’est bien connu, on ne s’ennuie pas à Quimper !

Sandrine Lauraire, chef du service de gestion des véhicules départementaux de l’Essonne

Un mot pour définir 2022 : complexe. Cette année a en effet été particulière en termes de livraisons de véhicules. Je dirais même que c’était une année noire car nous n’avons rien reçu et nous avons eu de grosses difficultés à commander. Malheureusement, je crois que l’année 2023 sera à l’image de 2022 car, entre mes attentes et la réalité, je ne vois pas d’éclaircies. De toute façon, mieux vaut s’attendre au pire pour être agréablement surpris lorsque cela se passe bien. Après les vagues de Covid, la guerre en Ukraine et maintenant la crise énergétique, nous avons en effet été amenés à revoir nos priorités alors que ligne de conduite était tracée. Soumis à l’actualité, nous avons été forcés de dévier et les potentielles coupures de courant annoncées sur le mois de janvier nous laissent pensifs. Nous avons donc resensibilisé nos collaborateurs sur l’anticipation de la recharge et en dehors des pics de réseau. Sans oublier que le côté réglementaire et la réalité de terrain ne sont pas accordés. C’est, par exemple, le cas pour le marché des VU sur lequel personne ne peut jouer le jeu de l’électrification car l’offre n’est pas là. Les gestionnaires de flottes essaient donc de trouver des alternatives mais l’aspect créatif à ses limites aussi. Par conséquent, c’est une accumulation de facteurs à gérer qui commence à peser.

Un mot pour se projeter en 2023 : « rester lucide ».

Heureusement, nous menons pas mal de projets en interne qui contrebalancent avec cette morosité ambiante comme l’autopartage privé, l’installation de boîtiers éthanol, la mise en place de la télématique embarquée, etc. De plus, nous gardons le moral car l’équipe que nous formons permet de relativiser notre situation car nous ne sommes pas les plus à plaindre – je pense notamment à ceux pour qui l’impact énergétique ne rentabilise plus le métier comme les commerçants qui voient leurs factures d'énergie exploser. Nous sommes donc dans la résilience et à la recherche de solutions pour répondre à une équation à plusieurs inconnus, ce qui a l’avantage de nous tenir toujours en mouvement. Chaque amélioration sera bonne à prendre mais il faudra y mettre les moyens. J’entame donc l’année 2023 motivée mais pas forcément optimiste.

François Tellier, leader achat exploitation chez Air France

En 2023, nous avons pour objectif de poursuivre le renouvellement du parc, qui compte à ce jour près de 1 200 véhicules. Nous souhaitons réduire encore l’emprunte carbone de notre flotte en convertissant 80 % des véhicules en 100 % électrique. Toutefois, nous faisons face à une contrainte économique avec une envolée des prix constructeurs. Nous venons de subir pour la troisième fois cette année, une nouvelle augmentation des tarifs couplée à une baisse des remises. Nous sommes pris dans un effet ciseau qui plombe notre capacité à renouveler par des véhicules plus propres. Le début d’année s’annonce donc compliqué avec des objectifs rabotés.

Un mot pour se projeter en 2023 : « réduire l'empreinte carbone ».

Potentiellement, alors que nous avons toujours acheté français, nous allons aussi nous tourner pour la première fois vers les constructeurs étrangers. Face à l’inflation des prix et de l’énergie, nous nous tournons aussi vers les biocarburants comme le HVO (Hydrotreated Vegetable Oil ou huile végétale hydrotraitée, NDLR) qui semblent le plus efficient d’un point de vue environnemental et vertueux afin de réduire de 85 % de l’emprunte carbone de nos activités au sol sur les plateformes aéroportuaires de Charles de Gaulle et Orly. Enfin, nous restons à l’affût des nouvelles technologies et des énergies comme l’hydrogène.

Marc Aubree, directeur flotte & procurement chez Sixt

2023 sera encore une année de transition avec des conditions d’achat globales qui demeurent trop élevées au regard de notre activité. On est toujours dans un phénomène inflationniste malgré une disponibilité qui s’améliore alors que les appareils productifs des constructeurs se remettent en route de manière plus fluide. Malgré tout, des contraintes pèsent toujours surtout sur le VUL avec un engorgement important dans un contexte économique qui s’annonce plus tendu. Il y a un déphasage entre les prix l’offre et les perspectives économiques des entreprises qui vont devoir exploiter ces véhicules. Probablement que nous allons nous retrouver sur un marché plus difficile en termes de revenus et de tarifs de location, avec une activité économique qui n’absorbera pas facilement les coûts.

Un mot pour se projeter en 2023 : « transition ».

Comment juguler ou limiter l’impact de l'inflation que nous retrouvons à toutes les étapes avec l’ensemble des postes sous tension ? Nous prenons des mesures d’amortissement pour pouvoir mieux absorber les coûts sur des durées plus longues, nous faisons davantage appel à des achats en risques.

Patrick Brouillard, fleet & facilities management coordinator chez Dupont de Nemours

Le paramètre principal pour l’année à venir est de baisser encore le CO2 de la flotte. À partir du 1er janvier, notre limite par véhicule est de 130 g/km avec une moyenne qu’il faut amener en dessous des 100 g/km pour arriver à horizon 2025 au tout-électrique. Nous ne sommes pas prêts encore en termes d’infrastructures de recharge donc ce sera aussi le gros sujet à développer cette année pour accompagner notre transition. Enfin, nous réfléchissons à réduit encore le parc, qui compte aujourd’hui près de 400 véhicules, en allouant une allocation aux collaborateurs qui bénéficient d’un véhicule de fonction mais qui finalement roulent peu.

Un mot pour se projeter en 2023 : « maîtriser le CO2 ».


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